Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

QUI EST MIREILLE CALMEL? — DEUXIEME PARTIE

 

 Voici la "Deuxième partie" de l'entretien avec Mireille Calmel.

 

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Merci à Mireille pour cette super photo.

Festival de cape et d'épée d'Aquitaine, juillet 2013.

 

Vous pouvez retrouver les neuf premières "questions-réponses"

dans:

QUI EST MIREILLE CALMEL ? - Première Partie

 

 

*

 

DEUXIEME PARTIE 

 

10 - 10 -  Les années 1990 furent des années de vaches maigres : vous avez divorcé, travaillé comme animatrice bénévole, écrit des pièces de théâtre pour enfants, chanté, fait du théâtre amateur, animé des spectacles de body-painting… Mais aucune de ces activités ne remplissait l’escarcelle familiale… qui restait désespérément vide. Vous touchiez le RMI… Vous arrive-t-il de repenser à cette période ? 

 

- Bien sûr ! Mais pas différemment qu’à d’autres périodes de ma vie. Elle résultait d’un choix. Mon divorce d’avec Daniel. Je l’ai assumée. Tout ne fut pas noir. Car c’est durant cette période que j’ai rencontré l’homme de ma vie, mon troubadour tant et tant cherché: Gérard Sansey

 

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Fils d'instituteurs,  "instit" lui-même, pédagogue militant,

Gérard Sansey a publié plusieurs ouvrages sur l'apprentissage de la lecture.

A aussi actualisé les cahiers d'exercices de la "Méthode Boscher".

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  11 - Tout en vous démenant pour survivre, vous avez commencé l’écriture de votre roman sur Aliénor d’Aquitaine. Sept ans de travail. Votre bonne fée veillée. Un jour, le téléphone sonna. Au bout du fil Régine Pernoud,  historienne d’exception, spécialiste d’Aliénor d’Aquitaine. Pouvez-vous nous en dire plus ?  

 

J’avais écrit une pièce de théâtre avec des enfants d’une école primaire, une suite du petit prince. Un cinéaste était là, grand ami de la famille de St Ex. Il a apprécié mon travail, m’a demandé si j’avais écrit d’autres choses. Face à son insistance, je lui ai remis un exemplaire d’Angéline et je lui ai parlé de mon projet autour de Jaufré Rudel et d’Aliénor d’Aquitaine, de mes difficultés aussi, à cause de mon parcours scolaire, à rencontrer des historiens, à avoir accès à des archives. C’est lui qui m’a mise en relation avec Régine Pernoud. Je me souviendrai toujours de cette phrase au téléphone :« Votre intuition concernant la survivance des cultes druidiques en Angleterre et à cette époque est juste. L’idée d’un complot autour d’Aliénor pour ramener le duché d’Aquitaine dans l’escarcelle d’Henri Plantagenet aussi. Je vais vous donner les moyens de les vérifier. » Elle l’a fait.

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Née le 17 juin 1909 à Château-Chinon (Nièvre) et décédée le 22 avril 1998 à Paris

Régine Pernoud est une historienne médiéviste de grand talent. Outre ses travaux de recherche, elle a publié des ouvrages de vulgarisation incontournables.

Elle reçoit le grand prix de la Ville de Paris en 1978.

 L'Acédémie française l'a récompensée pour l'ensemble de son œuvre en 1997.

 

 

  14 - Le roman terminé, vous avez contacté une dizaine d’éditeurs, et comme des milliers d’autres auteurs, vous guettiez le facteur. En vain. Personne ne voulait de votre manuscrit. Est-ce exact ?

 

- Oui. Beaucoup m’ont retourné le manuscrit sans même l’avoir lu, accompagné d’une lettre type.

 

15 -  Et puis, un jour, votre bonne fée posa à nouveau sa baguette sur le téléphone… Au bout du fil, « the big boss » des éditions XO. Que s’est-il passé ?  

 

Un ami avait entendu une interview de Bernard Fixot sur France Inter. Il m’a parlé de lui. J’ai envoyé mon manuscrit par la poste, une fois de plus…et Bernard a eu le coup de cœur. J’avais les mains dans la vaisselle quand il a appelé. Ce fut magique.

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Bernard Fixot crut en ce manuscrit.

Aucun éditeur n'en voulait.

La plupart ne daignèrent même pas le lire.

Ils doivent s'en mordre les doigts...

600.000 exemplaires vendus dès sa parution.

