Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

QUI EST ANNE BRAGANCE?

 

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J’ai connu Anne Bragance il y a une dizaine d’années, lorsque je courais les éditeurs pour publier mon premier manuscrit.

La galère!

Elle eut la gentillesse de me lire et me dit :

— C’est très bon, c’est un vrai roman, continuez ! (à l’époque on se vouvoyait).

Comme elle connaissait beaucoup de monde dans l’univers assez fermé de l’édition, elle téléphona…

La réponse ne tarda guère.  J’avais une adresse, un nom… quelqu’un attendait mon manuscrit !

Enfin!

Après tant d’échecs, tant d’envois infructueux, voilà une bouffée d’oxygène! Mon manuscrit partit le lendemain matin, empaqueté, ficelé, scotché, en colissimo, RAR, et si j’avais pu ajouter FRAGILE, je l’aurais fait. La réponse arriva dans la semaine :

— C’est bien, mais

Je ne me souviens même pas de la suite.

Bref: niet, nada, niente, pas de publication.

J’étais déçu, très déçu. Anne Bragance se contenta de commenter.

— Je vous ai dit que votre roman est bon, et je le maintiens.

Elle téléphona à un autre ami :

Rebelotte.

Même bouffée d'espoir… même seau d’eau.

Je commençais à douter. Je lui demandais si je ne ferais pas mieux de changer mon texte.

— Non ! Combien de fois dois-je vous dire que votre roman est bon ? Ne changez rien, hormis le titre si cela vous chante.

Elle me conseilla de passer à autre chose et de garder ce manuscrit en réserve.

Ce que je fis.

Les Nouveaux Auteurs l’ont publié en 2012 sous le titre : «  Le roman de l’an mil ».

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Un bandeau rouge en bas de couverture porte un joli commentaire...

signé Anne Bragance.

 

Aujourd’hui, Anne vit en Provence et vient de publier son 37ème roman.

Oui, j’ai bien dit 37 !

C’est l’un des écrivains français les plus cotés.

Et à juste titre ! Ses lecteurs (et lectrices !) la comparent volontiers à Colette. Elle manie la langue française avec un talent et un sens du "mot juste" que je n’ai trouvé pratiquement nulle part ailleurs.

À l’occasion de sa 37ème publication, j’ai voulu lui poser quelques questions à l'intention de mes amis bloggeurs et pour mes amis FB.

Une sorte d’interview d’élève à Maître.

Merci, Anne, d’avoir si gentiment répondu.

 

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Question 1 :

D’après les psychanalystes, les auteurs vont chercher très loin dans leur enfance les émotions de leurs personnages. Parfois, l’intrigue de leurs romans : c’est le cas de Marcel Pagnol. Toi-même, tu as écrit "Une enfance marocaine", qui est une sorte d'auto-biographie. Peux-tu nous entrouvrir une petite lucarne sur ton enfance ?

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Anne Bragance :

 Elle fut heureuse dans la mesure où elle se déroula sous le soleil du Maroc où je suis née, et aussi difficile pour des raisons intimes que je ne peux exposer ici.

 

 

Question 2 :

Un mot sur ton premier roman ?

 

Anne Bragance

Il s’intitulait « Tous les désespoirs vous sont permis », cela dit tout. Heureusement, j’ai écrit par la suite des romans plus joyeux et même drolatiques.

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Question 3 :

Ce roman et les suivants, t’ont ouvert toutes grandes les portes du succès littéraire. Bernard Pivot t’a invitée plusieurs fois à Apostrophes. Comment était Bernard Pivot ? Quelques mots sur Apostrophes ?

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Anne Bragance :

En vérité, je suis passée une fois à Apostrophes et ensuite à Bouillon de Culture, toujours avec B.Pivot. Le titre de l’émission avait changé mais non la procédure : une demi-douzaine d’invités, chacun ayant lu les livres des autres. B.Pivot se tournait soudain vers vous et posait une question très pertinente : il fallait être prêt car nous ignorions dans quel ordre nous serions interrogés. Chacun savait qu’il jouait gros car cette émission était très regardée et le sort du livre en dépendait.

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Question 4 :

Tu étais critique littéraire dans le journal le Monde. Peux-tu nous en dire plus ? 

 

Anne Bragance

J’ai écrit sur les livres de mes confrères pendant sept ans pour Le Monde. Je faisais ce travail avec un grand sérieux, d’abord parce que j’aime les livres, ensuite parce qu’un article dans Le Monde était chose importante pour les auteurs concernés. Je lisais l’œuvre une première fois, sans prendre de notes, puis une seconde fois, un crayon à la main. Ensuite seulement, j’écrivais mon article. Cela me prenait beaucoup de temps mais me passionnait.

 

 

Question 5 :

Je crois que tu avais écrit un article peu flatteur sur Françoise Sagan, la coqueluche du Tout-Paris à l’époque. Qu’avais-tu raconté ?

 

Anne Bragance :

Oui, j’ai écrit un article que j’avais intitulé «  La dernière rédac de Françoise Sagan ». Le livre n’était pas très bon et j’avais choisi d’être honnête, quand bien même elle était une star de la littérature. Je regrette un peu aujourd’hui d’avoir été si sévère.

