Vendredi 31 octobre 2008
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21:42
J'ai entendu ce matin à la radio que la moitié des hauts-fourneaux de Fos-sur-Mer seraient fermés de la mi-novembre à la mi-janvier.
3.400 emplois sont concernés.
Le ciel est triste.
J'ai pris mon Panasonic et je suis parti, sous la pluie, prendre les hauts-fourneaux en photo. Il y avait un gros nuage noir sur l'aciérie.
Je vous le livre:
(photo Denise Huin-Basagana)
Lorsque Mittal a lancé son OPA hostile contre ARCELOR, l'entreprise se portait bien, son carnet de commandes était plein,le site produisait l'un des meilleurs aciers au monde, syndicats,
salariés, direction, collectivités locales... avaient trouvé des terrains d'entente, ça bossait dur, ça carburait.
Et puis, est arrivée la spéculation, Mittal, la bataille boursière, et l'action, qui est
passée, par les bons soins de Monsieur MITTAL, de 28 € à 40€40.
Et ARCELOR est devenu MITTAL, et nos outils de travail sont passés entre les mains d'un magnat qui n'a que fiche des emplois dans notre bassin d'emploi.
Il y a deux ans, j'avais fait dire à l'un de mes personnages : il faut interdire les OPA lorsqu'elles portent préjudice à l'économie d'un pays. Des économistes m'avaient objecté
que le libéralisme financier était le moteur de la croissance, que j'étais comme les communistes, que je ne comprenait rien à l'économie de marché. Je ne suis pas communiste, mais j'ai un énorme
respect pour les camarades du Parti. Il y a deux ans, ils m'ont écouté, conseillé, critiqué...
Ils voyaient juste. Bigrement juste !
Aujourd'hui, j'ai envie de dire: Si MITTAL veut fermer, délocaliser les hauts-fourneaux, eh bien, il faut les nationaliser. Mais là, pour de bon on me rétorquera que c'est un
discours stalinien.
Voici, pour comprendre ce qu'est un haut fourneau, quelques photos extraites du site de Fos sur mer:
Arrosage du coke et panaches de vapeur.
Enfournement de la fonte.
Coulée de fonte
Les cages à laminage.
La bande de laminage.
La tête de laminage.
J'étais triste, alors je me suis tourné vers la haute-mer, comme si le salut devait venir de l'horizon.
J'ai vu des bateaux, des cargos, et un véliplanchiste un peu fou.
Aucun vaisseau fantôme.
J'ai regardé la plage.
Je suis resté un long moment à contempler les vagues, elles venaient mourir à mes pieds. Mais ce qui me fascinait, ce n'était ni le ressac ni les embruns.
A l'endroit très précis que vous voyez sur la photo ci-dessous, à environ une centaine de mètres du rivage, il y a... un port enfoui sous le sable.
Un port qui remonte à César Auguste: celui des Fosses Mariennes.
Marius, un général romain, l'avait fait creuser par ses légions (oui, pas
par des esclaves, par ses légions, pour les aguerrir contre les Teutons! ), ainsi qu'un canal reliant la Méditerranée à la ville d'Arles.
Et un peu plus loin sur votre gauche, tout au fond, j'ai localisé des ruines d'une villa romaine que j'ai associées à une ville dont parlait Strabon au 1er siècle :
Stomalimné.
J'ai plein d'arguments en faveur de cette thèse. Mais pour les historiens, Stomalimné demeure un mystère.
Stomalimné a disparu, engloutie... comme l'Atlantide.
Le souvenir des Atlantes m'a réconcilié avec moi-même.
J'ai quitté la plage, le port des Fosses Mariennes, Stomalimné, l'Atlantide... et je suis parti travailler.
J'étais en avance, mais la salle d'attente était déjà pleine.
J'ai oublié les Hauts-fourneaux, César, Marius, les légions romaines.
J'ai rangé le Panasonic.
"Dites Trente-trois"
Par Ramon BASAGANA
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