Littérature

Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 09:30


 

Comme nous l’avons expliqué hier, la maison kabyle traditionnelle présente une division tripartite, avec :

 

a)    Une soupente faisant fonction de grenier, de remise… qu’on appelle taârict.

b)    L’étable, légèrement en contrebas, qu’on appelle addaynin.

c)    La pièce de séjour ou taqaâts.

 

Division tripartite-schéma 

      Division tripartite de la maison kabyle

 

Très peu de mobilier dans cet espace fonctionnel et sobre : pas de chaises, pas de table, pas d’armoire… Un objet, par contre, est constant : le métier à tisser (ou azetta).

Dont la fonction est à la fois culturelle, économique et symbolique.

Où le dresse-t-on ?

Nous trouvons la réponse dans l’orientation de la maison.

 

Chaque fois que les conditions topographiques le permettent, la maison kabyle ou axxam est orientée de telle sorte que la porte d’entrée soit tournée vers l’Est.

Cela veut dire que le mur le mieux éclairé est celui qui fait face à la porte, c’est-à-dire celui qui est éclairé par le soleil levant. On le nomme de ce fait tasga ou « mur de la lumière ».

C’est là que l’on installe azetta.


Plan maison kabyle 

 

Le mur de la porte, par contre, faiblement éclairé sur sa face intérieure, est le « mur de l’obscurité » ou tinebdatin.

 

En d’autres termes :

-       le mur de la porte, dont l’extérieur est tourné vers l’Est, et donc vers le soleil levant… est « mur d’obscurité » à l’intérieur (tinebdatin).

-       Le mur qui lui fait face, dont l’extérieur est tourné vers le soleil couchant, vers la nuit… est « mur de lumière » à l’intérieur (tasga).

 

Cette opposition fait dire à Pierre Bourdieu que l’orientation intérieure de la maison kabyle est exactement l’inverse de celle qui régit l’espace extérieur. Et il lui associe un ensemble d’autres oppositions : haut/bas, lumière/ombre, jour/nuit, masculin/féminin, fécondant/fécondable…

 

Le mur du métier à tisser s’oppose donc au mur de la porte comme la lumière aux ténèbres.

 

Bien sûr, on peut arguer que le mur le plus fortement éclairé est nécessairement celui près duquel on installe le métier à tisser… cela paraît logique… Mais nombre d’indices suggèrent que ces oppositions sont le centre d’autres oppositions qui ne répondent pas nécessairement aux impératifs techniques et aux nécessités fonctionnelles.

 

La naissance d’un garçon, par exemple, « événement heureux », rappelle tasga ou « mur de la lumière » :


M’ad ilal uqcic, dessent tsegwa

(Lorsqu’un garçon naît, les « murs de la lumière » se réjouissent)

 

 

La mort, elle, « événement triste », est associée à tinebdatin ou « mur de l’obscurité ». :

Ma yeffegh lmegget, ttrunt tebdatin

(Lorsqu’un mort quitte la maison, les « murs de l’obscurité » pleurent)

 

La maison kabyle ou « le monde renversé » nous renvoie donc à deux univers opposés : l’univers intérieur et l’univers extérieur, chacun avec « son Orient ». Le point de rencontre entre les deux étant le seuil de la maison, sorte de frontière magique, lieu de passage et de rencontre obligée entre deux espaces : celui des hommes et celui des femmes…

... le masculin et le féminin, le fécondant et le fécondable.

 

Me vient à l’esprit ce dicton kabyle :

 

Argaz t-taftilt n-berra, tamettut t-tftilt n-daxel :

(L’homme est la lampe du dehors, la femme est la lampe du dedans)

 

SOURCES: Habitat traditionnel et structures familiales, écrit avec Ali Sayad, préface de Mouloud Mammeri.

 

Article précédent:  LA MAISON KABYLE - 2

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : Littérature
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 18:12


 

 Ath Yenni 1

Publication sur la "maison kabyle" - 1973

 

Ce livre est le résultat de trois années de recherches sur le terrain (1969-1972) avec Ali Sayad.

Originaire des Ath-Yenni (Beni-Yenni), Ali Sayad était (est toujours)  un passionné d’anthropologie et de culture berbère.

