Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LA VIE DES TEMPLIERS - 1: Réception d'un nouveau Frère.

 

 RECEPTION D’UN NOUVEAU FRERE

 

Première Partie

 

Nous sommes en 1180-90, sous Aliénor d’Aquitaine, Richard Cœur-de-Lion, Saladin…

Le saint ordre du Temple, fondé soixante ans plus tôt, est déjà puissant.

Ses membres, qualifiés par Bernard de Clairvaux de « chevaliers du Christ », prononcent des vœux – comme les moines – , vivent selon une Règle – toujours comme les moines – , mais sont aussi des soldats.

Leur mission est de  combattre, tuer, mourir… pour leur foi.

Des moines-soldats.

C’est à travers l’un d’eux, Gondisalve de Torrijo – jeune chevalier venu d’Aragon – , que je vous invite à découvrir leur quotidien.

Je compte écrire  - se Dieu plaist (s’il plaît à Dieu) – une série d’articles sur ce quotidien, aussi surprenant  que fascinant.

 

 *

 

Commanderie de Saint-Gilles,

6 janvier 1186.

 

Il fait froid, le ciel est bas.

Des flocons tournoient au-dessus des marais.

Un Frère chevalier et deux Frères sergents attendent sur la cour fortifiée du monastère de Franquevaux, près d’Arles. Leurs chevaux piaffent, rongent leurs mors.

A quelques pas de leurs montures, un jeune chevalier récemment adoubé par le roi d’Aragon, prend congé de l’abbé. Il met genou en terre et l’abbé Hildegrand le bénit :

- Que le Dieu Tout-Puissant et la Vierge Marie t’accompagnent tout au long de ta nouvelle vie.

Gondisalve de Torrijo, qui vient de passer trois jours dans le monastère, se lève :

- Je vous remercie, messire. Je vous demande de prier Notre-Seigneur et Madame Sainte Marie pour moi. 

- Je le ferais, mon filsPars en paix et que Dieu te laisse bien dire et bien faire.

Gondisalve saute en selle, car le temps presse, et rejoint les Templiers.

La petite troupe part au trot sous les flocons et prend la direction de Saint-Gilles, à deux lieues de Franquevaux.

 

Les vantaux du portail cavalier, percé dans un solide mur d’enceinte, s’entrouvrent. Gondisalve pénètre dans la cour de la commanderie. Une buse l’observe depuis la croix plantée au sommet de la chapelle.

Des écuyers prennent prestement les chevaux par la bride et les mènent à l’écurie.

Les gens qui vaquent sur la cour accueillent Gondisalve d’un jovial sourire, mais sans parler, car le silence est de règle dans les commanderies. Il y a là des bouviers, des palefreniers, des bûcherons, des hommes de peine transportant des chaudrons fumants…

Tous ont la croix rouge cousue sur l’emplacement du cœur.

Les trois Templiers conduisent Gondisalve vers le logement du commandeur, un grand bâtiment d’allure monastique, percé d’archères au rez-de-chaussée. Conformément au rituel, on l’invite à se restaurer.

Pendant ce temps, les Frères Templiers au grand complet se réunissent dans la salle du chapitre sous la présidence de Frère Pons de Roquemaure, maître des Templiers de Provence.

Car Gondisalve de Torrijo va, ce jour d’hui, être officiellement admis dans le saint ordre du Temple.

Frère Pons consulte l’assistance du regard, puis dit la formule consacrée par la règle :

 

- Beaux seigneurs frères, s’il y avait parmi vous quelqu’un qui connût en Gondisalve une chose de nature à l’empêcher d’être un Frère selon la règle, qu’il le dise ; car il serait préférable qu’il le dise avant, plutôt qu’après qu’il sera venu devant nous.

 

Personne n’ayant dit quoi que ce soit, Frère Pons invite le commandeur de Saint Gilles à conduire Gondisalve dans une chambre et à envoyer près de lui deux des Frères présents, parmi les plus anciens, pour le mettre en garde contre une décision hâtive.

La décision que le postulant va prendre étant irrévocable, on lui accorde un ultime délai de réflexion.

Les deux Frères s’assoient devant lui et le plus âgé pose la question rituelle :

 

- Frère, demandez-vous à entrer dans notre compagnie ?

- Oc[1], sire.

 

Ensuite, le plus vieux des Templiers lui parle de la discipline de l’ordre, énumère les interdictions, les devoirs :

 

- Frère, souffrirez-vous tout cela pour Dieu ? Voulez-vous être serf et esclave de la maison, pour toujours ?

- Oc, sire. Je souffrirai tout cela pour Dieu et je serai serf et esclave de la maison pour toujours.

- Tout à l’heure, le lieutenant du grand-maître de l’ordre vous demandera si vous avez épouse ou fiancée, si vous avez des dettes, si vous êtes sain de corps. Vous devez répondre avec franchise, car votre mensonge porterait dommage à l’ordre et vous exposerait à nos châtiments. Que répondez-vous ?

- Je suis quitte de toutes ces choses.

 

Ceci étant dit et fait, les deux Templiers se lèvent, saluent aimablement de la tête et quittent la chambre. Ils vont, comme le prescrit la règle, rendre compte de leur entretien.

Le chapitre se tient dans la chapelle, tous cierges allumés.

Le plus ancien des deux Templiers s’incline devant Frère Pons :

 

- Sire, nous avons parlé à ce prud’homme qui est dehors et lui avons montré les rigueurs de la maison. Et il dit qu’il veut être serf et esclave de la maison et qu’il n’y a en lui rien qui l’empêche de pouvoir et de devoir être Frère, s’il plaît à Dieu, et à vous, et à vos frères.

 

Frère Pons demande à nouveau si quelqu’un a quelque chose contre le postulant :

 

- S’il y a un empêchement, mieux vaut le savoir maintenant qu’après !

 

Nul ne souffle mot.

Il demande pour la dernière fois :

 

- Voulez-vous qu’on le fasse venir de par Dieu ?

 

Les Frères Templiers répondent tous ensemble :

 

- Faites-le venir de par Dieu.

 

 

Prochain article : « La réception proprement dite »

 

MES SOURCES SERONT  :

 *

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.

Georges BORDONOVE, Les Croisades et le Royaume de Jérusalem, Pigmalion, 2007.

Geneviève CHAUVEL, Saladin, Rassembleur de l’Islam, Pigmalion, 2006.

Alain DEMURGER, Les Templiers, Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, janvier 2005.

Barbara FRALE, Les Templiers, préface d’Umberto Ecco, Bélin, 2008.

HISTORIA, Les Templiers, coupable ou innocents?, N° 690, juin 2004.

André MIQUEL, Oussâma, Un prince syrien face aux croisés, Fayard, 1986.

Régine PERNOUD, Aliénor d’Aquitaine, Albin Michel, 1965.

 

(J'ai pris la photo de l'article sur Internet. Elle figurait aussi sur la couverture du n° 690 d'Historia. Je ne sais pas qui en est l'auteur.)

 

ARTICLE SUIVANT: 

LA VIE DES TEMPLIERS - 2 : La réception d'un nouveau Frère (deuxième partie)

 

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[1] On disait « oc » en Languedoc et « oïl » dans le Nord.

 

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