Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

QUI EST MIREILLE CALMEL ? - Première Partie

 

 

 

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Mireille Calmel, salon du livre de Paris, 2012

(Photo Internet)

 

 

Un jour, alors que je travaillais sur « La damnation du templier »,

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une consoeur me dit : Il faut absolument que tu lises « Le lit d’Aliénor ».

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Je commandai le livre, mais j’eus peur, d’un coup, de fausser l’intrigue de mon propre roman. Une fois mon manuscrit terminé, je plongeai dans Aliénor.

Ce fut une révélation.

Je découvrais une grande écrivaine.

Quelqu’un dont le regard sur l’histoire allait très au-delà de ce dont j’avais l’habitude dans les romans historiques. Au lieu de calquer ses émotions sur le récit, Mireille Calmel nous restituait avec des mots simples et une rigueur d’historienne consommée la magie du XII siècle, la vraie !

Cerise sur le gâteau, son roman me faisait revisiter mes propres personnages.

Un enchantement.

Magique.

 

Mireille Calmel est l’un des écrivains français les plus cotés.

De mon point de vue, l’auteur français de romans historiques le plus talentueux de ce début du XXI siècle.

*

Après

Anne Bragance, Jacques Saussey, Laurence Fontaine :

Voici donc Mireille Calmel.

      A cause de sa longueur, cet entretien sera scindé en deux parties.

*


Je remercie sincèrement Mireille d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Sa simplicité et sa gentillesse font chaud au cœur.

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE 

 

 

 

B 1 - Bonjour Mireille. Vous êtes née à Martigues, comme Gérard Tenque, le fondateur des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem ( futur Ordre de Malte). De Martigues, vous êtes partie à Blaye, ville chargée d’histoire, dont le château vit naître un troubadour célèbre : Jaufré Rudel… La mémoire des pierres se serait-elle glissée dans votre berceau ?   

 

Possible, mon cher Ramon…En fait, j’ai, depuis toute petite, été « hantée » par le personnage de Loanna de Grimwald, l’héroïne du « Lit d’Aliénor ». Cette dame de compagnie placée auprès de la duchesse d’Aquitaine par sa marraine, Mathilde d’Anjou ( la mère du futur roi d’Angleterre : Henri Plantagenet), m’était si familière qu’en arrivant à Blaye, j’ai décidé qu’elle deviendrait, dans mon roman, la muse du prince troubadour de l’endroit, Jaufré Rudel. Je croyais encore à ce moment là qu’elle n’était qu’un personnage imaginaire. Ce n’est que plus tard, en effectuant des recherches à la Bibliothèque Nationale sous la responsabilité de Régine Pernoud, que j’ai découvert qu’elle avait réellement été son épouse et la mère de ses deux enfants. Troublant non ? Evidemment, les coïncidences ne se sont pas arrêtées là !

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Plaque inaugurée par Frédéric Mistral le 11 août 1891 à Martigues.

Elle est apposée au premier étage de l’ancienne mairie et rend hommage à Gérard Tenque, fondateur de l'Ordre de Malte.

Elle porte ces mots :

L'AN DOU SAN CRIST MXL
DINS NOSTO CIEUTA DOU MARTEGUE
NASQUE LOUS BENUROUS
 GERARD TENQUE
 FOUNDATOUR DI MOUNGE ESPITALIE
DE SAN JAN DE JERUSALEN
E 
LOU XI D'AVOUST

 

 

V 2 - Vous avez commencé à écrire à l’âge de 9 ans. Dans la douleur. La maladie a piqué sur vous comme un épervier sur sa proie, sans prévenir. Du jour au lendemain, vous êtes devenue difforme, votre corps vous échappait… On vous a hospitalisée à Marseille, dans un pavillon de leucémiques. Une épreuve terrible, qui vous a projetée, en plein rêve d’enfance, dans la spirale de la douleur, de la mort… vos petits voisins de lit disparaissaient à tour de rôle… Un jour, « Le Petit Prince » vous a tendu les bras. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Effondrement total du système immunitaire. Pourquoi ? On ne l’a jamais su. Comme vous le décrivez si justement, du jour au lendemain, je suis devenue une bête de foire trainée de services en services, condamnée par la médecine. J’ai arrêté ma scolarité au tout début de la classe de 4eme. J’étais alors au collège Pablo Picasso à Martigues sous le nom de mon père biologique : Rouchon. Les profs ont fait bloc autour de moi pour m’aider à garder une chance de scolarité normale, même si par la suite, j’ai travaillé au CNED. L’un d’entre eux, Jacques Bessière, décédé prématurément il y a peu, a été pour moi un véritable mentor. Il m’a aidé à corriger mon premier récit : Angéline, les libraires de Martigues à le diffuser lorsque j’ai été guérie. J’ai des souvenirs de colère, de souffrance, de peur. J’ai des souvenirs de viol dans une salle d’examen médical. J’ai eu la chance, non pas d’être plus forte que les autres, mais d’avoir une maman exceptionnelle. Beaucoup la connaissent. Elle fut guérisseuse à Martigues de longues années avant de décéder l’an dernier, ici, à Blaye : Mme Annie Souche. Sans elle, sans ses dons, sans son abnégation et son amour, je ne me serai pas accrochée comme je l’ai fait, je n’aurai pas, un jour, barré d’une main tremblante la couverture du « petit prince » et décidé que mon nom figurerait à la place de celui de cet auteur qui avait compris qu’on ne voit bien qu’avec le cœur. J’ai décidé que cet « invisible pour les yeux » me servirait à raconter des histoires de courage, de ténacité et de victoire sur soi même. J’ai décidé que tant que j’écrirai, je ne mourrai pas.

