Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LE REPAS DES TEMPLIERS: DEUXIEME PARTIE

 

LE REPAS DES TEMPLIERS

 

Deuxième partie

 

Commanderie de Saint-Gilles,

6 janvier 1186.

 

 

Il fait très froid.

Emmitouflés dans leur manteau blanc, les Templiers se rendent au réfectoire en silence et prennent leur place.

Debout.

 

Deux longues rangées de tables, soigneusement alignées à égale distance des murs, ménagent un espace central pour le service.

 

Les Frères les plus anciens sont dos au mur, les plus jeunes leur font face.

La place d’honneur, celle qui revient habituellement au commandeur, est occupée par Frère Pons de Roquemaure, qui a présidé la cérémonie d’intronisation.

 

Des bûches rougeoient dans l’âtre, les flammes pétillent.

Le chapelain fait la bénédiction, puis tous les Frères, debout, récitent le Pater Noster.

Après quoi seulement ils peuvent s’asseoir.

 

Frère Gondisalve a devant lui son hanap, sa cuiller, son couteau et son morceau de pain. Celui-ci, comme c’est jour de fête, est pétri avec du froment blanc.

Un serviteur verse du vin,  un peu plus fin que d’habitude, toujours pour la même raison.

Bien sûr, ce serviteur n’a pas le droit de parler.

Nul n’a le droit de parler.

On n’entend que le chuintement des bûches, le bruit des couverts, le grincement des bancs, les pas des serviteurs…

Ou la voix de l’un des Frères : il vient de rejoindre une petite chaire, a ouvert les Saintes Ecritures et commencé la lecture prévue par la règle.

 

Pendant qu’il lit, les Templiers puisent dans les larges plats d’étain que leur présentent des serviteurs.

Frère Gondisalve se sert du bœuf.

Il y a aussi du mouton, mais il n’a pas le droit de s’en servir, car il lui faut choisir entre l’une ou l’autre des viandes proposées. Il peut, par contre, se verser des légumes à volonté.

 

Il n’y a ni bouteilles ni carafes sur la table.

Ce sont les serviteurs qui servent à boire. Soit de l’eau, soit du vin, soit du vin trempé.

 

Etant donné que nul n’a le droit de parler, ni à voix haute ni à voix basse, c’est par un système de signes conventionnels que chaque Frère explique ce qu’il veut.

Frère Gondisalve a déjà appris ces signes qui vont lui permettre de demander du pain, du vin, une viande, des légumes…

 

Personne n’a le droit de se lever, sauf s’il est pris d’un saignement de nez, ou si un événement extérieur l’y oblige. Cela arrive souvent en Terre Sainte, par exemple lorsque les sentinelles crient l’alerte.

 

Il remarque que près du commandeur, un Frère mange par terre. Mais il n’est pas surpris : on l’a déjà prévenu que certains Frères font pénitence en mangeant accroupis sur les dalles. C’est pour cela que le commandeur a devant lui une écuelle abondamment garnie : il donne un peu de sa nourriture au Frère en pénitence.

 

repas-noce

Scène de repas au Moyen Age.

Cette image permet d'imaginer la différence

entre un repas de fête chez les Templiers  

et celui des nobles à la même époque.

 

Le repas est substantiel, mais sans nulle superfluité : la gourmandise, la gloutonnerie, l’intempérance sont sévèrement punis par la règle.

 

La gaspillage n’est pas de mise non plus : la nourriture qui n’a pas été consommée sera donnée aux pauvres.

 

Le repas terminé, les Frères se lèvent sur ordre du commandeur, et s’en vont à la chapelle, par deux, rendre grâces.

 

A la suite de quoi ils ont droit de parler, à condition de ne pas échanger de futilités.

 

Alors seulement les Frères entourent Frère Gondisalve, le félicitent, s’enquièrent de son passé, demandent des nouvelles de son lointain royaume d’Aragon, parlent de la Terre de Promission si chère à leur cœur.

 

Il est heureux, ému par l’accueil qu’on lui réserve, par l’amitié sincère que chacun lui témoigne.

 

Une grande aventure l’attend en Terre Sainte, et il sait que le chemin passe par le Golgotha.

Mais il sait aussi qu’il pourra, à chaque étape, compter sur ses Frères Templiers.

 

 

SOURCE :

 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.

 

Coulommiers : http://coins-du-monde.over-blog.com/article-france-ile-de-france-commanderie-des-templiers-de-coulommiers-55972902-comments.html

 

Scène de repas: http:// grande-boucherie.chez-alice.fr

 

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