Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LA MAISON KABYLE

 

Comme promis dans l'article précédent, voici quelques mots sur la maison kabyle traditionnelle.

Ces données sont extraites de l'ouvrage publié en 1973 avec Ali Sayad (spécialiste incontournable de la culture berbère), préface de Mouloud Mammeri

 Ath Yenni 1

 

La maison traditionnelle kabyle, lieu de vie, mais aussi univers secret, symbolique... ouvre sur une cour intérieure ou amrah,  commune à la famille élargie.

At-Yenni-cour.jpg 

Groupement des maisons kabyles autour d'une même cour intérieure

 

Les maisons qui donnent sur cette cour sont en nombre variable (deux dans le schéma: chiffres 8-8). Très souvent leur sont accolées des pièces occupées par les jeunes couples(chiffres 7-7 dans le schéma): on les appelle tixxamin. Les ménages qui habitent tixxamin font marmite commune avec les parents, lesquels habitent axxam ou "grande maison".

 

Un ami nous guide. Il est très fier de nous montrer sa maison, perchée, comme le village, au sommet d'une crête, au pied du Lalla Khadidja.

 

On pénètre chez lui par un porche surmonté d’un toit (asqif); la porte de clôture, nommée tabburt bbwefrag (chiffre 1 du schéma) possède un loquet que l'on manoeuvre de l'extérieur à  travers une ouverture discrète percée dans le montant. Des banquettes sont disposées latéralement le long du porche (chiffre 2 du schéma) : on les appelle idekkawanen. Elles sont suffisamment larges pour que dans certaines régions (Tagwemunt Azuz par exemple) on y prenne ses repas pendant l’été.

La cour franchie, notre hôte s'arrête devant le seuil de sa maison et avertit de sa présence : il ne faut jamais passer la porte sans avoir, au préalable, signalé sa présence !

Personne ne répond, car les femmes sont aux champs.

La porte est entr’ouverte.

Un objet ratatiné, informe, accroché au battant... attire le regard. De quoi s'agit-il? Sans doute d'un abat séché de mouton. Il ne faut pas le toucher, car il est chargé de baraka (bénédiction). Aux At-Larba, on suspend sur le linteau la vésicule biliaire du mouton sacrifié à l’Aïd-el-Kebir. 

 

La porte est très ancienne, bien entretenue, décorée de motifs berbères gravés sur bois.

 

At-Yenni décor des portes-copie-1

Décor des portes (At-Larba)

 

Certains de ces motifs sont des croix pattées (milieu et haut des colonnes) semblables en tout point aux croix éthiopiennes

 

Curiosité ? Coïncidence graphique ? Ont-elles une signification ?

La réponse est difficile. Il peut s'agir de détails de décoration sans teneur particulière, mais elles peuvent aussi remonter à la nuit des temps, évoquer l’époque reculée précédant l'occupation de l'Afrique du Nord par les armées en provenance d’Arabie et du Yemen… Faut-il rappeler que saint Augustin –  le plus grand philosophe chrétien de tous les temps – et sa mère sainte Monique, étaient des Berbères? 

 

Notre hôte nous invite à entrer.

L'espace qui s'ouvre devant nous est surprenant: les ancêtres bâtisseurs ont divisé la totalité du volume en trois parties.

La fameuse division tripartite de la maison kabyle.  

Notre hôte nous explique que la partie la plus grande est réservée aux humains (il la nomme taqaâts), que la seconde appartient aux animaux (addaynin), que la troisième (taârict) est réservée au stockage du grain et au rangement des outils.

 At Yenni

 Division tripartite de la maison kabyle

 

 

D'un ample geste de la main il nous montre TAQAÂTS (que dans certaines régions on appelle aguns, ou encore tigherghert).

Il s’agit d’une pièce toute en longueur, sobre, sombre, intime… C’est là, nous le savons, que s’accomplissent les actes du quotidien: naître et mourir, manger, dormir, procréer…

A l’une des extrémités, un foyer creusé à même le sol permet de cuisiner et de se chauffer. C’est le kanun.

