Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

CENTRALES THERMIQUES ET CANCER DE VESSIE: LE COMBAT D'UNE VEUVE.

 

 

Juin 2007 :
Lorsque Monsieur D décrit une hématurie (sang dans les urines), la première question qui vient à l’esprit de son médecin traitant est :

« Quel était votre métier ? »


Le médecin mène l’exploration tambour battant. Et le diagnostic tombe comme un couperet : carcinome urothélial de vessie, autrement dit, cancer de la vessie.

 

 

Le Docteur B procède aussitôt, comme le veut la loi, à une déclaration de Maladie Professionnelle (MP N° 16).

Son dossier est parfaitement argumenté.
Sauf que la Sécurité Sociale n’a pas le même point de vue que le médecin traitant : elle refuse de reconnaître le cancer de vessie de Monsieur D en Maladie Professionnelle.

 

Monsieur D s’éteint en 2009… de son cancer de vessie.


Mais, Madame D refuse de considérer la mort de son mari comme étant dans l’ordre des choses. Elle demeure persuadée qu’un rapport direct existe entre les conditions de travail de son mari et le mal qui l’a emporté.

 

Elle monte donc au créneau, se bat, demande l’aide de notre association. On se serre les coudes…

Mais c’est dur, dur… de pourfendre l’administration.

 

*

 

Monsieur D a travaillé dans les centrales thermiques, 35 ans de bons et loyaux services : Comines, Loire-sur-Rhône (qui faisaient dans le charbon), Ponteau, près de Martigues (qui fonctionne au fioul).

 

Son boulot consistait à décrasser les chaudières – des espaces clos de 40 mètres sur 25 de côté – , à rechercher les fuites de vapeur, à nettoyer les « chambres mortes »  – entrées et sorties de vapeur – , à remplacer  les tuyauteries, à isoler, renouveler les laines d’amiante sur les tôles recouvrant le dessus des chaudières…

 

Il intervenait aussi sur les portes et les « trous d’homme » des conduits d’évacuation des fumées, dont il enlevait les joints en amiante par burinage et grattage. Une opération à risque : il soufflait à l’air comprimé (7 bars) partout où les suies durcies, « cuites » dans la gorge de la porte, empêchaient la circulation de l’air.

 

Il effectuait ce travail avec un masque de protection (masque à gaz). Mais les équipes ne disposaient que de 6 masques pour 3 équipes de 6 personnes, lesquelles travaillaient par roulement continu. Cela faisait 6 masques pour 18 personnes.  Des masques non adaptés au filtrage des suies : ils se bouchaient, bloquaient la respiration. Pour les trois équipes, le dilemme était simple : l’asphyxie ou les suies.

  

Monsieur D s’était spécialisé dans le nettoyage du broyeur à charbon, un gros engin dont les rotors s’encrassaient par l’huile des lubrifiants et le charbon pulvérisé. Cette opération nécessitait l’utilisation d’un Karcher – pas celui des politiques, un autre – couplé au Trichloréthylène à haute température.

 

Une saloperie, le Trichloréthylène.

Une molécule du diable responsable, entre autres, de cancer de vessie.

 

Après vingt ans dans le thermique à charbon, l’employeur proposa à Monsieur D de descendre dans le Sud, au pays du soleil… de travailler dans le thermique à fioul.

 

Et c’est ainsi que Monsieur D atterrit à Ponteau, dans la région de Martigues.

 

Le Sud, le soleil… le fioul.

 

Son boulot consistait à entrer dans la chaudière, pas très chaude (environ 60°) mais gluante de fioul, et à la décrasser. Le fioul traversait tout, même la combinaison et les gants en amiante. Il collait à la peau des mains, des genoux, car Monsieur D travaillait le plus souvent à genoux, du visage…

 

Pour se dépêtrer de ce fatras gluant, point d’autre solution que la fameuse « molécule du diable », le Trichloréthylène.

 

Après 35 ans de labeur exemplaire, Monsieur D fit valoir ses droits à la retraite.

 

Un repos bien mérité. Enfin ! Au soleil.

 

Mais c’était sans compter avec l’empêcheuse de tourner en rond,

la « molécule du diable »

le Trichloréthylène.

 

Monsieur D fit un cancer de vessie.

 

Que son médecin déclara logiquement en Maladie Professionnelle (MP N°16) : exposition aux suies de charbon, aux hydrocarbures…

Mais les trois experts de la CRRMP (Caisse Régionale pour la Reconnaissance des Maladies Professionnelles) –  des savants qui n’avaient jamais mis les pieds dans un trou d’homme des centrales à fioul – , estimèrent qu’un tel cancer ne pouvait pas s’inscrire dans le cadre du Tableau N° 16.

 

En conséquence, le cancer de vessie de Monsieur D ne fut pas reconnu en Maladie Professionnelle.

 

L’administration signifia le rejet avec des mots savants.

Que Monsieur D n’eut guère eu le temps de décrypter.

Son cancer de vessie l’a emporté en 2009.

 

EPILOGUE :

 

Nous avons montré qu’il existe un Tableau N° 16 bis  lequel prévoit le cas de figure de Monsieur D. Mais, de toute évidence les experts de la CRRMP ignorent les mises à jour de ce Tableau N° 16 bis. Et par une logique qui échappe aux syllogismes de base, ils ont décidé que s’ils ignorent ces mises à jour, c’est qu’elles n’existent pas.  

 

 Madame D a déposé un recours. Sa demande a été rejetée.

 

Elle devra attendre entre 1 et 3 ans pour avoir la réponse de la contre-expertise.

 

Et si on ne fait rien… elle n’aura rien.

 

Idiot et illégal.
 

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