Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 21:39

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Plateau du Larzac, mars 1186

 

Les Causses sont tapissés d’herbe fraîche, de fleurs multicolores, de garrigues où foisonnent les perdreaux.

Il fait beau.

C'est le printemps.

Frère Gondisalve est monté à la Couvertoirade accueillir une trentaine de Templiers en provenance de Paris.

Chevauchant deux par deux, ils font route vers le sud.

Chemin faisant, ils s’augmentent, dans chaque commanderie d’autres Frères – chevaliers ou sergents – , envoyés eux aussi en Terre Sainte.

Il sait que six autres Frères les attendent à la commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon, une dizaine d’autres à Montpellier, autant à Arles, Saint-Gilles, Aix-en-Provence…

 

Ces moines-soldats ont fait un détour par le Larzac, car il vont escorter jusqu’à Marseille une centaine de chevaux de guerre, dont une douzaine d’étalons.

 

Gondisalve les conduit à la lavogne, qui est un grand abreuvoir.

Pendant que les chevaux se désaltèrent, le commandeur lui raconte que Saladin prépare une grande offensive et que le grand maître Gérard de Ridefort fait appel à toutes les forces disponibles en Occident pour  aller lui prêter main forte:

 

- Le temps presse, la Terre de Promission est en grand danger ! 

 

Il parle d’une voix calme, sereine.

Frère Gondisalve est frappé, une fois de plus, par le contraste entre la rigueur militaire des Templiers et la suavité de leur attitude, de leurs paroles, la grande impression de fraternité qui transpire dans le moindre de leurs gestes. Pendant qu’ils parlent, il observe qu’un jeune Templier resserre le harnachement du cheval d’un Frère déjà âgé. Il demande au commandeur comment se fait-il qu’un Frère à ce point usé par l’âge, entreprenne un aussi long voyage.

-       Tu sais, ce Frère qui a déjà guerroyé vingt ans en Terre Absolue, n’a d’autre désir que celui d’y mourir.

-       Nos supérieurs y ont-ils consenti ?

-       Absolument. Nonobstant sa vieillesse, nos supérieurs ont autorisé son départ, car la mort, beau frère, est au bout de nos peines notre récompense et notre salut.

 

Le commandeur resserre l’un des étriers de son cheval. Avant de monter en selle, il se tourne vers Frère Gondisalve :

-       Souviens-toi de ceci, beau frère : le martyre est la seule gloire que nous, les Templiers, puissions acquérir en tant qu’humaines créatures !

 

 

La chevauchée se fait sans encombre jusqu’à Marseille.

Malgré l’appât des chevaux, aucun bandit ou seigneur en mal de rapine n’est assez fou pour s’attaquer à une troupe de Templiers.

 

Les rêves de Gondisalve, chemin faisant, vont vers les collines d’Orient. Il voit des villes blanches au milieu des palmiers, des châteaux inondés de soleil, des déserts, le Jourdain, le mont Thabor… Jérusalem !

 

Mais lorsqu’il arrive à Marseille, les palmiers cèdent la place à une armada de vaisseaux de guerre.

 

Il y a là des galères  énormes, d’une quarantaine de mètres de longueur, des galiotes, qui sont des galères plus petites naviguant à la rame et à la voile, des barbotes au faible tirant d’eau, aux pavois renforcés de plaques de fer, utilisés pour la défense des rades…

  galere

Galère. Photo sevicom.free.fr

 

Les Templiers, au nombre de deux cents cinquante,  s’embarquent dans deux nefs appelées salandres, qui mesurent cent pieds de longueur (environ 31 mètres), vingt-cinq pieds  de large (huit mètres), portent deux mâts et six voiles.

 

Gondisalve lève la tête, stupéfait, vers le mât de proue (avant) : il ne mesure pas moins de 90 pieds de haut ! Puis, observe les écuyers en train d’embarquer les chevaux : ils les font monter dans des nefs-huissières (de huis=porte). Dans le flanc de ces navires s’ouvre une porte à charnière, qui se rabat sur le quai à la manière d’un pont-levis et permet l’embarquement des bêtes.