 

 At-Yenni lkanun 

      Lkanun: Les supports en terre cuite tiennent lieu de trépied.    

 

Le sol de cette pièce est recouvert d’un enduit de chaux et de gravier, parfois d’un mélange d’argile, de paille hachée et de bouse de vache (comme dans le pisé utilisé en Sologne).

Tous les ans, à la belle saison, les femmes réparent les fissures : elles étendent une couche d’argile et la dament au moyen d’une sorte de battoir appelé tamadazt. Puis, polissent la surface avec un galet.

Tamaddazt

 

ADDAYNIN 

Alors que nous nous réchauffons près du kanun, nous entendons braire. Cela vient d’addaynin, une pièce en dénivellation par rapport à taqaâts, où l’on accède par l’unique porte de la maison.

Addaynin est réservé aux animaux, nous dit notre hôte.

C’est là que passent la nuit les chèvres, les moutons et les vaches (s’il y en a, car c’est un signe de richesse). "Aujourd'hui, l'âne est là, nous dit-il, mais d'habitude, il couche dehors".

(Pour mémoire, cette disposition de l’espace était autrefois fréquente dans les régions de montagne (Alpes, Pyrénées…) où - économie de chaleur oblige – l’étable jouxtait l’habitacle humain.) 

 

TAÂRICT

 

Légèrement en hauteur, au-dessus d’addaynin, notre hôte nous montre la soupente, que l'on nomme taârict ou takana. C'est là qu'il a placé les ikufan (singulier = akufi) ou jarres à provisions. C'est là aussi que les femmes posent les couvertures, les coffres (assenduq) …

et que dorment les enfants quand ils sont en âge de comprendre…

 At-Yenni Akufi 

Ikufan de la région de Taguemount Azouz

Très joliment décorés de motifs berbères.

 

Il nous explique que les petits ronds au milieu des ikufan  sont des ouvertures lui permettant de connaître le niveau de réserves de grain.

Ath Yenni 6 - jarres 

 

Les jarres que l'on observe sur la gauche de la page, contiennent des provisions. Elles sont entreposées, elles aussi, sur taârict.

 

Telle est, en quelques traits, la structure de la maison kabyle traditionnelle.

 

Dans un prochain article, je vous invite à découvrir les très beaux secrets, mystères et symboles... qui lui sont liés. 

 

Article précédent: BIBLIOGRAPHIE: La maison kabyle - 1  

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Merci, amies lectrices, amis lecteurs, pour votre visite. En complément de lecture, je vous propose "Le roman de l'an mil".

Certes, l'intrigue se déroule à Rome, Byzance et Cordoue, mais une bonne partie se situe aux At-Yanni.

Edité par Les Nouveaux Auteurs (à gauche) et France-Loisirs (à droite)

Edité par Les Nouveaux Auteurs (à gauche) et France-Loisirs (à droite)

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JOLYCENE 26/02/2017 10:11

Monsieur, j'ai lu avec avidité "Le roman de l'an mil" merci pour ce voyage!!! dans le temps, je ne vous connaissais pas comme auteur, pour moi cette découverte m'a littéralement époustouflée, je reste néanmoins un peu déçue car j'aurais aimé savoir le devenir de Rébecca. J'ai commencé ce matin "La damnation du Templier" je n'en suis qu'au début mais déjà j'ai regret quand je dois interrompre ma lecture. Je tenais à vous dire que vous écrivez d'une façon que j'aime beaucoup et vous pouvez, me considérer comme une fidèle lectrice de vos ouvrages. Cordialement.

Ramon BASAGANA 28/02/2017 16:59

Merci de tout coeur pour ce commentaire. C'est vrai que les interrogations sur le devenir de Rébecca appellent une suite! Je vous souhaite bonne lecture sur les pas de Tristan et Shérazade. Cordialement.