Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

VOYAGE À TRAVERS L'AN MIL: GERBERT D'AURILLAC À ROME— 3

 

 

C’est en l’an de grâce 970, que Gerbert découvre Rome.

Par quel méandre de l’Histoire quitte-t-il la ville de Vic pour Rome?

Nous avons vu que le jeune Gerbert est le protégé du comte Borrell de Barcelone et l’élève de l’évêque Hatton de Vic.

L’Église catalane, par ces années 970, est sous la tutelle de l’archevêque de Narbonne.

Inutile de dire que les Catalans Ibériques voient d’un fort mauvais oeil la tutelle Galloise.

Ils rêvent de faire de Vic la métropole ecclésiastique de Catalogne, en attendant que Tarragone soit libérée des musulmans.

Mais l’archevêque de Narbonne s’y oppose avec force. Il ne craint pas de brandir l’épée si ces Catalans insoumis agitent la crête.

Certes, le comte Borrell pourrait lever une armée contre le prélat, mais il s’en garde. Pourquoi ? Parce qu’il risque l’excommunication, et donc de griller en enfer.

Un moindre mal, par rapport à des conséquences infiniment plus concrètes et plus graves : l’excommunication libère moines et seigneurs de leur serment envers le comte !

Donc, plus d’impôts !

Prudent, le comte Borrell décide, en accord avec l’évêque Hatton, de faire appel au pape.

Si le pape accepte de transformer Vic en Métropole, ils couperont l’herbe sous les pieds des Narbonnais et l’archevêque n’aura plus qu’à ranger sa mitre dans un placard.

Mais, pour cela, ils ont besoin d’un rhétoricien confirmé, capable de défendre le morceau avec des arguments qui fassent mouche. Le jeune Gerbert d’Aurillac, dont l’intelligence fait fureur à Vic, est tout désigné pour moucher les Narbonnais.

Et c’est ainsi que par un matin de printemps 970, le comte Borrell, l’évêque Hatton et le moine Gerbert d’Aurillac, prennent la route de Rome (ou la mer, l’Histoire ne le dit pas).

 

Rome, par ce temps-là, n’est pas comme sous les Borgia, mais peu s’en faut !

Les papes sont nommés par l’empereur romano-germanique.

Or, dans les années 60-70, le souverain pontife est Jean XII.

C'est pas du tout un vénérable vieillard, comme Jean Paul II ou Benoît XVI, mais un jeune homme plutôt guilleret, oui, un peu jeunet, puisqu'il n’a pas 20 ans.

Et un peu juste en sainteté.

On raconte, mais il y a partout des mauvaises langues, qu'il préfère la couche des jeunes Romaines à la froide roideur des prie-dieu.

L’empereur Otton — qui sans être un modèle de vertu, tient à la morale chrétienne —,  le fait déposséder et le remplace par un certain Léon VIII. Sauf que notre soi-disant coureur de jupons ne l’entend pas de cette oreille. Dès que l’empereur a tourné les sabots de sa monture pour remonter à Aix-la-Chapelle, il ameute les nobles Romains, aussi amateurs que lui de Phrynés d’antichambre et de pucelles.

Sage décision solidaire.

Tout rentre dans l’ordre : les Romains bottent Léon VIII hors de Rome et re-installent Jean XII au trône de Pierre.

L’empereur voit rouge. C’est à lui, de nommer les papes, pas aux Romains!

Il enfourche sa monture et revient au galop.

Rappelons quand même que cela fait une trotte, depuis Aix-la-Chapelle jusqu’à Rome !

Fort heureusement, Dieu, dans son immense sagesse — et sans doute pour éviter un bain de sang —, résout le problème en conciliant toutes les parties :

Jean XII meurt providentiellement dans les bras d’une charmante Romaine.

Gainsbourg dirait qu'il ne pouvait souhaiter une meilleure fin.  

 « La main de Dieu l’atteignit dans le lit d’une femme mariée ! » écrit Mgr Duchesne.

 

Bref, lorsque Gerbert d’Aurillac arrive à Rome, il flotte comme un parfum de stupre entre le Latran et le Champ de Mars.

C’est au Latran que se rendront Gerbert, le comte Borrell et l’évêque Hatton.

Le nouveau pape se nomme Jean XIII.

 

Prochain article : Gerbert, le pape et l’empereur.

 

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