Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LE LEVER DES TEMPLIERS

 

Frère Gondisalve dort profondément.

En paix.

C’est sa première nuit chez les Templiers.

 

Le souvenir d’Isabelle s’est glissé dans son premier sommeil, mais il l'a écarté d'un pater, car son cœur, désormais, est à Dieu.

 

 Il ne se rementevoit[1] la jolie cousine que par fatigue excusable, non par atermoiement: ses vœux sont définitifs, il ne se desdira point !

 

Il replonge dans le sommeil, quitte troubadours et donzelles pour rêver de batailles en Palestine, de chevauchées dans le désert, de trompettes sonnant l’assaut…

 

Il est aux prises avec une nuée de Sarrasins lorsque sonne la campane de matines.

Il est 4h du matin.

Son premier lever de Templier.

Les autres seront mêmement réguliers : la campane sonnera à 4h du matin en hiver, 2h en été.

Tous les jours de sa vie.

Jamais, il ne sera dispensé de matines. Sauf occupation majeure – par exemple s’il monte la garde pendant le bivouac –,  ou en cas de maladie. Mais avec l’autorisation du commandeur !

 

Il saute de sa couche, se chausse, endosse son manteau blanc, et se rend à la chapelle.

On l’a déjà prévenu qu’il peut rester en costume de nuit : chemise, braies, petite ceinture (la fameuse cordelette que les Inquisiteurs de Philippe le Bel donneront pour diabolique, car ayant touché l’idole Baphomet !)

Frère Gondisalve a gardé la ceinture de lin. Il trouve cette cordelette bien pratique pour nouer ses braies.

Baphomet ? Il  n’en a jamais entendu parler.

 

Quand il arrive à la chapelle, les Frères ont déjà commencé à chanter. Il écoute « bellement et en paix ».

Le chant terminé, il récite treize pater pour Notre-Dame et treize pour le saint du jour.

 

Quand il sort de la chapelle, ce 7 janvier 1186, il fait nuit noire.

Il neige toujours.

Mais il ne va pas se recoucher. La règle autorise les Frères, avant de remonter au dortoir, d’aller aux écuries voir les chevaux et donner les ordres aux écuyers s’il y a lieu. Comme ses chevaux vont bien, il remonte se coucher.

La cloche de prime sonne à 6h.

Notre Templier se lève en hâte, s’habille, se chausse, et se dirige vers la chapelle.

Où il entend la messe.

Il ne mangera qu’après. Et encore, après avoir récité soixante pater, qui sont d’obligation.

Son premier repas de la journée sera fait de soupe chaude avec une tranche de pain à l’huile d’olive.

 

Ainsi commence la journée des Templiers.

 

SOURCE :

 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.

Alain DEMURGER, Les Templiers, Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, janvier 2005.

 

Prochain article: Première mission de Frère Gondisalve.

 

[1] Se rappelle.

 

 

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article