 

 

16 -  « Le Lit d’Aliénor » est paru en 2001. Succès immédiat. Perçu comme un chef-d’œuvre par les lecteurs. France-Loisirs le publie simultanément dans une dizaine de pays. Plusieurs millions d’exemplaires vendus, commentaires dithyrambiques dans la presse… Quelle fut votre réaction devant un tel feu d’artifice ?

 

J’étais déjà dans l’écriture du « bal des louves ». Du coup, j’ai regardé cela avec plus de curiosité que d’autre chose. C’était abstrait. Ca représente quoi un million de gens ? Je me souviens d’être aller voir Carmen au stade de France en compagnie d’un ami journaliste. Un peu avant l’ouverture, il s’est penché vers moi, et il m’a dit : jette un coup d’œil circulaire et imagine tous ces spectateurs avec un de tes livres à la main. Je l’ai fait, j’ai eu comme un choc, d’autant plus grand lorsqu’il a ajouté. Nous sommes cent mille ce soir… C’est devenu concret à ce moment là. Mais ça n’a rien changé. Le moment le plus fort pour moi reste celui où, dans le bureau de Bernard, j’ai signé mon premier contrat. Je me moquais d’en vendre 10 exemplaires. L’essentiel c’était ce bout de papier entre lui et moi, son regard qui relayant ses paroles, disait : « J’ai foi en toi. J’ai foi en toi parce que tu ne t’es pas trompée. Tu es un écrivain. Moi, Bernard Fixot, un des plus grands éditeurs européens, je le sais. Je le sais parce que tu m’as emportée. » Ce jour là, la petite fille en souffrance a pris sa revanche. Elle a donné un sens à cette vérité entrevue entre les quatre murs de ce satané hôpital, elle a renoué avec son pacte d’alors. Ca n’a pas changé. Je me fiche des chiffres de vente. Seuls comptent les messages de lecteurs que je reçois, les échanges que j’ai avec eux sur les salons du livre, seul compte ce regard gourmand de Bernard chaque fois que je lui remets un manuscrit. J’écris. Pour ne pas mourir. J’écris parce que c’est ma vie.

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L 17 -  L’un des personnages  principaux de ce roman est Loana de Grimwald, druidesse, descendante des dernières prêtresses d’Avalon. On n’imagine pas votre roman sans elle. Loana dégage une force et une authenticité incomparables, elle défie le temps, porte en elle cette forme rare de magie que l’on devine intemporelle. Loana de Grimwald est plus et autre chose qu’un personnage de fiction ! Me permettez-vous cette question ? Qu’y a-t-il entre Loana de Grimwald et vous ?  

 

Il y a la force des heures de l’enfance à me bercer de ces histoires qu’elle me chuchotait à l’oreille. Il y a la souffrance des murs de l’hôpital où elle m’apprenait la patience. Il y a le rire de maman qui préparait ses onguents. Il y a ce que j’ai été, ce que je suis et ce que je reste : Une passeuse de mémoire qu’elle a choisi pour réinventer sa vérité. Car contrairement à ce que vous pensez, à ce que moi même j’ai longtemps pensé : Loanna de Grimwald a bel et bien existé. Quant à la magie de ce livre, on la doit à Geoffroy de Monmouth qui, le premier, raconta l’histoire des rois de Bretagne et la Vita Merlini, on la doit à Henri Plantagenet qui, retrouvant la tombe d’Arthur, en arracha Excalibur, on la doit à Richard Cœur de Lion qui emmena l’épée légendaire à la troisième croisade, on la doit à Aliénor et à sa fille, Marie de Champagne qui commandèrent à des auteurs, dont Chrétien de Troyes, l’écriture de romans arthuriens, on la doit à Roland de Roncevaux qui fut inhumé à Blaye avec Durendal. On la doit à un troubadour, Jaufré Rudel, qui épousa un mythe et le devint. Je n’ai rempli que des blancs dans ces pages. Les pages elles mêmes font partie de cette réalité qui fit la légende.

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Photo Internet

Excalibur - king - Arthur (fanpop.com)

 

P 18 - Par la suite, vous avez écrit « Le bal des Louves ». Encore un chef-d’œuvre. J’ai lu quelque part qu’une nuit, en Auvergne, portée par votre instinct et par des émotions puisées dans vos rêves… vous avez découvert les ruines du château maudit qui est au cœur de votre roman. Est-ce exact ?  

 

C’est vrai pour chacun de mes romans. Je vous l’ai dit. Je suis une passeuse de mémoire. Une raconteuse d’histoires. Rien d’autre.

 

P 19 - Vint ensuite « Lady Pirate », étonnant par la violence qu’il dégage. Puis, « La rivière des âmes », qui renvoie le lecteur à ses peurs. Ces deux livres semblent être à part. Est-ce parce que le diable, à cette époque, avait soufflé à nouveau sur les braises ?  