 

 

 

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Les Ath-Yenni (Beni-Yenni)

Photo page Facebook "Ath-Yenni"

 

C'est dans les villages perchés au sommet de ces crêtes, que nous avons entrepris nos recherches.

Nous avions 25 ans... le même enthousiasme, les mêmes certitudes, celle en particulier que l’on pouvait sauver de l’oubli une partie du savoir transmis par les anciens.

Et que le fondement culturel de la société traditionnelle était... la maison.

Nous avons sillonné la Kabylie de long en large avec une vieille 2CV (d’occasion), avons rencontré des gens, recensé, photographié, dessiné des maisons traditionnelles, écouté les récits des aînés...

Bien entendu, au fil des étapes, nous avons également admiré le Lalla Khadidja – qui culmine à 2308 mètres :

 lalla khedidja

      Le Lalla Khedidja

(Photo Moullay Charif Chabou)

et les merveilleux paysages du Djurdjura depuis les lignes des crêtes :

 

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     (Photo S.Mezaïb)

 

Mouloud MAMMERI, directeur du CRAPE (Centre de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnographiques), nous aida de ses conseils avisés et suivit pas à pas nos travaux.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Mouloud MAMMERI, décédé accidentellement en 1989, était le maître incontesté de l’anthropologie et de la linguistique berbère. C’était aussi un écrivain de grand talent (La colline oubliée, Le sommeil du juste, L’opium et le bâton…). Je garde de lui le souvenir d’un homme généreux, simple, tolérant, d’une rare intelligence.

Un grand humaniste.

L’université de Tizi-Ouzou porte aujourd’hui son nom.

images-1-copie-1     

     (Photo Nadir. Z)

Le livre est paru en 1973.

 

Etant épuisé depuis longtemps, je ne peux vous en proposer que des extraits...

Ou des résumés.

Dans mon prochain article, je livrerai un petit aperçu du coeur de l'ouvrage: la maison kabyle.

 

Article précédent:  MA BIOGRAPHIE

Article suivant:  LA MAISON KABYLE - 2

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : Littérature
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Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /Juil /2010 21:51

 

 

Le « Prix littéraire au sommet de la Clusaz » a été remporté par Valentin Musso (frère de Guillaume) pour "La ronde des innocents"

 

Les finalistes étaient (par ordre alphabétique) :


Ramon Basagana pour « L’Héritière de Shanghai »

basagana

Valentin Musso pour « La Ronde des Innocents »

musso

Jacques Roubaud pour « Le Silence des Immortels »

roubaud

 


 

 Président : Gonzague Saint-Bris

Membres du Jury : Irène Frain, Alain Vircondelet

Avec la participation de Nicole Lambert, Jean-Pierre Huster et Alexandra Rossi

 

Tout d'abord, bravo Valentin MUSSO!

Les critiques étaient excellentes, je ne serais pas surpris que dans quelques années on parle encore plus de Valentin que de Guillaume...

 

 « L’Héritière de Shanghai » n'a donc pas remporté le prix.

Dommage..., bien sûr, mais c'est la loi du jeu.

C'était quand même hyper sympa, touchant même, de voir un tel mouvement de sympathie autour de ce livre.

 

Je remercie de tout cœur les blogueuses et blogueurs qui ont croisé les doigts, déniché des arbres aux « branches porte-bonheur », tiré les tresses d’Athéna, secoué Hermés…

 

En fait, je ne me fais pas d'illusions, je sais pourquoi « L’Héritière de Shanghai » n’a pas remporté ce prix :

J’ai omis de mettre un cierge à la « Bonne Mère » !!!

Ça pardonne pas, à Marseille.

Même les gars de l’OM le savent ! 

Donc, la prochaine fois…


Promis,

d'abord les 398 marches qui mènent à la "Bonne Mère"!

 

En tout cas, et de tout coeur:

merci à toutes et à tous.

 

 

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : Littérature
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Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 17:53


 

Pour celles et ceux qui viennent pour la première fois:

J'ai fait un "reportage-blog" autour d'un "reportage-TV" tourné à la Sainte-Baume


Aujourd'hui: EPISODE 4:

 

Sainte baume francis descente

 

Le tournage dans la grotte terminé, Francis (caméraman) et Jean-Manuel (journaliste) quittent le parvis et longent l'à-pic rocheux. Quand on lève les yeux, c'est franchement impressionnant.