 

 

Question 6 :

L’un de tes romans, Anibal, est passé au petit écran. Un superbe téléfilm. Dis-nous quelques mots sur ce roman et… sur le film. 

 

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Anne Bragance :

 Ce roman a été mon plus grand succès. Je l’ai écrit en six semaines dans une sorte de jubilation et le miracle – très rare – est que mes lecteurs ont éprouvé la même jubilation à la lecture.  Ce livre qui a plus de 20 ans existe toujours. On l’étudie dans les établissements scolaires où il m’arrive encore d’être invitée pour en parler avec les élèves. Quant au film, il est plutôt fidèle à l’œuvre écrite à quelques détails près.

 

 

Question 7 :

L’un de tes plus beaux romans, Mata-Hari, est épuisé. Va-t-il être réédité ?

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Anne Bragance :

Mata Hari n’est pas un roman, mais une biographie romancée. C’était un ouvrage de commande : l’éditeur avait demandé à quelques romancières de choisir une femme célèbre du passé et de relater sa vie… J’ai choisi Mata Hari dont je ne savais pas grand-chose à l’époque, sinon ce que tout le monde en connaissait. J’ai donc fait des recherches et découvert une femme complexe, trahie par sa mythomanie, sa frivolité et sa naïveté. Je suis persuadée aujourd’hui qu’elle n’a pas espionné pour l’Allemagne, crime pour lequel elle est passée en conseil de guerre et a été fusillée en octobre 1917 par les Français. Elle avait 41 ans. En 2017, les archives la concernant seront ouvertes. Il est donc possible que mon livre soit réédité, mais je n’ai aucune certitude à cet égard.

 

 

Question 8 :

Tu as fréquenté – et tu continues d’échanger avec – la fine crème du monde de l’édition (Gallimard, Grasset, Laffont, Mercure de France, Actes-Sud…). La difficulté quasiment infranchissable pour les jeunes auteurs, est justement d’être édité. Quels conseils leur donnes-tu ? 

 

Anne Bragance :

Lorsque j’ai débuté, mon premier roman a très vite été accepté par deux éditeurs à la fois et je me suis donc trouvée en situation de choisir celui que je préférais alors que j’étais totalement inconnue. Cela ne se produirait plus aujourd’hui car nous vivons dans un monde où accéder à l’édition dépend davantage de raisons mercantiles que de littérature ou de talent. Tout ce que je peux conseiller aux débutants est de ne pas se décourager et de persévérer, à condition, bien sûr, que l’écriture soit un besoin vital pour l’intéressé. Sinon, mieux vaut aller planter des fraises ou des choux, ou se lancer dans le show-business...

 

 

Question 9 :

Quels sont tes auteurs préférés ?  

 

Anne Bragance :

Oh ! il y en a beaucoup, je ne saurais les citer tous, mais ma plus profonde admiration va à Virginia Woolf sur laquelle j’ai écrit un essai qui s’intitule «  Virginia Woolf ou la dame sur le piédestal ». Et puis, Jean Giono, Albert Camus, Gabriel Garcia Marquez, et bien d’autres encore.

 

 

Question 10 :

Ton dernier roman, Escort Boys, est paru en avril 2013. C’est un petit chef-d’œuvre. Je l’ai lu, et il m’a emballé. Pourquoi ce thème ? Tout le monde connaît les « escort girls ». Mais… « escort boy »… ? 

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Anne Bragance :

J’avais déjà traité de la prostitution féminine dans mon roman « Une succulente au fond de l’impasse ». Je me posais la question de la prostitution masculine et lorsque je me pose une question, j’écris un roman pour obtenir la réponse. Elle est dans « Escort Boys ».

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Question 11 :

Jeudi 23 et vendredi 24 mai, tu fais une représentation-lecture à Bandol sur ton roman « Danseuse en rouge ». Peux-tu nous dire quelques mots sur ce roman et sur cette manifestation littéraire ?

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Anne Bragance :

En effet, j’ai réalisé une adaptation de « Danseuse en rouge » et cet exercice, tout nouveau pour moi, m’a passionnée. Il s’agissait de rendre compréhensible au public, tout en le compressant, ce roman, en vue d’une lecture théâtralisée. L’histoire est à la fois banale et terrible car il s’agit d’un trio infernal, l’homme, son épouse et sa maîtresse, qui s’expriment tour à tour. Je jouerai la « partita » de la danseuse, encore une première pour moi.

 

 

Question 12 :

Ton prochain roman est probablement déjà en chantier. Top secret ? 

 

Anne Bragance :

Yes, cher Ramon, absolument top secret car l’expérience m’a appris qu’en blablatant sur le travail en cours, on risque une déperdition d’énergie nécessaire à l’élaboration de l’œuvre.

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Après une première lecture de "La damnation du templier",

Anne Bragance me signale les points à revoir.

(Merci à Denise, mon épouse depuis 33 ans, d'avoir pris cette photo sur le vif)

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