Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 15:12

 

centrale-ponteau

( Centrale thermique de Ponteau )
photo Internet 

 

 

Juin 2007 :
Lorsque Monsieur D décrit une hématurie (sang dans les urines), la première question qui vient à l’esprit de son médecin traitant est :

« Quel était votre métier ? »


Le médecin mène l’exploration tambour battant. Et le diagnostic tombe comme un couperet :
carcinome urothélial de vessie, autrement dit, cancer de la vessie.

 

 

Le Docteur B procède aussitôt, comme le veut la loi, à une déclaration de Maladie Professionnelle (MP N° 16).

Son dossier est parfaitement argumenté.
Sauf que la Sécurité Sociale n’a pas le même point de vue que le médecin traitant : elle refuse de reconnaître le cancer de vessie de Monsieur D en Maladie Professionnelle.

 

Monsieur D s’éteint en 2009… de son cancer de vessie.


Mais, Madame D refuse de considérer la mort de son mari comme étant dans l’ordre des choses. Elle demeure persuadée qu’un rapport direct existe entre les conditions de travail de son mari et le mal qui l’a emporté.

 

Elle monte donc au créneau, se bat, demande l’aide de notre association. On se serre les coudes…

Mais c’est dur, dur… de pourfendre l’administration.

 

*

 

Monsieur D a travaillé dans les centrales thermiques, 35 ans de bons et loyaux services : Comines, Loire-sur-Rhône (qui faisaient dans le charbon), Ponteau, près de Martigues (qui fonctionne au fioul).

 

Son boulot consistait à décrasser les chaudières – des espaces clos de 40 mètres sur 25 de côté – , à rechercher les fuites de vapeur, à nettoyer les « chambres mortes »  – entrées et sorties de vapeur – , à remplacer  les tuyauteries, à isoler, renouveler les laines d’amiante sur les tôles recouvrant le dessus des chaudières…

 

Il intervenait aussi sur les portes et les « trous d’homme » des conduits d’évacuation des fumées, dont il enlevait les joints en amiante par burinage et grattage. Une opération à risque : il soufflait à l’air comprimé (7 bars) partout où les suies durcies, « cuites » dans la gorge de la porte, empêchaient la circulation de l’air.

 

Il effectuait ce travail avec un masque de protection (masque à gaz). Mais les équipes ne disposaient que de 6 masques pour 3 équipes de 6 personnes, lesquelles travaillaient par roulement continu. Cela faisait 6 masques pour 18 personnes.  Des masques non adaptés au filtrage des suies : ils se bouchaient, bloquaient la respiration. Pour les trois équipes, le dilemme était simple : l’asphyxie ou les suies.

  

Monsieur D s’était spécialisé dans le nettoyage du broyeur à charbon, un gros engin dont les rotors s’encrassaient par l’huile des lubrifiants et le charbon pulvérisé. Cette opération nécessitait l’utilisation d’un Karcher – pas celui des politiques, un autre – couplé au Trichloréthylène à haute température.

 

Une saloperie, le Trichloréthylène.

Une molécule du diable responsable, entre autres, de cancer de vessie.

 

Après vingt ans dans le thermique à charbon, l’employeur proposa à Monsieur D de descendre dans le Sud, au pays du soleil… de travailler dans le thermique à fioul.

 get.aspx

 

 ( Démantèlement de la centrale thermique de Loire-sur-Rhône. Photo Internet, www.leprogrès.fr)

Et c’est ainsi que Monsieur D atterrit à Ponteau, dans la région de Martigues.

 

Le Sud, le soleil… le fioul.

 

Son boulot consistait à entrer dans la chaudière, pas très chaude (environ 60°) mais gluante de fioul, et à la décrasser. Le fioul traversait tout, même la combinaison et les gants en amiante. Il collait à la peau des mains, des genoux, car Monsieur D travaillait le plus souvent à genoux, du visage…

 

Pour se dépêtrer de ce fatras gluant, point d’autre solution que la fameuse « molécule du diable », le Trichloréthylène.

 

Après 35 ans de labeur exemplaire, Monsieur D fit valoir ses droits à la retraite.

 

Un repos bien mérité. Enfin ! Au soleil.

 

Mais c’était sans compter avec l’empêcheuse de tourner en rond,

la « molécule du diable »

le Trichloréthylène.

 

Monsieur D fit un cancer de vessie.

 

Que son médecin déclara logiquement en Maladie Professionnelle (MP N°16) : exposition aux suies de charbon, aux hydrocarbures…

Mais les trois experts de la CRRMP (Caisse Régionale pour la Reconnaissance des Maladies Professionnelles) –  des savants qui n’avaient jamais mis les pieds dans un trou d’homme des centrales à fioul – , estimèrent qu’un tel cancer ne pouvait pas s’inscrire dans le cadre du Tableau N° 16.

 

En conséquence, le cancer de vessie de Monsieur D ne fut pas reconnu en Maladie Professionnelle.

 

L’administration signifia le rejet avec des mots savants.

Que Monsieur D n’eut guère eu le temps de décrypter.

Son cancer de vessie l’a emporté en 2009.

 

EPILOGUE :

 

Nous avons montré qu’il existe un Tableau N° 16 bis  lequel prévoit le cas de figure de Monsieur D. Mais, de toute évidence les experts de la CRRMP ignorent les mises à jour de ce Tableau N° 16 bis. Et par une logique qui échappe aux syllogismes de base, ils ont décidé que s’ils ignorent ces mises à jour, c’est qu’elles n’existent pas.  

 

 Madame D a déposé un recours. Sa demande a été rejetée.

 

Elle devra attendre entre 1 et 3 ans pour avoir la réponse de la contre-expertise.

 

Et si on ne fait rien… elle n’aura rien.

 

Idiot et illégal.

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : MEDECINE - Communauté : Médecine
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Commentaires

je me suis servis de ce produit, une vraie saloperie, cela soulais apres 10 minutes
bonne journee
Commentaire n°1 posté par belgique-chine le 15/01/2010 à 04h16
je connais cette saloperie de produit, il est interdit en belgique maintenent
bonne journee
Commentaire n°2 posté par belgique-chine le 15/01/2010 à 04h19
Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!
____________________

dissertation
Commentaire n°3 posté par dissertation le 15/01/2010 à 10h42
Thanks for your visit +++

Réponse de Ramon BASAGANA le 15/01/2010 à 17h22
Je me souviens des premiers pressings au début des années '60, qui remplaçaient les teintureries; à Dieppe, un des pionniers, le patron était obligé d'emmener ses employées sur la plage ( très fort vent...) pour les réveiller...
le "trichlo" les endormait, à tomber sur le sol... toute la rue empestait.

EDF se protège par ses circuits...
Je suppose que les riverains de ces centrales s'en prennent aussi dans les poumons ? nous sommes  très gâtés par ici, en Vallée de la Seine : centrale thermique, raffineries de pétrole, solvants peintures de Renault, gaz des routes... dans un rayon de 5 km...
Merci de votre visite, très bon week-end
Commentaire n°4 posté par sittelle le 15/01/2010 à 20h58
Oui, les riverains s'en prennent dans les poumons... mais tout n'est pas clair.
Nous sommes en train de faire une étude, dans le secteur de Fos sur Mer, autour de ce problème.
Amitiés,
Réponse de Ramon BASAGANA le 20/01/2010 à 09h54

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  • Ramon BASAGANA
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  • 15/01/1944
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  • Je suis médecin, marié. Passionné par la médecine. A l'affût des détresses évitables. J'aime écrire, lire dans "la mémoire des pierres", sonder le présent, décrypter l'avenir. ... Et livrer mes trouvailles!

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