Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

QUE S'EST-IL PASSÉ APRÈS LA PESTE DE MARSEILLE?



(Estampe. Nicolas André: Dévouement de Monseigneur de Belsunce durant la peste de Marseille de 1720)

 

25 Mai 1720 :

Le Grand-Saint-Antoine, vaisseau de commerce commandé par le capitaine Jean-Baptiste Chataud, accoste à Marseille en provenance de Syrie. 
Il mouille à Pommègues.
Dans ses soutes, une cargaison d’étoffes précieuses évaluée à 100.000 écus (le salaire mensuel d’un ouvrier est d’un écu).

Mais les étoffes sont infestées de puces, lesquelles hébergent la redoutable bactérie de la peste : Yersinia Pestis.

Des matelots sont morts pendant la traversée. On pense à la peste. Mais la cargaison est attendue à la foire de Beaucaire. Armateur et négociants font intervenir leurs relations auprès des échevins (magistrats de la ville) pour éviter la quarantaine.

Une partie de la cargaison quitte le navire.

Et avec elle Yersinia Pestis.

 

*

 

C'est ainsi que "la peste noire" décima Marseille entre mai et novembre 1720. Elle fit 50.000 victimes: un Marseillais sur deux.

L’horreur.

Aucune famille ne fut épargnée.

Tandis que des chanoines et des prêtres se « tiraient » à la campagne et que les religieux de Saint-Victor se retranchaient dans leur abbaye, l’évêque, Monseigneur Belsunce, se distinguait par son dévouement. Le nombre de morts fut tel, qu’il n’y eut bientôt plus de bien-portants pour enterrer les cadavres.

Des corps en décomposition encombraient les rues.

On raconte que Monseigneur Belsunce dut enjamber ceux qui encombraient le seuil de son palais pour porter assistance aux survivants. 
Devant l'ampleur du problème, les échevins firent appel au commandant des galères. Celui-ci réunit les forçats. Il leur fit une proposition solennelle, première dans l’histoire du royaume : ramasser les morts contre promesse de liberté !

720 forçats acceptèrent.

25 septembre 1720: on brûla le Grand-Saint-Antoine et ce qui restait de sa cargaison. Le capitaine Jean-Baptiste Chataud fut jeté dans un cachot, au château d’If.

 

J'ai fait le récit de ces événements dans:

 

 

et

*
Que s’est-il passé, après cet été meurtrier ?

 

*

 

Dans les années 80, j’ai rencontré, à Marseille, de très vieilles personnes nées au 19ème siècle. « Leurs souvenirs » liés à la peste revenaient régulièrement dans les conversations. Je dis bien « leurs souvenirs ». Des souvenirs si « frais » que j’avais l’impression de me trouver devant des témoins directs du drame.
260 ans, pourtant, nous séparaient de cet été meurtrier.

 

La « peste noire » avait frappé les Marseillais d’une marque profonde, indélébile.

Ils en parlent toujours.

Novembre 1720 :

Une jeune fille, connue pour ses envolées mystiques, raconte que la Vierge Marie lui est apparue.  La mère du Christ lui a déclaré que la peste cessera le jour où les deux églises de La Major et de Saint-Victor, réunies dans une procession commune, exposeront leurs reliques à la vénération des Marseillais.

La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Les Marseillais, qui ne savent plus à quel saint vouer leur repentance, réclament la procession à grands cris.

Monseigneur Belsunce hésite, puis cède.

La procession a lieu.

Et la peste cesse.

 

En fait, dès le début du mois d’octobre, le nombre de nouveaux cas diminue. L’épidémie est pratiquement enrayée.

 

Printemps 1721 :

On ne trouve plus de paysans pour cultiver la terre.

Et pour cause : ils sont tous morts.

En ville, les survivants lavent, désinfectent, brûlent meubles et hardes. On raconte qu’une épaisse fumée, âcre, pestilentielle, recouvrait la ville pendant des mois.

 

31 mai 1721 :

Le commandant des galères passe en revue ses effectifs. Sur les 720 forçats qui ont accepté d’enterrer les cadavres en décomposition, 240 ont survécu. On leur accorde la liberté sans condition.

 

30 juin 1721 :

Des personnes meurent de cause inconnue. C’est la panique. Les gens se terrent chez eux pendant tout le mois de juillet. Mais juillet s'en va, août glisse sans victimes. Le jour de la Saint-Roch, protecteur des pestiférés, on prend ses reliques, on y joint toutes celles que l’on conserve dans la cathédrale de la Major, et on les porte en procession dans Marseille. Langeron, représentant du roi et les quatre échevins ouvrent la marche. Derrière eux quatre compagnies de troupes flamandes. Derrière les soldats, le peuple.

Le lendemain, plus aucune trace de peste. 

Langeron fait une déclaration solennelle. Les provinces françaises sont rassurées, les pays d’Europe aussi.

En fait, il n’y a pas eu de peste. C’est la rumeur qui, en s’emparant des morts de juillet, a malmené les faits et semé la panique.

 

4 mai 1722 :

Deux années ont passé depuis que le Grand-Saint-Antoine a accosté. La peste est loin. Mais voilà qu'un homme meurt subitement à la rue de la Croix-d’Or. Le lendemain, deux jolies filles auxquelles on a offert des pièces de dentelle, meurent aussi. Puis, c’est le tour de trois femmes : l’une est foudroyée dans un bar, près de l’Hôtel de Ville, l’autre à la Grend’Rue, la troisième vers les Augustins.

C’est à nouveau la panique.

Les religieux de Saint-Victor se retranchent une fois de plus dans leur abbaye. On ferme les écoles, la citadelle Saint-Nicolas et le fort Saint-Jean, lèvent les pont-levis, on ferme les boutiques, on barricade la rue de la Croix-d’Or. Des barrières sont dressées à l’extérieur de la ville, mais les Marseillais, affolés, veulent quitter la ville. C’est la bousculade. Les soldats préposés aux passages tirent sur les fuyards. Des étudiants en médecine sont tués du côté d’Aubagne.

De Brancas, successeur de Langeron, signe une ordonnance dans laquelle :

a)     Il interdit aux Marseillais de quitter la ville sous peine de mort.

b)    Il enjoint aux malades de se déclarer dans les 24 heures, toujours sous peine de mort.

 

On creuse à la hâte un fossé du côté du jardin de l’Observance. On prévoit d'y enterrer vingt-mille morts; on dresse une potence au milieu du Cours pour pallier aux débordements.

 

Car il s’agit bien de la peste, une fois de plus !

 

Pressé par ses conseillers, Louis XV re-nomme Langeron commandant général de Marseille. Dès son arrivée le 28 juin 1722, celui-ci reprend la ville en main.

La peste cesse.

 

19 Novembre 1722 :

Louis XV ordonne l’enlèvement des barrières et le retrait des troupes qui forment le cordon sanitaire.

 

1er septembre 1723 :

Le capitaine Chataud sort des prisons du château d’If et se promène dans Marseille sans causer d’émoi.

Trois jours plus tard, Langeron repart à Versailles.

 

27 mai 1723 :

Un édit royal permet à nouveau l’exportation des marchandises. Le commerce avec les îles d’Amérique reprend.

 

La « peste noire » est finie.

 

Source : Augustin Favre, Histoire de Marseille, Marius Olive éditeur, 1829

 

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