 

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Oui... cet "invisible pour les yeux", lui sert à raconter des histoires de courage,

de ténacité et de victoire sur soi-même.

 

  3 - À 15 ans, vous avez écrit une auto-fiction, Angéline, publiée à compte d’auteur ; projet rendu possible par le soutien de votre famille, notamment de votre grand-père. Comment avez-vous vécu ce moment ? Sentiez-vous, au fond de vous, que ce livre serait le premier d’une longue série ?

 

Non. Angéline était un cri. Le moyen pour moi d’exorciser ce que j’avais vécu dans ce pavillon de la mort. Aujourd’hui on appellerait cela une auto-fiction. Ce n’était pas moi. Mais tout était là. Mes émotions mises à nues. Ma mère, celui que je considère comme mon père puisqu’il m’a élevé depuis l’âge de 3 mois ( Mr Calmel), et mon grand père ( Calmel aussi) ont cru, non pas en ce livre, mais en ce qu’il représentait : un retour à la vie. Or ma vie, déjà, c’était l’écriture.

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V 4 - Vos problèmes de santé ont pourri votre scolarité, l’ont tronquée, malmenée. Des études en dents de scie…  il vous a fallu accepter l’idée que vous n’étiez pas tout à fait comme les autres. Cela a dû être très dur pour vous, non ?

 

Dur de ne pas goûter aux mêmes choses, de ne pas rire, danser, vibrer des mêmes choses. J’étais amoureuse d’un ami d’enfance. On se voyait pour les devoirs. Je détournai les yeux lorsqu’il s’approchait. J’avais honte de cette image que tous voyaient, que le miroir me renvoyait ( la moitié du corps enflée, l’autre rachitique), honte de lui imposer cela même si jamais il ne me le fit sentir quand d’autres me jetaient des pierres. Un jour, bien plus tard, lorsque après des années de rééducation en piscine, j’ai repris une vie et une allure normale, il m’a dit ceci en rougissant : La chrysalide est devenue un beau papillon. J’étais passée à quelqu’un d’autre, mais cette phrase est restée. Ce jour là je me suis sentie libérée. J’ai compris que j’avais eu raison de me battre, de ne jamais cesser d’être moi, seulement moi, envers et contre tout. J’ai compris que ce qui rendait vivant, c’était le goût de vivre. Juste ça.

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Les années ont passé, le goût de vivre l'a emporté.

Mireille Calmel au Festival de Cape et d'épée d'Aquitaine en juillet 2013

 

  5 -  À 18 ans, par la force – ou la malforce – des choses, vous vous êtes inscrite à la COTOREP en qualité de handicapée. Dans la foulée,  vous avez raté deux fois votre bac…  On a presque envie d’attraper les correcteurs par le col et de leur crier: « Vous n’avez rien compris à cette élève ! » Comment avez-vous fait pour rebondir au lieu de sombrer ?

 

J’ai eu de la chance…de ne pas être reçue au BAC. Je sais, cela va hérisser le poil de beaucoup de monde, mais aujourd’hui je le mesure pleinement. Je rêvais d’être instit. J’avais buché dur. Et puis tout s’est écroulé. Deux jours après l’annonce des résultats, la COTOREP me dirigeait vers un poste à France Télécom. Je m’y suis présentée, j’ai été admise. Je suis devenue agent d’exploitation à la DOC. Un an après, je quittai Martigues, je m’installai à Blaye, et les ruines du château des Rudel m’envoûtaient. Si j’avais continué mes études, cette rencontre aurait-elle eu lieu ? Je n’en suis pas certaine. Evidemment sur le moment, j’ai juste serré les dents face à ce prof de latin, qui en pleine séance de rattrapage m’a regardé, méprisant, de la tête aux pieds, avant de me demander ce que je « foutais là ! Y a déjà pas assez de travail pour les gens normaux, alors vous croyez quand même pas que je vais vous laisser le leur piquer ! »  Merci, Monsieur, dont je n’ai pas retenu le nom. Vous m’avez aidé à prouver que la différence est un atout et non une difformité !

