Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LA MAISON KABYLE ET LES RITES DE L'ACCOUCHEMENT

 

 

Autrefois, la naissance d’un enfant (talalit) s’accompagnait de rites et de symboles qui s’organisaient selon une logique proche de celle qui présidait à la disposition de la maison traditionnelle.

 

Au coeur de ce rituel, la qibla, femme en général âgée, gardienne des traditions et du savoir magique, qui remplissait les fonctions d'accoucheuse.

 

Voici quelques uns de ces rites:

 

Immédiatement après l’accouchement, on allongeait la mère sur un lit qu'une assistante de la qibla avait préparé d’avance contre le mur de tasga ou « mur de la lumière ».

 

Si l'enfant était un garçon:

la qibla prenait une faucille – amger – , symbole de virilité, car lié au travail des hommes, et la déposait sur le seuil de la maison, du côté droit : gher tnebdat tayeffust.

Elle posait ensuite un porte-monnaie sur la tête du garçon :

Akken at-timghur texrit-is

(Littéralement : pour que son porte-monnaie « se glonfle »)

Et pour qu’il devienne un personnage influent dans la famille : Akken adghughal d-aqerru bbw-uwwam.

 

Si l'enfant était une fille:

La qibla prenait un tamis – agherbal – et une quenouille – tizdit – , symboles de féminité, car liés au travail des femmes, et les déposait également sur le seuil, toujours du côté droit. Elle posait ensuite sur le ventre de l'enfant une boucle d’oreille en argent :

Akken at-tesfu am lfetta

(Pour qu’elle soit aussi pure que l’argent).

Et ajoutait une pincée de sel :

Akken at-tmeleh deg-gilsis, di lecghal-is, di zzin-is

(Pour qu’elle ne soit fade ni dans ses propos, ni dans ses gestes, ni dans sa beauté.)

 

Ces rites qui, dès la naissance, séparaient le garçon et la fille, le monde masculin et le monde féminin, annoncaient les deux univers qui leur correspondaient :

a) Axxam (maison) lieu des secrets et lieu d’intimité, domaine de la femme.

b) Tajmaât (maison d’assemblée du village), lieu de la vie publique, en pleine rue…, domaine de l’homme.

 

Le premier jour après la naissance, tôt le matin, l’accouchée faisait sa toilette.

L’eau utilisée était chargée de signification et de pouvoir magique. Il ne fallait surtout pas la jeter n’importe où !

Si le nouveau-né était une fille, on la répandait sur la cour, afin qu’en grandissant, la fille ne s’aventure pas au-delà de la porte de clôture (tabburt bbwfrag).

Si le nouveau-né était un garçon, on répandait l’eau dans la rue.

 

 

Je rappelle, pour mémoire, que si la maison (axxam) s’ouvrait à l'extérieur par une porte latérale unique, lieu de rencontre entre l’ombre et la lumière, entre l'univers secret et l’univers public, la maison d’assemblée du village (tajmaât) était un long passage couvert que l’on traversait de part en part, par deux ouvertures percées sur les murs à pignon.

 

At-Yenni Tajmaât

TAJMAÂT ou "assemblée du village"

 

SOURCE:

Habitat traditionnel et structures familiales, publié avec Ali Sayad en 1974, préface de Mouloud Mammeri.

Dans le prochain article, je publierai un extrait du "Roman de l'an mil", dans lequel un jeune juif, fils du médecin personnel du calife de Cordoue, pratique, avec l'aide de la qibla, la "délivre" manuelle chez une accouchée dont le placenta était resté prisonnier de la matrice...

 

ARTICLE PRÉCÉDENT:  LA MAISON KABYLE OU "LE MONDE RENVERSÉ"

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*

 

Merci, amies lectrices et amis lecteurs, de votre visite.

En complément de lecture, je vous propose "Le roman de l'an mil".

Certes, l'intrigue se déroule à Rome, Byzance et Cordoue en l'an mil, 

mais les personnages-clés passent par les At-Yanni.

 

Edité par Les Nouveaux Auteurs (à gauche) et par France-Loisirs (à droite)

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