 

sainte baume

Une petite idée de la falaise.

 

vue pas cabre-fbcd5

Le Joug de l'Aigle vu depuis le Pas de la Cabre.

Pour ceux qui ont lu le roman, c'est au Joug de l'Aigle que Mortimer dissimule le microtransmetteur. Il l'enfouit dans un creux de la falaise, un ancien nid de faucons crécerelle.

C'est dans le Pas de la Cabre que Xinran, blessée, s'effondre.

"Je suis une porte dégondée, dit-elle, il me faut désapprendre à vivre".

 

Sainte baume Héraclès 2

Le reportage finit au pied de la Sainte-Baume, devant ce chêne nommé Héraclès.

D'après les botanistes, il aurait 2000 ans.

Il aurait donc connu Marie-Madeleine...

Jean-Manuel me demande pourquoi, en 2006, je suis parti en croisade contre la spéculation, comment se fait-il que j'ai prévu un krach boursier en pleine euphorie boursière...

J'ai répondu de mon mieux. 

Je pense sincèrement que la spéculation boursière (dans sa forme actuelle)  est un fléau redoutable.

J'ai voulu la dénoncer à partir d'un endroit symbolique: 

La Sainte-Baume.

 

Sainte baume FR3-1

L'interview n° 2 terminé, nous sommes remontés en voiture et prit la route de Plan d'Aups.


Merci Francis DI CESARE et Jean-Manuel BERTRAND

MERCI FRANCE TELEVISIONS

 

FRANCE 3 à la Sainte-Baume pour "L'Héritière de Shanghai": EPISODE 1

 

FRANCE 3 à la Sainte-Baume pour "L'Héritière de Shanghai": EPISODE 2

 

FRANCE 3 à la Sainte-Baume pour "L'Héritière de Shanghai": EPISODE 3

 

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : Littérature
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Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 16:09

 

EPISODE 3:

LA GROTTE

 

 

Suite de:


Episode 1:  FRANCE 3 à la Sainte-Baume pour "L'Héritière de Shanghai".

 

Episode 2:  FRANCE 3 à la Sainte-Baume pour "L'Héritière de Shanghai": EPISODE 2

 

Sainte baume Francis 2

 

Francis DI CESARE et Jean-Manuel BELTRAND posent avant d'entrer filmer la grotte.


2 freres cabre-abd7d

Seulement, on a pas le droit de la filmer ...

Alors, Jean-Manuel part quémander l'autorisation à un Frère Dominicain qui médite sur le parvis.

(Rien à voir avec les deux religieux ci-dessus. J'ai piqué la photo dans le Blog de la communauté)

 

interieur grotte droite-f4b22

 

Voilà l'image que l'on reçoit en plein visage, sans transition, dès que l'on pénètre dans la grotte de la Sainte-Baume.

De l'eau, de la lumière, des parois aux formes fantastiques...

Et, au fond, jaillissant de l'ombre: Marie-Madeleine.

Magique!

 

int grotte-1c228

L'autel.

A droite, la descente vers la crypte.

 

C'est en ce lieu qu'aurait vécu Marie-Madeleine.

Vrai? Faux?

Aucune preuve archéologique, mais aucun argument non plus ne s'y oppose.

Surtout: le faisceau de présomptions est considérable.  

C'est sur ces présomptions que je me suis basé pour écrire Le Christ de Marie-Shan et L'Héritière de Shanghai.


 

vitrail marie madeleine

 

      Pour le plaisir de l'image, voici le vitrail représentant Marie-Madeleine.


(Photo Jean Claude BONIN)


Par Ramon BASAGANA - Publié dans : Littérature
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  • Ramon BASAGANA
  • Le blog de Ramon BASAGANA
  • Homme
  • 15/01/1944
  • sud de la France
  • littérature Chine Espagne médecine Catalogne
  • Je suis médecin, marié. Passionné par la médecine. A l'affût des détresses évitables. J'aime écrire, lire dans "la mémoire des pierres", sonder le présent, décrypter l'avenir. ... Et livrer mes trouvailles!

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