Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

Le Repas des Templiers

Pour comprendre les Templiers, c'est-à-dire pour entrer dans les secrets de leur coeur, le plus simple est de les suivre dans leur quotidien.

Le quotidien, ce sont ces mille choses sans importance qui, prises isolément paraissent banales mais qui, mises bout à bout, nous ouvrent toutes grandes les portes de la réponse à cette question tant de fois posée et si souvent malmenée:

Qui étaient-ils?

Oui, qui étaient les Templiers? Un premier élément de réponse nous est donné en nous glissant dans leur réfectoire. Nous y serons témoins de ce moment ordinaire, mais incontournable:

 

Le repas.

Comment les Templiers le vivaient-ils ?

Aux premiers temps de la fondation de l’Ordre, les « Pauvres Chevaliers du Christ » n’avaient qu’une écuelle pour deux, c'est-à-dire qu'ils mangeaient à deux dans une même assiette.

Par humilité.

Cet usage persista quelques années, mais il présentait tant d'inconvénients, qu'on y renonça. Sans regrets. D’une part ceux qui mangeaient vite avaient tendance à manger plus, d’autre part se posait le problème de couper équitablement un morceau de viande, une cuisse de poulet, un poisson… ? Pas facile!

Pour la bonne marche de la communauté, on en vint très vite à l’écuelle individuelle.

 

A l’époque qui nous occupe — vers 1185 — chaque chevalier disposait de : 

1- Une écuelle individuelle en « cor »,  c'est-à-dire en cœur de chêne. C’était spécifié dans la Règle, donc : pas d’écuelle en terre cuite. ( S’il vous prend fantaisie de fouiller sous les réfectoires des anciennes commanderies, vous tomberez peut-être sur des os de poulet, mais pas sur des écuelles en terre cuite.

2- Deux hanaps, qui étaient des coupes aux bords évasés. L’un était pour les jours de fête, l’autre pour les jours ordinaires.

3- Une cuillère. La fourchette n’existait pas encore en Occident à cette époque.

4- Un couteau à viande que chaque templier portait en permanence sur lui.

 

Le réfectoire était unique, mais il y avait deux services :

1- Le premier pour les chevaliers

2- Le second pour les sergents et les écuyers.

 C’était comme cela.

Mais attention, c'était un problème de hiérarchie, non de privilèges : tous les templiers étaient égaux devant la Règle !

Lorsque la « campane de manger » sonnait (campane = cloche), chacun devait tout lâcher et se rendre au réfectoire.

 

N'étaient dispensés de cette injonction de campane que  :

 

1- Le Frère maréchal s’il était en train de ferrer un cheval.

2- Le Frère fournier s’il était en train de pétrir sa pâte ou de cuire son pain.

Les autres, qu’ils fussent commandeurs, chevaliers ou simples frères de peine, devaient se rendre au réfectoire.

*

Il fait très froid, ce jour d’Epiphanie 1185.

Emmitouflés dans leur manteau blanc, les Templiers se rendent au réfectoire en silence et prennent leur place.

Debout.

Deux longues rangées de tables, soigneusement alignées à égale distance des murs, ménagent un espace central pour le service. Les Frères les plus anciens sont dos au mur, les plus jeunes leur font face.

La place d’honneur revient habituellement au commandeur.

 

Des bûches rougeoient dans l’âtre, les flammes pétillent.

 

Le chapelain entonne le Benedicitae, puis tous les Frères, debout, récitent le Pater Noster.

Après quoi seulement ils peuvent s’asseoir.

 

Comme c’est jour de fête, le frère fournier a pétri du pain blanc. Le reste du temps, il utilise des mélanges de froment, ce qui donne un "pain noir" compact et bourratif.

Un serviteur verse du vin,  un peu plus fin que d’habitude. Il arrive que les jours de grande fête on serve du vin emmené par des frères au retour de leur mission en Terre de Promission.

Du vin de Galilée.

Bien sûr, nul n’a le droit de parler, pas plus le serviteur que les frères ou le commandeur.

On n’entend que le chuintement des bûches, le bruit des couverts, le grincement des bancs, les pas des serviteurs…

Ou la voix de l’un des Frères : il vient de monter sur une petite chaire et lit les Saintes Ecritures ou la vie des saints, d'une voix posée, conformément à la Règle.

En cela, les Templiers ne sont guère différents des autres religieux. Chez les bénédictins, par exemple, les moines lisent à tour de rôle à chaque repas.

Pendant que l’un des frères lit, les Templiers puisent dans les larges plats d’étain que leur présentent les serviteurs attachés au Temple.

Comme c’est un jour de fête, il y a du bœuf et du mouton, mais il faut choisir entre l’un ou l’autre. Ils peuvent, par contre, se verser des légumes à volonté.

Il n’y a ni bouteilles ni carafes sur la table.

Ce sont les serviteurs qui servent à boire. Soit de l’eau, soit du vin, soit du vin trempé, à la demande. La modération étant la règle absolue, les abus sont très rares et sévèrement réprimandés.

Etant donné que nul n’a le droit de parler, ni à voix haute ni à voix basse, c’est par un système de signes conventionnels que chaque frère explique ce qu’il veut : du pain, du vin, une viande, des légumes…

Personne n’a le droit de se lever, sauf s’il est pris d’un saignement de nez, ou si un événement extérieur l’y oblige. Cela arrive souvent en Terre Sainte, notamment lorsque les sentinelles crient l’alerte.

En période de guerre, les Templiers se rendent au réfectoire en prenant soin d’avoir enfilé leur haubert (cote de mailles) et ceint leur épée. Leurs écuyers, qui ont déjà pris leur repas — 1er service — tiennent leurs montures, lances et écus prêts au combat.

Le repas est substantiel, surtout en temps de guerre, mais sans nulle superfluité : la gourmandise, la gloutonnerie, l’intempérance sont sévèrement punis par la règle.

La gaspillage n’est pas de mise non plus : la nourriture qui n’a pas été consommée sera donnée aux pauvres.

Le repas terminé, les Frères se lèvent sur ordre du commandeur, et s’en vont à la chapelle, par deux, afin de rendre grâces au Seigneur pour ces nourritures dont il les a comblés.

A la suite de quoi ils ont droit de parler. 

L'amitié qui règne entre Templiers est fraternelle et sincère.

Chacun sait qu'une grande aventure l’attend en Terre Sainte, et que son chemin passe par le Golgotha, c’est-à-dire par une vie dure, austère, étrangère aux plaisirs et à la débauche des gens de cour.

Mais il sait aussi qu’il pourra, à chaque étape, compter sur ses Frères Templiers.

Jamais ils ne le laisseront tomber.

Qu’il soit blessé, malade, vieux, en grande ou petite difficulté, ils seront toujours là.

Toujours.

 

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