Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LA VIE DES TEMPLIERS - 2 : La réception d'un nouveau Frère (deuxième partie)

 

DEUXIÈME PARTIE

 

 

La cérémonie de réception va commencer.

Les deux Frères retournent dans la chambre où Gondisalve attend leur réponse.

 

- Frère, dit le plus ancien, êtes-vous encore en bonne volonté ?

- Oc.

- Dans ce cas, vous allez paraître devant le chapitre. Vous devez le saluer et vous agenouiller, mains jointes, devant celui qui le préside. Puis, vous prononcerez les paroles que nous allons vous dire.

 

Et ils lui expliquent ce qu’il doit dire et faire. 

Gondisalve pénètre dans la salle du chapitre accompagné des deux Frères.

 

Des dizaines de cierges brillent autour de l’autel, car la réception d’un nouveau Frère se fait dans la joie et la joie est lumière.

Les chevaliers, debout de part et d’autre de Frère Gérard de Roquemaure, grand maître des Templiers de Provence, le regardent. Tous portent le manteau blanc frappé de la croix pattée. Tous ont le crâne ras et la barbe longue.

Ces hommes vont, dans quelques instants, devenir ses compagnons pour la vie.

Conformément aux ordres reçus, Gondisalve s’agenouille devant le maître :

 

- Sire, je suis venu devant Dieu, devant vous et devant les Frères, et vous prie et vous requiers, par Dieu et par Notre-Dame, de m’accueillir en votre compagnie.

 

Alors Frère Gérard – un grand seigneur, frère de comte, qui a renoncé à son hautainerie – prononce les paroles que tous les Templiers d’Orient et d’Occident ont entendues avant de recevoir l’habit. Elles sont si profondes, si fortes et si justes, qu’à chaque réception d’un nouveau Frère, les chevaliers présents en ont les larmes aux yeux :

 

- Beau Frère, vous requérez bien grande chose, car de notre ordre vous ne voyez que l’écorce qui est au-dehors. Vous nous voyez avec de beaux chevaux et de beaux harnais, et bien boire et bien manger, et avoir de belles robes. Mais vous ne savez pas les rudes commandements qui sont par-dedans : car vous, qui êtes sire de vous-même, vous devenez serf d’autrui. Car à grand peine ferez-vous jamais ce que vous voudrez : si vous voulez être à Acre, on vous enverra en terre de Tripoli ou d’Antioche, ou d’Arménie. Et si vous voulez dormir, on vous fera veiller ; et si vous voulez quelquefois veiller, on vous commandera d’aller dans votre lit. Quand vous serez à table et que vous voudrez manger, l’on vous commandera d’aller où l’on voudra, et vous ne saurez jamais où. Or regardez, beau doux frère, si vous pourrez bien souffrir toutes ces duretés ?

- Oc, sire, je les souffrirai toutes s’il plaît à Dieu.

 

Frère Gérard marque un silence, puis :

 

- Voulez-vous être, tous les jours de votre vie désormais, serf et esclave de la maison ?

- Oc, se Dieu plaist (s’il plaît à Dieu), sire.

 

C’est le moment, pour Frère Gérard, de prononcer l’exhortation solennelle :

 

- Beau frère, vous ne devez requérir la compagnie de la maison ni pour posséder des richesses, ni pour avoir aise de votre corps, ni pour recueillir des honneurs. Mais vous la devez requérir pour trois choses : l’une pour abandonner le péché de ce monde ; l’autre pour servir Notre-Seigneur ; la troisième, pour être pauvre et pour faire pénitence en ce siècle, afin de sauver votre âme.

 

Après un bref silence, Frère Gérard fixe le postulant :

 

- Voulez-vous être, tous les jours de votre vie désormais, serf et esclave de la maison

- Oc, se Dieu plaist, sire.

 

Par ces questions, et de nombreuses autres, Gondisalve promet :

-       de vivre chastement dans son corps,

-       d’observer les bons usages et les bonnes coutumes de la maison des Templiers,

-       d’aider à conquérir, avec la force et le pouvoir de Dieu, la sainte terre de Jérusalem,

-       de n’avoir rien en propre tous les jours de sa vie.

 

Frère Gérard énumère les multiples obligations de Gondisalve comme Frère Templier, et termine par cette phrase :

 

- Nous, de par Dieu et de par Notre-Dame sainte Marie, et par monseigneur saint Pierre de Rome, et de par notre père le pape et par tous les Frères du Temple, nous vous admettons à tous les bienfaits de la maison… ainsi que votre père, et votre mère et tous ceux de votre lignage que vous voudrez accueillir. Et vous aussi, admettez-nous à tous les bienfaits que vous avez faits et que vous ferez. Et ainsi nous vous promettons du pain et de l’eau et la pauvre robe de la maison, et beaucoup de peine et de travail.

 

Le grand maître des Templiers de Provence prend alors une cape templière, toute blanche et brodée de la croix rouge. Il s’approche de Gondisalve, la lui met sur les épaules et noue les cordons autour de son cou.

Ensuite de quoi il fait lever le nouveau Frère et le baise sur la bouche, qui est le baiser d’hommage féodal.

Gondisalve est désormais chevalier du Temple pour tous les jours de sa vie.

La campane de la commanderie sonne à petits coups. Des tintements assourdis par la neige, qui annoncent le sauvement d’une âme et la venue d’un nouveau Frère.

Un nouveau moine-soldat.

Gondisalve de Torrijo devient, par la grâce de Dieu :

Frère Gondisalve.

 

 

Mes sources :

 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.

Georges BORDONOVE, Les Croisades et le Royaume de Jérusalem, Pigmalion, 2007.

Geneviève CHAUVEL, Saladin, Rassembleur de l’Islam, Pigmalion, 2006.

Alain DEMURGER, Les Templiers, Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, janvier 2005.

Barbara FRALE, Les Templiers, préface d’Umberto Ecco, Bélin, 2008.

André MIQUEL, Oussâma, Un prince syrien face aux croisés, Fayard, 1986.

Régine PERNOUD, Aliénor d’Aquitaine, Albin Michel, 1965.

 

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LA VIE DES TEMPLIERS - 1: Réception d'un nouveau Frère.

 

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