Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

VOYAGE À TRAVERS L'AN MIL: GERBERT D'AURILLAC À ROME (suite et fin)

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Suite de l'article précédent:

VOYAGE À TRAVERS L'AN MIL: GERBERT D'AURILLAC À ROME— 4

 

L'évêque de Vic, Hatton, vient d'être assassiné à Rome.

Au nom de Dieu, cela va de soi.

Que fait Gerbert après le meurtre de son protecteur ?

Retournera-t-il à Vic ?

Non.

L’empereur Otton et le pape Jean XII ont remarqué son talent, son intelligence vive, sa modestie. Ils veulent le retenir à Rome.

Mais Gerbert a la passion des livres. Il n'est pas habité par l’ambition habituelle des courtisans.

L’archevêque Adalbéron de Reims, de passage à Rome, lui propose de diriger son école épiscopale. Gerbert accepte dans un grand élan de joie. Il devient écolâtre  — c’est ainsi que l’on désigne à cette époque les directeurs des écoles épiscopales.

Le voici donc à Reims.

La réputation de Gerbert dépasse bientôt les limites de la Champagne. Parmi ses élèves figure un prince : Robert, fils du comte de Paris Hugues Capet.

Lorsque, au début des années 980, Hugues Capet décide d’écarter les Carolingiens du pouvoir —  en clair, devenir roi à la place des descendants de Charlemagne —, Gerbert prend parti pour lui. Hugues n'est-il pas le père de son élève le prince Robert?

En 991 se produit un événement qui illustre bien la personnalité du moine Gerbert :

L’archevêque Adalbéron, l’ami et protecteur de Gerbert, rend l’âme (pour une fois, sans coup de pouce malintentionné). Le synode de France lui choisit comme successeur Arnoul de Laon, un félon sans foi ni loi qui tourne sa tunique au gré du vent. Lorsque la bise soufflait du côté Carolingien, il avait déployé ses voiles et mis le cap sur le roi Lothaire. Avec la prise de pouvoir du roi Hugues, il a hissé son grand froc, viré à tribord, et mis le cap sur les Capétiens.

Mais, Hugues Capet a la reconnaissance du cœur, et cela, le félon Arnoul l’ignore. Le nouveau roi décide d’accorder le siège de Reims à son ami Gerbert. Or, par ces temps-là, quand le roi veut, Dieu veut.

Donc, Hugues Capet évince évince Arnoul et nomme Gerbert à sa place. Le bon moine d’Aurillac — qui connaît la malivolence d’Arnoul — accepte sans une once d’hésitation.

Sauf qu’il y a un os.

Certes, « lorsque le roi veut, Dieu veut », mais, dès qu’il s’agit de politique, quelqu’un, ici-bas, est au-dessus de Dieu : le pape !

Donc, il faut que le pape veuille.

Or, Jean XV ne veut pas.

D’une bulle incendiaire, il confirme Arnoul dans ses fonctions et prie le roi Hugues de ranger sa couronne dans le bon casier, faute de quoi il se verra contraint de l'excommunier. Le roi Huges se gratte la barbe : cela mérite réflexion. Après tout, l’excommunication mène droit en enfer, où l’on grille jusqu’à la fin des Temps !

Gerbert est un homme simple, un savant. Il ne souhaite pas envenimer les choses et compromettre le salut de l’âme du roi Hugues. Pas question de l'envoyer chez Lucifer! Il abandonne de lui-même l’archevêché de Reims.

Comme il est resté en relation avec la famille impériale, il se rapproche du jeune empereur Otton III (14 ans), dont il devient précepteur. L’adolescent éprouve de l’estime et un profond respect pour ce moine simple et d’une si grande intelligence.

Il le fait nommer archevêque de Ravenne en 997.

Entre temps, un drame couve à l’ombre du château Saint-Ange : Otton fait nommer pape l’un de ses cousins, qui a pris le nom de Grégoire V. Mais les Romains, menés par un certain Crescentius, ont élu un anti-pape, un Grec, Jean Philagatos, et ont bouté Grégoire V hors de Rome, avec armes et bagages.

Le pape légitime a vu rouge.

Après avoir ameuté l’armée impériale, il est revenu à Rome, remis de l’ordre au palais du Latran et repris la tiare.

Le pape étant au-dessus de Dieu, Grégoire V décide que la charité chrétienne passe d’abord par une bonne leçon, disons par une admonestation salutaire: Il fait arrêter Jean Philagatos, lui fait couper la langue, les oreilles, le nez… et lui fait arracher les yeux. Quelques jours plus tard, il le fait hisser sur les dos d’un âne, à califourchon, mais à l’envers, c’est-à-dire lui tenant la queue, et lui fait faire le tour de la Ville Sainte.

C’est une façon quelque peu hétérodoxe d’interpréter le principe évangélique « Aimez-vous les uns les autres ».

Ce que Grégoire V ignore, c’est que la justice divine, parfois, perd patience. Quelques mois après cet épisode, il se réveille un beau matin entouré de gens masqués, armés jusqu’aux dents. Il n'a pas le temps de demander leur nom. Ils le lardent de coups de dague et lui arrachent les yeux.

On n’a jamais su qui avait opéré ce forfait et, à vrai dire, personne n’a cherché à savoir.

L’empereur Otton décide alors de nommer au trône de Pierre son bon précepteur, dont il connaît et admire l’intégrité.

Et c’est ainsi que le moine Gerbert d’Aurillac devient pape.

Il est nommé le 9 avril 999 et prend le nom de Sylvestre II.

C’est le pape de l’an mil.

Il meurt le 12 mai 1003.

 

Sa tombe sera ouverte par des mains pieuses en 1648.

 

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