Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LES TEMPLIERS EN CAMPAGNE: L'ASSAUT

 

Chez les Templiers, la mise en ordre de bataille est parfaitement codifiée : l’échelle (ou escadron, ou troupe) chevauche en colonne.

Celle-ci passe à la disposition en ligne dès que l'ordre est donné de « poindre », c’est-à-dire de charger.

Lors des grandes batailles, c’est le maréchal du Temple qui fait la pointe : il sera le premier au contact de l’ennemi.

 

Nous sommes au mois de janvier 1186.

La troupe de Templiers avance en colonne.

Frère Pons de Roquemaure vient de donner ses instructions :

- Nous sommes trente cavaliers. Face à nous, une centaine de bandits. Ils sont jeunes, forts, mais sans aucune expérience de la guerre et surtout sans discipline. Ils vont donc attaquer en désordre, sans coordonner leurs forces. A nous d’en tirer profit.

Il a promené son regard sur les chevaliers, les sergents, les écuyers :

- Souvenez-vous que pour délivrer une charge de cavalerie avec succès, il faut emmener l’adversaire à la subir sur un terrain large et découvert, sinon on risque de charger dans le vide ! Je connais bien cette région, il y a un grand champ près de La Couvertoirade.

Et il montre une sorte de plateau, à une demi lieue.

- Nous y arriverons en colonne, au pas. Lorsque les bandits bondiront vers nous, nous prendrons le trot. Nous attendrons qu’ils épuisent leurs chevaux. Au tout dernier moment, et uniquement lorsque j’en donnerai ordre, nous passorons à la disposition en ligne et chargerons.

Regard tourné vers Frère Gondisalve :

 Tu feras "la pointe". Tu seras donc le premier en contact avec ces vauriens.

Et à l’adresse des écuyers, qui n’ont ni l’expérience ni la foi des Templiers :

- Vous allez éperonner tous ensemble vos chevaux, comme un seul homme, sans vous laisser détourner ni à droite ni à gauche. Surtout, n’oubliez pas ceci : ces bandits se veulent les maîtres du Larzac et nous sommes les seuls à leur faire obstacle. Ils seront donc sans pitié. S’ils emportent l’assaut, ils nous passeront tous au fil de l’épée, jusqu’au dernier.

 

seautempliers

Sceau Templier

 

La colonne avance au pas, vers le champ plat.

Soudain, apparaît au loin une troupe hurlante, tache brune sur la neige fraîche. A peine les bandits aperçoivent-ils les Templiers qu’ils prennent le galop. Le vacarme est amorti par les flocons, mais va en croissant.

Les Templiers, eux, avancent toujours au pas.

Enhardis par la passivité des moines, les bandits fouettent leurs montures, bien décidés à régler leur compte à ces empêcheurs de tourner en rond. C’est à celui qui arrivera le premier. La troupe se disloque, à la manière d’une grappe qui perdrait ses raisins.

 

C’est à ce moment-là que Frère Pons ordonne le trot.

Puis, alors que les bandits ne sont plus qu’à un jet de pierre, il "crie" le galop.

 

Calmement, avec cette discipline que les Templiers cultivent comme leur vertu première, la colonne se déploie en ligne et charge.

 

Frère Gondisalve, debout sur ses étriers, cale sa lance sous le bras, empoigne solidement son écu, éperonne son cheval, prend « la pointe » et perce la grappe de brigands.

Epuisés par un trop long galop, ces derniers sont incapables de parer les coups, se gênant les uns les autres.

 

Frère Gondisalve a déjà tombé deux adversaires.

Brusquement, sur les arrières de la troupe de bandits, il aperçoit un cavalier parfaitement armé, portant cotte de maille et monté sur un pur-sang noir, énorme.

Leur chef!

Frère Gondisalve hésite. Il se demande si ce démon ne cherche pas à l’entraîner le plus loin possible avant de se retourner pour lui faire front. Mais il le voit éperonner son cheval… qui se met à agiter la queue.

C’est un signe qu’il connaît bien, parce que les chevaux, c’est sa vie : la bête regimbe, elle est épuisée !

Frère Gondisalve n’hésite plus : il charge.

Son destrier de combat est encore tout frais. Il frappe donc de sa lance avec toute sa puissance. Au point qu’elle ressort de la longueur d'une coudée. Dans l’élan, il la lâche  et dépasse le cavalier. Il revient alors en arrière, rattrape son arme et la retire d’un coup sec.

La réalité du combat lui apprend, en ce jour béni, sur le plateau du Larzac, cette règle d’or du cavalier pour l’assaut :

« Assurer la lance, une fois pour toutes calée sous le bras, contre le flanc, éperonner son cheval, coller à lui, et le laisser faire le reste ! »

 

La bataille n’a pas duré plus d’une heure.

La neige est rouge de sang.

Les quelques bandits encore debout s’enfuient vers La Couvertoirade.

Mais ils croisent les habitants, qui arrivent armés de fourches, de haches, de faux…

 

Les hors-la-loi sont prix entre deux feux.

 

Dieu, dans sa grande bonté, n’a pas permis qu’il leur reste des survivants.

 

 

SOURCES :

 

André Miquel, Ousâma, un prince syrien face aux croisés, Fayard, 1986, p.29

Alain DEMURGER, Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, 2005.

 

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LES TEMPLIERS EN CAMPAGNE : L'AFFRONTEMENT

 

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