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Les années ont passé: ici avec Jean-Pierre Mocky

 

 

6 - A 20 ans, vous avez quitté Martigues pour Blaye, en Gironde. Vous avez laissé derrière vous votre passé, vos souffrances, vos jambes déformées, vos échecs… Vous les avez confiés à la bénévolence de Frère Gérard Tenque. Le cœur en joie, vous avez chevauché vers le fief de Jaufré Rudel, le troubadour… Sous les remparts du château vous attendait l’homme que vous aimiez. Est-il indiscret de vous demander ce que vous avez ressenti ce jour-là ?

 

            Une déchirure. Je n’ai pas quitté seulement tout cela. J’ai quitté ma famille, mes amis et un homme. Non parce que je ne l’aimais plus mais parce que notre histoire, sans qu’il s’en rende compte, était terminée. Je savais qu’il me fallait partir, rejoindre Blaye, mon filleul. Je savais que cette personne rencontrée dans le Blayais en vacances allait m’apporter la paix, la reconstruction définitive. Que c’était une question de survie pour moi. Ce ne fut pas facile. Mais j’avais déjà appris à ne rien regretter, à tout assumer : mes actes, mes choix, le mal que l’on fait. Un enfant, mon fils, est né de ce moment là. Il est ma victoire. Ma certitude aussi que ma route était tracée.

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La route était tracée: elle menait vers le château de Rudel,

vers ALIENOR !

 

7 -  A Martigues, ville cosmopolite, vous aviez côtoyé Turcs, Arabes, Espagnols, Italiens, Grecs, Polonais… sans problème. Il semblerait qu’à Blaye, les gens se détournaient de vous… Pourquoi ? Vous êtes-vous sentie déracinée ?

 

Il faut du temps aux habitants du Blayais avant qu’ils n’ouvrent leur porte, leur cœur. Moi, la méridionale, avec mon emphase et mon appétit de vivre, je bousculai les codes. Je ne me suis jamais sentie déracinée, au contraire, ce fut presque comme si, en arrivant à Blaye, je retrouvai mes racines sans perdre pour autant celles de mon enfance. Il me fallut juste apprivoiser les êtres. Mais ce n’était pas nouveau pour moi. J’ai toujours composé avec mes handicaps !

 

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Q 8 - Quelques mois plus tard,  vous étiez enceinte. Une grossesse difficile, avec des complications… Les mauvais démons reprenaient possession de votre corps, votre vie basculait à nouveau ! Mais une bonne fée veillait. L’enfant est arrivé sain et sauf. Il était là ! Et vous aussi ! Quel souvenir gardez-vous de vos premiers mois avec Anaël ?

 

Les mêmes que ceux qui ont suivi. Une complicité intense, immédiate, absolue. J’ai la même avec sa sœur. J’ai la même avec les deux autres enfants que j’ai adoptés.

 

  9 - Vous avez épousé Daniel en 1987. Les troubadours n’étaient pas bien riches, Daniel non plus. Il n’y eut donc pas de banquet dans la grande salle du château, ni des nuées de servantes caquetant dans les cuisines : vous avez passé deux jours seule derrière les fourneaux. En guise de salle de bal, vous avez décoré le garage de la maison… Vous y avez réuni votre cour : la famille et quelques amis pour une fête en toute simplicité. Vos livres aujourd’hui se vendent par millions d’exemplaires, vous êtes au sommet ; l’un des auteurs les plus cotés de France…  Quel regard jetez-vous, sur ce mariage dans le garage ? 

 

A ceci près, que Daniel n’était pas mon troubadour. Juste un maçon, les pieds ancrés dans le quotidien et la tendresse. Je l’ai aimé pour cela. Pour cette force tranquille qu’il dégageait et qui m’apaisait. Ce qui est vrai c’est que nous vivions chichement et que j’ai moi même fait cuire les choux de la pièce montée. Ce n’était pas important ! Je n’ai jamais aimé le luxe, les apparences ! Ce jour là nous sommes sortis de la mairie pour nous rendre à l’église baptiser Anaël. Le curé a béni nos alliances sur le parvis, Daniel était divorcé ! Je portais ma robe des jours de fête. C’en fut une. Je n’ai retenu que cela. J’étais heureuse. Ceux qui s’imaginent que le bonheur est autre chose que simple se trompent.

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Suite de l'entretien :


QUI EST MIREILLE CALMEL? — DEUXIEME PARTIE

 


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