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LE REPAS DES TEMPLIERS
Deuxième partie
Commanderie de Saint-Gilles,
6 janvier 1186.
Il fait très froid.
Emmitouflés dans leur manteau blanc, les Templiers se rendent au réfectoire en silence et prennent leur place.
Debout.
Deux longues rangées de tables, soigneusement alignées à égale distance des murs, ménagent un espace central pour le service.
Les Frères les plus anciens sont dos au mur, les plus jeunes leur font face.
La place d’honneur, celle qui revient habituellement au commandeur, est occupée par Frère Pons de Roquemaure, qui a présidé la cérémonie d’intronisation.
Des bûches rougeoient dans l’âtre, les flammes pétillent.
Salle du chapitre de la commanderie de Coulommiers.
Au fond la chapelle.
L'une et l'autre datent de l'époque qui nous occupe.
On peut imaginer que le réfectoire avait sensiblement la même structure.
Le chapelain fait la bénédiction, puis tous les Frères, debout, récitent le Pater Noster.
Après quoi seulement ils peuvent s’asseoir.
Frère Gondisalve a devant lui son hanap, sa cuiller, son couteau et son morceau de pain. Celui-ci, comme c’est jour de fête, est pétri avec du froment blanc.
Un serviteur verse du vin, un peu plus fin que d’habitude, toujours pour la même raison.
Bien sûr, ce serviteur n’a pas le droit de parler.
Nul n’a le droit de parler.
On n’entend que le chuintement des bûches, le bruit des couverts, le grincement des bancs, les pas des serviteurs…
Ou la voix de l’un des Frères : il vient de rejoindre une petite chaire, a ouvert les Saintes Ecritures et commencé la lecture prévue par la règle.
Pendant qu’il lit, les Templiers puisent dans les larges plats d’étain que leur présentent des serviteurs.
Frère Gondisalve se sert du bœuf.
Il y a aussi du mouton, mais il n’a pas le droit de s’en servir, car il lui faut choisir entre l’une ou l’autre des viandes proposées. Il peut, par contre, se verser des légumes à volonté.
Il n’y a ni bouteilles ni carafes sur la table.
Ce sont les serviteurs qui servent à boire. Soit de l’eau, soit du vin, soit du vin trempé.
Etant donné que nul n’a le droit de parler, ni à voix haute ni à voix basse, c’est par un système de signes conventionnels que chaque Frère explique ce qu’il veut.
Frère Gondisalve a déjà appris ces signes qui vont lui permettre de demander du pain, du vin, une viande, des légumes…
Personne n’a le droit de se lever, sauf s’il est pris d’un saignement de nez, ou si un événement extérieur l’y oblige. Cela arrive souvent en Terre Sainte, par exemple lorsque les sentinelles crient l’alerte.
Il remarque que près du commandeur, un Frère mange par terre. Mais il n’est pas surpris : on l’a déjà prévenu que certains Frères font pénitence en mangeant accroupis sur les dalles. C’est pour cela que le commandeur a devant lui une écuelle abondamment garnie : il donne un peu de sa nourriture au Frère en pénitence.
Scène de repas au Moyen Age.
Cette image permet d'imaginer la différence
entre un repas de fête chez les Templiers
et celui des nobles à la même époque.
Le repas est substantiel, mais sans nulle superfluité : la gourmandise, la gloutonnerie, l’intempérance sont sévèrement punis par la règle.
La gaspillage n’est pas de mise non plus : la nourriture qui n’a pas été consommée sera donnée aux pauvres.
Le repas terminé, les Frères se lèvent sur ordre du commandeur, et s’en vont à la chapelle, par deux, rendre grâces.
A la suite de quoi ils ont droit de parler, à condition de ne pas échanger de futilités.
Alors seulement les Frères entourent Frère Gondisalve, le félicitent, s’enquièrent de son passé, demandent des nouvelles de son lointain royaume d’Aragon, parlent de la Terre de Promission si chère à leur cœur.
Il est heureux, ému par l’accueil qu’on lui réserve, par l’amitié sincère que chacun lui témoigne.
Une grande aventure l’attend en Terre Sainte, et il sait que le chemin passe par le Golgotha.
Mais il sait aussi qu’il pourra, à chaque étape, compter sur ses Frères Templiers.
SOURCE :
Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.
