Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

COMMANDERIES TEMPLIERES : LA COUVERTOIRADE - 1

 

 

La Couvertoirade, célèbre site templier du sud de la France, dresse ses murailles sur le Causse du Larzac, au sud-est du département de l’Aveyron.

 

Couvertoirade Vue

Cette photo, prise en 1912,

donne idée de ce qu’était La Couvertoirade « autrefois ».

 

Causses du Larzac, janvier 1186

 

Frère Pons de Roquemaure a fait donner une sépulture chrétienne aux bandits, « afin que Dieu ait pitié de leur âme pécheresse ».

On ne déplore que deux Templiers tués et six blessés

(voir  LES TEMPLIERS EN CAMPAGNE: L'ASSAUT)

 

C’est avec force insistance et des promesses d’allégeance que les habitants de La Couvertoirade supplient les Templiers de bâtir une commanderie chez eux.

- Avec les chevaliers du Temple sur le territoire de notre paroisse, nul bandit n’osera plus courtiser le diable de par chez nous!

Frère Pons hoche la tête.

C’est bien pour cela qu’il est ici, pour y élever une commanderie !

Les Frères de Jérusalem ont cruellement besoin de chevaux et nul endroit mieux que ces Causses – aussi vastes que le plateau de Moab, mais plus fournies en herbages – , n'est autant à même de fournir des destriers.

Il se tourne vers Frère Gondisalve, qui vient du lointain royaume d’Aragon :

- Tu vas enquêter sur les coutumes de ce pays. Je veux tout savoir sur la façon dont on y vit. Si nous voulons que la commanderie à venir soit prospère, nous devons respecter les us et coutumes de ces honnêtes gens.

 

Ci-fait.


Frère Gondisalve a fait le tour des églises, cabanes, masures, hameaux, villages… interrogé les curés des paroisses, mais aussi les bergers, bergères, manants,  voyageurs, et même les filles de joie !

Il a chevauché accompagné d’un Frère sergent, car la Règle fait obligation aux Frères de toujours voyager en compagnie d’autres Frères.

Un après-midi, alors qu’il rentre avec Frère Audimard d’une longue chevauchée dans les causses, il retrouve Frère Pons à la lavogne. Il y est venu, avec un autre chevalier, faire boire sa monture.

- Alors, où en es-tu ? s'enquiert-il.

- J'ai fini. Je sais à peu près tout de la façon dont les honnêtes gens de ce pays vivent.

- Déjà? Il me tarde de t'entendre le raconter.

Il fait beau, les chevaux se sont mis à brouter.

Il y a, de l’autre côté de la lavogne, un bouquet d’arbustes où les bergers ont aménagé une sorte de liteau autour d’un foyer formé par trois grosses pierres, près desquelles gît du bois sec. C’est un coin douillet, bien à l’abri du vent du nord.

Frère Pons invite Gondisalve et s’y venir asseoir.

 

Couvertoirade - Lavogne

Lavogne de La Couvertoirade

Les chevaux des Templiers sont venus certainement s'y abreuver.

Un grand merci à Sittelle pour cette photo!

(Elle date de 2007) 

 

- Raconte !

Frère Gondisalve commence par sortir de sa besace sa pierre à feu, un peu d’amadou, et fait flamber du bois sec.

- J’ai beaucoup appris, pendant ces dix jours.

Il tend ses mains aux flammes avant de poursuivre :

- La paroisse de la Couvertoirade est mieux approvisionnée que partout ailleurs : dans chaque foyer il y a un setier[1] d'avoine boulangère, une épaule de porc et de bonnes poules pondeuses.

- Partout, dis-tu ?

 - Pour sûr ! Je tiens ces choses de Pierre Martin, qui a vu, entendu et pris ces dires à ma demande pour la cause du Temple. Mais ce n’est pas tout. Les gens d'ici, ont des coutumes dont je n’ai eu connaissance nulle part ailleurs.

Frère Pons hausse un sourcil.

- Tiens donc ! Lesquelles ?

- Celle-ci, par exemple : tout homme qui a engrossé une femme sans mari donne un mouton à la paroisse et la femme une paire de pantalons.

- C’est tout ce qu'ils encourent comme châtiment ?

- Par le sang de mes aves[2], c’est tout ! Nul reproche venant des prêtres, nulle condamnation venant du seigneur, ils ne sont redevables que d'un mouton et d'une paire de pantalons ! 

Le regard de Frère Pons de Roquemaure brille de curiosité.

- Dis-m’en davantage, je brûle de tout savoir !

- Eh bien, voilà ce que j’ai encore appris, et qui me laisse pantois : sur toute l’étendue de cette paroisse on y tolère la présence des filles de joie ambulantes, à condition que leur séjour n’excède pas la durée d’un jour et d’une nuit. En cas d’infraction, les peines prévues se bornent à de simples amandes.

- Lesquelles ?

- Je ne le sais point, Frère Pons.

 

*

 

Nous sommes en 2011.

825 années se sont écoulées depuis le heurt de Frère Pons de Roquemaure avec les hors-la-loi.

On connaît aujourd’hui les peines infligées par les Templiers du Larzac aux filles de joie ambulantes.

Les statuts édictées en 1333 précisent :

La présence des filles de joie est tolérée sur toute l’étendue de la commanderie de Sainte-Eulalie, à condition que le séjour n’excède pas la durée d’un jour et d’une nuit.

En bon latin, cela donne:

 

Ne quis audeat receptare publicas meretrices

ni solum per diem et noctem

sub pena quinque solidorum,

nec ipse meretrices residere

sub pena amissionis vestimentorum.

 

Dont voici la traduction :

 

Que personne n'ose héberger les femmes publiques

plus d'un jour et d'une nuit

sous peine d'avoir à payer quinze sols

et que ces femmes ne s'attardent pas,

sinon leurs vêtements seront confisqués.

 

SOURCE:

 

J'ai puisé une partie de ces informations dans un site d'une grande richesse historique:

Les commanderies des Templiers de France et de Belgique

templiers.net/commanderies:  link



[1] Setier ou sesterage : mesure de capacité correspondant à 12 boisseaux (ou cinq muis). Environ 150 à 300 litres.

[2] Ancêtres.

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