Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LA NUIT DES TEMPLIERS

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La neige continue de tomber, des flocons épars.

Il fait nuit.

 

neige photo nuit 4


Frère Pons de Roquemaure vient d’annoncer à Gondisalve que le comte d’Arles a fait don à la communauté d’un superbe alezan, et que ce cheval de guerre, aussi leste que vaillant, lui est attribué par le chapitre en gage de bienvenue. Frère Gondisalve est donc en grande joie car il aime les chevaux. Bien campé sur son destrier, il peut chevaucher de longues heures, bon train et sans fatigue, et une fois au bivouac, être dispos pour panser, étriller, ôter la selle, le frein, donner de l’avoine et du foin…

Les Templiers ont la passion de leurs chevaux.

Et sur ce point, Frère Gondisalve est en parfaite harmonie avec eux.

 

Pour l’heure, il traverse la cour de la commanderie, car la cloche sonne le dîner.

Tous les Frères se rendent au réfectoire pour une petite collation, laissée à la discrétion du commandeur : de la soupe bien chaude et du vin trempé, mais en petite quantité, car :

 

 Quia vinum facit apostare sapientes 

( Le vin fait tourner en bêtes les sages )

 

La collation terminée, les Templiers se rendent à la chapelle, où ils récitent « complies ».

Après quoi, ils s’en vont au dortoir, sans parler, sauf nécessité.

Ceux qui le souhaitent, peuvent néanmoins aller voir leurs chevaux et donner des ordres à leurs écuyers.

C’est ce que fait Frère Gondisalve.

Il a déjà compris que la surveillance des chevaux tient une grande place chez les Templiers. D’ailleurs, il retrouve plusieurs Frères dans les écuries. Tous viennent admirer son alezan, mais ils ne manifestent leur émerveillement que par un hochement de tête, car le silence est de règle, y compris aux écuries.

Les prudhommes de la maison et les vieux chevaliers profitent de ces moments de calme pour régler avec le commandeur des questions de service, mais uniquement lorsque l’intérêt de la maison l’exige, et ne disent que l’indispensable.

 

Ses chevaux pansés et étrillés, Frère Gondisalve monte au dortoir.

Et avec lui tous les Frères qui se trouvaient dans les écuries.

Le jour n’est plus.

Vient la nuit.

Sa première nuit de Templier.

Il retraverse la cour, sous la neige.

 

neige photo nuit 1

 

Le dortoir est une grande salle sans cheminée, mais bien isolée des vents du nord.

Chaque Templier dispose d’un lit, d’un coffre où ranger ses effets, de plusieurs patères ou crochets contre le mur.

Frère Gondisalve se dévêt en silence et suspend son manteau, dont il embrasse respectueusement la croix. Les Templiers, en effet, se doivent de respecter et honorer ce vêtement, en raison de la croix vermeille qui y est cousue.

Le manteau suspendu au crochet, il s’habille pour la nuit : il garde sa chemise, ses braies,  ses chausses et, autour de sa taille, une ceinture de lin.

 

C’est cette cordelette, qui a fait couler tant d’encre : on a prétendu, lors du procès, qu’on la nouait autour d’une idole païenne (Baphomet) avant de la donner aux Templiers.

Frère Gondisalve, en tout cas, n’a jamais vu d’idole païenne et n’a pas la moindre idée de ce que le mot Baphomet signifie.

 

Il noue donc la cordelette à sa ceinture et se couche dans un pauvre lit, composé d’une paillasse, de deux linceuls et d’une carpette rayée de blanc et de noir.

Les couleurs des Templiers.

Avant de s’endormir, il récite un dernier pater noster et tente de s’endormir.

Mais son esprit s’envole vers ce lointain pays d’Aragon où il a laissé ses parents, ses frères, ses sœurs, ses amis…

Et sa cousine Isabel.

Un jour, il y a déjà bien longtemps, il a entrevu son avant-cœur et cette image le poursuit, le tourmente, soir après soir…

Au point qu’il doit enfoncer ses ongles dans la peau de son ventre pour éteindre le feu qui brûle.

Il songe alors aux batailles qui l’attendent, dans le froid, la neige, le vent, la pluie… aux assauts en première ligne, aux coups d’estoc et de taille...

Aux prairies sous la neige.

 

DSCN5248

 Prairie sous la neige, d'après Mima:

mimaboutdebois.over-blog.com: link

 

Jusqu’à ce que le sommeil le prenne.

Le sommeil des Templiers.

 

 

SOURCES:

Photo prairiemimaboutdebois.over-blog.com link 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.

Alain DEMURGER, Les Templiers, Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, janvier 2005.

 

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