Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LA MAISON KABYLE OU "LE MONDE RENVERSÉ"

 

 

Comme nous l’avons expliqué hier, la maison kabyle traditionnelle présente une division tripartite, avec :

 

a)    Une soupente faisant fonction de grenier, de remise… qu’on appelle taârict.

b)    L’étable, légèrement en contrebas, qu’on appelle addaynin.

c)    La pièce de séjour ou taqaâts.

 

Division tripartite-schéma 

      Division tripartite de la maison kabyle

 

Très peu de mobilier dans cet espace fonctionnel et sobre : pas de chaises, pas de table, pas d’armoire… Un objet, par contre, est constant : le métier à tisser (ou azetta).

Dont la fonction est à la fois culturelle, économique et symbolique.

Où le dresse-t-on ?

Nous trouvons la réponse dans l’orientation de la maison.

 

Chaque fois que les conditions topographiques le permettent, la maison kabyle ou axxam est orientée de telle sorte que la porte d’entrée soit tournée vers l’Est.

Cela veut dire que le mur le mieux éclairé est celui qui fait face à la porte, c’est-à-dire celui qui est éclairé par le soleil levant. On le nomme de ce fait tasga ou « mur de la lumière ».

C’est là que l’on installe azetta.

 

Plan maison kabyle 

 

Le mur de la porte, par contre, faiblement éclairé sur sa face intérieure, est le « mur de l’obscurité » ou tinebdatin.

 

En d’autres termes :

-       le mur de la porte, dont l’extérieur est tourné vers l’Est, et donc vers le soleil levant… est « mur d’obscurité » à l’intérieur (tinebdatin).

-       Le mur qui lui fait face, dont l’extérieur est tourné vers le soleil couchant, vers la nuit… est « mur de lumière » à l’intérieur (tasga).

 

Cette opposition fait dire à Pierre Bourdieu que l’orientation intérieure de la maison kabyle est exactement l’inverse de celle qui régit l’espace extérieur. Et il lui associe un ensemble d’autres oppositions : haut/bas, lumière/ombre, jour/nuit, masculin/féminin, fécondant/fécondable…

 

Le mur du métier à tisser s’oppose donc au mur de la porte comme la lumière aux ténèbres.

 

Bien sûr, on peut arguer que le mur le plus fortement éclairé est nécessairement celui près duquel on installe le métier à tisser… cela paraît logique… Mais nombre d’indices suggèrent que ces oppositions sont le centre d’autres oppositions qui ne répondent pas nécessairement aux impératifs techniques et aux nécessités fonctionnelles.

 

La naissance d’un garçon, par exemple, « événement heureux », rappelle tasga ou « mur de la lumière » :

 

M’ad ilal uqcic, dessent tsegwa

(Lorsqu’un garçon naît, les « murs de la lumière » se réjouissent)

 

 

La mort, elle, « événement triste », est associée à tinebdatin ou « mur de l’obscurité ». :

Ma yeffegh lmegget, ttrunt tebdatin

(Lorsqu’un mort quitte la maison, les « murs de l’obscurité » pleurent)

 

La maison kabyle ou « le monde renversé » nous renvoie donc à deux univers opposés : l’univers intérieur et l’univers extérieur, chacun avec « son Orient ». Le point de rencontre entre les deux étant le seuil de la maison, sorte de frontière magique, lieu de passage et de rencontre obligée entre deux espaces : celui des hommes et celui des femmes…

... le masculin et le féminin, le fécondant et le fécondable.

 

Me vient à l’esprit ce dicton kabyle :

 

Argaz t-taftilt n-berra, tamettut t-tftilt n-daxel :

(L’homme est la lampe du dehors, la femme est la lampe du dedans)

 

SOURCES: Habitat traditionnel et structures familiales, écrit avec Ali Sayad, préface de Mouloud Mammeri.

 

Article précédent:  LA MAISON KABYLE - 2

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*

 

 

Merci, amies lectrices et amis lecteurs, de votre visite.

En complément de lecture, je vous propose "Le roman de l'an mil".

Certes, l'intrigue se déroule à Rome, Byzance et Cordoue en l'an mil, 

mais les personnages-clés passent par les At-Yanni.

Edité par Les Nouveaux Auteurs (à gauche) et par France-Loisirs (à droite)

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