Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

Les amours coupables d'Aliénor d'Aquitaine — 2

 

 

Sur de telles entrefaites, la reine, qui n’a cure de la rumeur, demande à s’instruire dans les mystères d’Orient. Elle veut connaître par le dedans ce monde arabe qu’on lui a tant dit fascinant, si proche et si lointain à la fois. Son oncle, toujours prévenant, lui présente un jeune émir syrien de passage à Antioche : Salamah Ibn Al-Yanis, que tout le monde appelle Al-Yanis.

Ce prince n’a pas trente ans et parle couramment la langue franque. C’est un chevalier accompli, grand, mince, taillé comme les rocs de sa Syrie natale. Bref, de fort belle prestance. Il appartient à une tribu de redoutables guerriers originaires d’Arabie, les Banu-Kilâb.

La rencontre a lieu dans un salon privé, en présence de Cécile de Hautecour, la jeune confidente d’Aliénor. Dès les premiers mots, le prince Raymond, qui assiste à l’entretien, surprend une étincelle dans les yeux des deux jeunes femmes, une étincelle qu’il connaît bien.

Il soupire. Que peut-il faire d’autre ?

Pour dire vrai, il ne sait quoi penser. Sa nièce n’est pas heureuse, il le sait. Cent fois elle lui a énuméré ses malheurs, raconté ses mauvaises nuits, ressassé qu’elle a l’impression d’avoir épousé un moine. Il lui a répondu qu’elle a droit au bonheur, mais qu’elle est mariée, qu’il y a peut-être des solutions…

Bien entendu, il est au fait des rumeurs ignobles qui courent à leur sujet. Il en a de l’amertume, car il aime Aliénor d’un amour tendre et flamboyant, mais chaste et fraternel, et ce depuis qu’ils sont enfants. Fort heureusement, il a le don, comme Guillaume le Troubadour son père – le grand-père d’Aliénor – , de transformer mésaventures et sombres récits en histoires lumineuses.

L’arrivée de ce prince arabe en est une.

 

 

L’entretien se poursuit jusqu’à none[1].

Aliénor et Cécile en ont oublié de manger. Raymond s’excuse de devoir partir, à cause des invités qui attendent la reine. Cécile est sur le point d’ajouter que personne n’attend la reine, mais celle-ci lui fait signe de se taire.

 

Lorsque le lendemain Cécile dit au prince Raymond que sa nièce désire rencontrer l’émir à nouveau, il soupire… pour la seconde fois… et cède. L’ami des troubadours sait que l’amour existe, qu’il a pour nom passion.

Il montre au jeune prince une porte dérobée par où il pourra entrer et sortir sans se faire remarquer.

- Nul ne doit savoir que tu as vu la reine ! prend-il soin de préciser.

- Nul ne le saura, je t’en donne ma parole.

Raymond, qui connaît l’Orient, sait que Al-Yanis ne faillira jamais à la parole donnée.

La deuxième rencontre entre la reine de France et le jeune émir arabe a lieu dans une alcôve privée du prince d’Antioche. En présence de Cécile, mais sans Raymond.

Al-Yanis raconte son château de Shadar, la source médicinale qui y jaillit, ses chevaux, ses faucons, ses autours… parle de la Syrie, des rives de l’Oronte, évoque la culture arabe, la rhétorique, la poésie, la calligraphie…

Cécile et Aliénor l’écoutent bouche bée. Ce guerrier arabe, dont la tribu est réputée redoutable, leur parle autant de grammaire et de rhétorique que du métier des armes ! Elles réalisent d’un coup que les chevaliers francs, s’ils savent manier l’épée, sont incapables d’aligner les trois premières lettres de leur nom ! Par une alchimie qui leur échappe, ce prince arabe fait naître dans leurs cœurs un frisson dont seul les troubadours semblaient connaître le secret.

Ils se revoient, tard.

Jusqu’au coucher du soleil.

Tous ces va-et-vient, le secret qui entoure ces rencontres, l’air radieux d’Aliénor lorsqu’elle quitte le palais de son oncle… la présence de l’émir et de sa suite, invités par le prince Raymond, font jaser.

La rumeur enfle.

Un raz-de-marée. Des embruns frappent les fenêtres du roi.

Nul ne sait qui a parlé. Peut-être Thierry Galeran, cet eunuque de malheur devenu Templier, qu’Aliénor considère comme son mauvais ange ? Ou peut-être un ennemi du prince Raymond ? Toujours est-il que des phrases assassines arrivent jusqu’aux oreilles du roi :

 

Les gens d’église:  La cour d’Antioche  vit dans le péché !

Les barons du royaume :  La reine a une liaison coupable avec son oncle !

Les servantes : Aliénor couche avec un Sarrasin !

 

 

Louis VII est pieux, mais sa piété a des limites. D’autant que, le soir venu, les fragrances de printemps et la chair lisse d’Aliénor le poussent à répandre sève. Or, la reine se dit fatiguée, argue des maux de tête…

Il tente bien de la surprendre dans son sommeil, mais Aliénor n’est pas du genre à se laisser faire !

       Il devient jaloux.

         Et comme toujours, chez Louis VII, la décision tarde à venir. Elle chauffe à petit feu, lentement. Mais une fois que la marmite bout, plus personne n’en peut contrôler le couvercle. Certains nomment cela la force de volonté des faibles.

  Piété et jalousie expliquent-elles ce qui va suivre ?

 

 

NOTE:

Cet épisode est extrait de "La damnation du Templier", chapitre 5, p.54 et suivantes.

Basagana La damnation du templier 3D

Je l'ai complété par quelques paragraphes nouveaux (pour le seul bonheur de faire plaisir à mes amis bloggeurs)

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