 

Oui, mais je l’ignorai à l’époque de l’écriture de ces deux livres. Mary Read, l’héroïne de lady pirate est impitoyable, bien loin de ce que je suis. Et pourtant j’ai fait corps avec elle à en avoir, au réveil, le goût du sang dans la bouche et le roulis du navire dans les jambes. Je crois que déjà, en moi, le combat se préparait. Il a pris sens après l’écriture de la rivière des âmes. Je n’avais pas prémédité ce livre. J’ai posé le stylo sur la feuille et j’ai écrit : je ne m’aime toujours pas. Je suis restée plusieurs minutes à relire cette phrase, sans comprendre pourquoi elle était là, au présent. Et puis, j’ai laché prise. Quand, trois semaines plus tard, j’ai eu « accouché », j’ai posé mes mains sur mon bas ventre et j’ai dit tout haut: merde, je suis en train de mourir. C’était vrai. Double cancer. Ovaire et utérus. Personne ne voulut me croire. Les examens radiologiques allaient dans le sens d’un kyste fonctionnel. Mais la voix de Maud Marquet, l’héroïne de la rivière des âmes, mon double d’émotion, me chuchotait : Si tu n’affrontes pas ta plus grande peur, tu meurs. Cette peur là, c’était celle de la déchéance physique. C’était aussi la sienne dans le livre. Alors j’ai décidé de ne pas céder au confortable des avis médicaux. D’autant que maman aussi confirmait mon diagnostic. Je me suis battue. Grace à mon acupuncteur, j’ai rencontré un chirurgien, le docteur Mage (hasard ?). Il m’a cru. Et j’ai été sauvée, une fois de plus, de justesse. Ce livre demeure à part. Aujourd’hui encore des gens m’écrivent pour me dire qu’il leur a sauvé la vie. J’ignore ce qu’il dégage et pourquoi, mais ces témoignages me touchent profondément. Ils donnent plus que tout un sens à ce que j’écris, à ce que je suis. Je n’ai pas changé. Le succès ne m’a pas changé. Il passera que je serai encore la même. Et c’est cela qui est important. Comme le dit si bien Paracelse : Ne sois pas un autre si tu peux être toi même. Alors sois. Et transmets cette part de toi.

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20 - Les livres se sont succédés : « Le règne des lions », qui est la suite du « Lit d’Aliénor » ;  « Richard Cœur de Lion »… Chacun est un bijou de rigueur historique et de maîtrise de la fiction. Est-il indiscret de demander sur quel thème écrivez-vous actuellement ?  

Je termine la saga d’Aliénor avec le dernier tome de Richard cœur de Lion. J’ai pris  du retard. Perdre maman fut terrible. D’autant qu’elle laisse derrière elle des centaines d’orphelins, tous ceux qu’elle a soignés, accompagnés, guéris au long de sa « carrière ». Alors j’ai pris du temps. Pour eux. Pour ma famille. Pour faire de ce deuil une force de plus, celle qu’elle aurait aimé que je regagne. J’avance. Pour continuer à transmettre cet essentiel qui ne se voit pas et qu’avant moi, elle incarna si bien.  

 

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21 - Ma dernière question vient d’un constat : j’ai lu tout récemment un roman historique écrit par un membre éminent de l’Académie Française. J’ai comparé son livre au « Lit d’Aliénor ». La barre était placée très haut. Les deux intrigues, les deux styles d’écritures la franchissaient avec la même aisance. Mais votre récit l’emportait sur un point : le livre fermé, il était difficile d’entrer dans une autre histoire. Un signe qui ne trompe pas. Je n’ai pu m’empêcher cette réflexion : « L’académicien est bardé de diplômes, l’auteure d’Aliénor n’en a aucun, même pas son bac… ! » D’un côté un pur produit du cursus universitaire, de l’autre une autodidacte.  La conclusion ? Votre réussite donne envie de se battre, d’affronter les moments de la vie où tout semble perdu. Quel est votre message à ceux que l’échec malmène ?

 

Après un tel éloge, difficile de répondre ! Alors, laissez moi simplement vous répéter une phrase de maman :

« Ce n’est pas ce que l’on raconte qui est important, ni ce que l’on vit, ni ce que l’on subit. Ce qui est important, ma fille, c’est ce que l’on en fait. Alors fais le. Et grandis. »

Merci à vous Ramon.

Je vous embrasse. Simplement. Et vos lecteurs aussi. 

 

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