Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

DSK/NAFISSATOU DIALLO: UN RAPPORT MEDICAL... SURPRENANT.

 

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(photo expres.fr)

L’Express.fr a publié, voici quelques jours, les conclusions du rapport médical établi par le service des urgences de l'hôpital St Luke's Roosevelt de Manhattan.

Une équipe de médecins y a examiné Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse DSK de viol.

 

D’après ce document, la jeune femme est arrivée en ambulance, accompagnée d'un policier du commissariat de Midtown, dont dépend le Sofitel de New York.

Les notes médico-légales d'agression sexuelle établies et archivées par le service des urgences, précisent l'heure et la date de l'arrivée : 14 mai 2011, à 15 h 59.  

Les médecins ont commencé par recueillir le témoignage des ambulanciers, lesquels ont affirmé que Mme Diallo leur a dit, pendant le transport vers l'hôpital :

 

"Il ( l’agresseur) m'a poussée vers le bas et m'a enfoncé son pénis dans la bouche." 

 

Des propos que la jeune femme corrobore dans les mêmes termes.

 

L’examen clinique de la patiente parle de: 

 "Contusion, douleurs musculaires, tension."

 

Il précise que Mme Diallo souffre de l'épaule gauche, qu’elle se serait fait mal en tombant lors de l’agression, mais qu’elle a beaucoup moins mal qu'en début d'après-midi."

 

Le médecin prescrit un « scanner », lequel révèle une rupture ligamentaire.  

 

La dernière page du rapport médical comporte un schéma de la zone vaginale de la victime. La partie inférieure du vagin de la patiente, la "fourchette postérieure",est hachurée au crayon pour marquer l'emplacement d'un traumatisme.

Le médecin a inscrit au stylo rouge :

"rougeur sur la fourchette entre "5 et 7 heures".

 

Le rapport conclut:

 

"Diagnostic: agression. Cause des blessures: agression. Viol."      

 

Il va de soi que dans une affaire aussi délicate,

les seuls à connaître la vérité

sont les deux intéressés.

Eux savent, avec une certitude absolue,

s’il y a eu agression ou pas.

 

Comme chacun reste sur sa position, c’est la justice qui devra trancher. 

 

Par contre, trois détails d’ordre strictement médical m’interpellent :

 

 

1     - Le rapport dit que les médecins ont prescrit un scanner, lequel révèle une « rupture ligamentaire ». Question: Comment se fait-il que pour un procès de cette envergure, où l’on va parler de lutte, de tentative de viol, où il faudra éliminer l'antériorité des lésions, on base la description d'une rupture ligamentaire sur un simple scanner ?  En effet, si le scanner montre très bien les détails de l’os, il est beaucoup moins performant lorsqu'il s'agit d'explorer les ligaments. Pour avoir des informations sur  les tendons ou les ligaments il faut un « arthro-scanner », c’est-à-dire la combinaison d’une arthrographie et d’un scanner. Le rapport ne parle que de scanner. Les renseignements fournis sont-ils suffisants pour éliminer un traumatisme antérieur, sans rapport avec l’agression ?

 

2 - Les conclusions du rapport médical commencent par cette phrase : « Diagnostic : agression. » Un raccourci surprenant. Cela veut dire que si un habitant de Manhattan veut se débarrasser de son voisin, il lui suffit de se cogner la tête contre un mur, de se rendre à l’hôpital St Luke’s Roosvelt et déclarer : « Mon voisin m’a agressé ». Ses dires sont aussitôt repris, légitimés,  par le médecin urgentiste, qui atteste et certifie, non pas que le patient présente une plaie du cuir chevelu, mais « qu’il s’est fait agresser ! »

 

 

3      Et de renchérir dans la deuxième partie de la conclusion : « cause des blessures : agression. Viol ». Les bras m’en tombent : comment peut-on affirmer cela dans un certificat médical !? La déontologie médicale la plus élémentaire interdit de se prononcer sur l’implication supposée d’un tiers dans les lésions que le médecin constate. Je peux constater et décrire une griffure dans « la fourchette postérieure », c’est mon boulot de médecin, en aucun cas je ne peux décider que cette lésion est la conséquence d’une agression ou d’un viol ! Il existe, en effet, de nombreuses causes possibles de lésion dans « la fourchette postérieure », y compris une… banale automutilation (tous les médecins urgentistes connaissent ce problème).  Surtout: il peut s’agir d’une lésion ancienne !

 

Bref, si ce rapport médical et sa traduction sont authentiques, il est parfaitement légitime de considérer sa conclusion comme… disons… surprenante.

En France, elle serait passible de suites judiciaires.


Note (24.09.2011)

Il semblerait que le texte publié par l'Exprès corresponde non pas au rapport médical final, mais à la fiche d'admission!

Si tel est le cas, la rédaction de l'Exprès devrait le signaler.

En effet, dans la fiche d'admission, on consigne les dires, expressions, descriptions, de la patiente ou du patient...

En aucun cas rapport final = fiche d'admission !

 

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