Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LE DÉNI DE GROSSESSE


(photo Internet)

C'était il y a quelque temps. J’étais d’urgence.

Une jeune femme de 24 ans, plutôt obèse –  appelons-la Zoé –  est venue consulter pour une douleur au ventre... « bizarre ». Elle se sentait même « un peu ballonnée » ! Elle était accompagnée de sa mère, l’une de ces génitrices bien connues des médecins, omniprésentes pendant les consultations de leurs lardons, grands ou petits.

-       De quand datent vos dernières règles ? demandai-je d'emblée, regard tourné vers Zoé.

-       Elle n’est pas enceinte ! bondit sa mère.
- Je n'ai pas parlé de grossesse!
- Mais vous y avez pensé! 

Je l’ignorai et fixai Zoé.

-       C’est important, de quand datent vos dernière règles ?

-       Euh… je ne sais pas, un mois ou deux.

-       Ah !

Je réfléchis très vite.

-       Vous êtes sûre que, enfin... que vous n’êtes pas enceinte ?

-       Ma fille n’est pas enceinte ! re-bondit la mère.

-       Ah !

Je tapotai machinalement sur la table.

-       Comment le savez-vous ?

-       Parce qu’elle n’a jamais eu des rapports!

-       Ah ! Evidemment, si elle n'a jamais eu de rapports... mais, bon, elle a quand même 24 ans …

-       Si je vous dis que ma fille n’a jamais eu de rapports, c’est que c’est vrai, nous n'avons pas de secrets. Je suis quand même sa mère, non?

-       Evidemment ! Est-ce que je peux l’examiner ?

Il y eut une courte héistation. Au bout d'un moment, Zoé finit par se lever.

Mon cabinet dispose d’une petite pièce attenante, avec table d’examen. La mère emboîta les pas de sa fille. J’attendais qu’elle s’installe sur la table, mais elle n’en fit rien. Je ne pus m’empêcher de lâcher :

-       Attention, c’est Zoé que je vais examiner, pas vous !

Elle eut un rire pincé.

Pendant que je décrochais le tensiomètre, elle aida sa fille à s’allonger, corrigea les plis de sa robe... De toute évidence, il n’était pas question pour la mère de voir Zoé se déshabiller!

Conscient de la situation, mais ne souhaitant pas commettre d’erreur diagnostique, je palpai par-dessus la robe.

Zoé était effectivement « un peu ballonnée ». Malgré l’épaisse couche de graisse, je pus palper « quelque chose de dur ».

-       Elle fait souvent de la colite, déclara la mère. C’est de famille.

-       Ah !

J’eus un hochement de tête. Je me tournai vers Zoé :

-       J’aimerais qu’on fasse une écho. En urgence. Je vais appeler le radiologue.

Nous disposons, dans le centre où je travaille, d’un service de radiologie et d’un labo. Passant outre le regard assassin de la mère, « j’expédiai » Zoé à la radio avec une prescription d’écho pelvienne mentionnant : "bilan de douleur abdominale".

Une demi-heure plus tard, je reçus un appel du Dr Z, radiologue.

-       C’est quoi, cette histoire ? C’est une patiente à toi, cette Zoé ?

-       Ben non, c’est la première fois que je la vois. Pourquoi, elle est enceinte ?

-       Enceinte ? Tu te payes ma tête ou quoi?

-       De combien ?

J’entendis un esclaffement au bout du fil.

-       Neuf mois ! Elle est à terme. Tu ferais bien de l’envoyer dare dare  à l’hôpital !

 

C’est une histoire vraie.

 

Le 10 octobre prochain, à Montpellier, "l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse » propose sa deuxième journée nationale.

 

L’occasion de marteler que le « déni » peut survenir chez toutes les femmes… et qu’elles sont avant tout des victimes de cette situation.

 

Et aussi que la majorité des enfants du « déni » naissent vivants.

 

Zoé donna naissance le soir même à une jolie petite fille. Elle avait couché avec le voisin neuf mois plus tôt.
Et souventes fois par la suite.
Sa mère, qui savait tout, ignorait ce détail.

 

J’expliquerai demain en quoi consiste le « déni de grossesse ».

Suite de l'article dans: Le DÉNI DE GROSSESSE - 2 (suite)  

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