C’est un navire-écurie.

 

Toutes ces nefs battent pavillon de l’ordre !

 

La flotte lève l’ancre le lundi de Pâques et fait route vers Saint-Jean-d’Acre. Si les vents ne sont pas favorables, elle accostera à Jaffa, mais c’est la commanderie d’Acre qui attend la présente fournée de Templiers.

 

Frère Gondisalve ferme les yeux et prie.

La nef s’éloigne de la côte.

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 (Photo mandragore2.net/dico/lexique2/navires2)

A la grâce de Dieu.

 

 

Source :

 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975, p. 55-56 ; 144-145.

 

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Commentaires

C'était parait-il très difficile de faire monter les chevaux dans les navires; les Normands et les Flamands étaient formés et avaient permis l'invasion de l'Angleterre par Guillaume, par les drakkars sur la Manche; qui sait, ce sont peut-être certains de leurs descendants qui ont participé à cet embarquement ?! avec ce beau texte, on imagine beaucoup de choses . Bonne soirée, mes amitiés !

Commentaire n°1 posté par sittelle le 31/01/2011 à 23h01

Les descriptions de ces "bétaillères" à l'époque des croisades sont assez précises.  Ces drôles de nefs étaient des "ferries" avant la lettre!

J'ai eu en maini des documents sur les bateaux normands. J'ai l'impression que les croisés les ont copiés!

Bonne journée Sittelle,

Amitiés

Réponse de Ramon BASAGANA le 01/02/2011 à 09h13

Bonjour Ramon

Un peu effrayant quand même de voir la mort comme une récompense pour les Templiers !

Une bien bien belle page que tu nous a écrite aujourd'hui encore !

Bonne journée Ramon, amicalement.

JC

Commentaire n°2 posté par jcn54 le 01/02/2011 à 11h52

Je suis venue prendre ma petite dose "templière" . Comme ils devaient avoir peur sans le montrer sur cette vaste étendue d'eau!
Merci pour ta petite visite sympa! je n'y avais pas pensé, mais si les cathares rencontrent leurs persécuteurs dans l'autre monde j'aimerai qu'ils les (re)trucident pour aller dans un enfer de classe supérieure!

Passe une bonne soirée bien au chaud.
Bise
Viviane

Commentaire n°3 posté par Viviane le 01/02/2011 à 17h37

Et mille ans plus tard, la guerre sévit encore en terre sainte... Combien d'hommes sont morts au nom de Dieu... La guerre de nos temps modernes semble moins idéologique, plus économique... C'est un peu hors sujet mais ma pensée du soir...

Bonne soirée Ramon

Commentaire n°4 posté par H2O le 01/02/2011 à 21h50

Ce n'est pas du tout hors sujet!

La guerre sainte continue de sévir, pas seulement en Orient!

En Amérique aussi, où l'on exécute froidement des médecins pratiquant l'avortement par... respect de la vie. Au nom du Christ, cela va de soi.

Combien d'hommes, de femmes, d'enfants, meurent au nom de Dieu?

Un ami que j'aimais beaucoup, est mort égorgé en Algérie par des gens qui se réclamaient d'Allah.

Je connais pourtant des chrétiens, des musulmans qui croient, pratiquent, sont tolérants... 

La foi des chrétiens, des musulmans... devrait passer par la vie, non par la mort.

Je ne sais pas si c'est politiquement correct... en tout cas, je le pense.

Bonne soirée,

Amitiés

Réponse de Ramon BASAGANA le 04/02/2011 à 21h27

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  • Ramon BASAGANA
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  • 15/01/1944
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  • Je suis médecin, marié. Passionné par la médecine. A l'affût des détresses évitables. J'aime écrire, lire dans "la mémoire des pierres", sonder le présent, décrypter l'avenir. ... Et livrer mes trouvailles!

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