Coulommiers : http://coins-du-monde.over-blog.com/article-france-ile-de-france-commanderie-des-templiers-de-coulommiers-55972902-comments.html
Scène de repas: http:// grande-boucherie.chez-alice.fr
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PREMIERE PARTIE
Aux premiers temps de la fondation de l’ordre, les « Pauvres Chevaliers du Christ » n’avaient qu’une écuelle pour deux, c'est-à-dire qu'ils mangeaient à deux dans une même assiette.
Par humilité.
Cet usage persista quelques années, mais il présentait tant d'inconvénients, qu'on y renonça .
A l’époque qui nous occupe, vers 1185, chaque chevalier avait :
1- Une écuelle individuelle en « cor ». C'est-à-dire en corne ou en cœur de chêne. Ainsi le spécifiait la règle.
2- Deux hanaps (des coupes aux bords évasés). L’un pour les jours de fête, l’autre pour les jours ordinaires.
3- Une cuillère. Pas de fourchette: celle-ci n’a été introduite que beaucoup plus tard en Occident. Pour la petite histoire, Aliénor d’Aquitaine l’a découverte à Byzance lors de la deuxième croisade, en décembre 1147.
4- Un couteau à viande qu’il portait en permanence sur lui.
Il y avait deux services, à tour de rôle :
1- Le premier pour les chevaliers
2- Le second pour les sergents et les écuyers.
Lorsque la « campane de manger » sonnait, chacun devait tout lâcher et se rendre au réfectoire selon le service qui lui correspondait.

La salle de réfectoire du château templier de Tomar, au Portugal.
Guadim Pais, maître des templiers du Portugal, reçoit le "terrain à construire" de Tomar par volonté du roi Alfonso Enriques en 1159.
Les travaux commencent le 1er mars 1160.
(photo "jacquaslanciault.com")
N'étaient dispensés de cette injonction de campane que :
1- Le Frère maréchal s’il était en train de ferrer un cheval.
2- Le Frère Fournier s’il était en train de pétrir sa pâte ou de cuire son pain.
*
Frère Gondisalve vient de recevoir ses habits. Il est vêtu de son manteau blanc tout neuf, frappé de la croix vermeille. La même croix qui figure sur sa tunique, couleur rouge sang. Elle symbolise sa soif de martyre, mais aussi le mépris dans lequel il tient les honneurs et les plaisirs d’ici bas.
Y compris les plaisirs de table.
Mais ce jour d’hui, n'est pas un jour comme les autres, car un nouveau Frère vient d'être reçu dans l'ordre. C'est donc un repas de fête qui attend les Frères.
Pour Frère Gondisalve, c'est aussi son premier repas dans la commanderie.
Nous verrons demain les détails de ce "banquet".
Il n'aura pas grand chose à voir avec ce « repas de noces » peint par Breughel l’Ancien.

Source :
Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.
Alain DEMURGER, Les Templiers, Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, janvier 2005.
http://www.jacqueslanciault.com/2008/09/18/tomar-un-chateau-de-l’ordre-des-templiers…-et-la-decouverte-de-l’art-manuelin/
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Deuxième Partie :
Le « trousseau de guerre »
Dès le lendemain de son admission dans l’ordre, Frère Gondisalve reçoit son trousseau militaire.
Celui-ci comprend :
1- Un haubert : il s’agit d’une cotte de mailles munie d’une coiffe enveloppant la tête, mais laissant à découvert le visage.
2- Une paire de chausses de fer : ce sont des jambières composées de mailles de fer et qui se laçaient derrière la jambe.
3- Un chapeau de fer : casque à bords rabattus et emboîtant la nuque.
4- Un heaume : casque cylindrique, percé de trous pour la vue et la respiration, renforcé de deux lamelles rivées en forme de crois, et couvrant toute la tête.
5- Une cotte de mailles.
6- Un sac de cuir ou un treillis de mailles de fer, dans lesquels on plaçait le haubert.
7- Des souliers de cuir et des souliers d’armes.
L’armement proprement dit comporte :
1- Une épée : elle est droite, à deux tranchants, pointe arrondie.
2- Une lance : sa hampe est de frêne et le fer est conique.
3- Un écu ou bouclier : triangulaire, en bois matelassé à l’intérieur, recouvert de cuir à l’extérieur. Il est parfois renforcé de lamelles cloutées.
4- Trois couteaux : un couteau d’armes ou poignard, un couteau à trancher le pain et la viande, un canivet ou canif.
5- Une couverture pour son cheval de guerre, mais il peut aussi bien le recouvrir de sa carpette.
6- Trois chevaux avec leur harnachement complet.
7- Un petit nécessaire de campagne comprenant : un chaudron, un bassin pour mesurer l’avoine (nourriture des chevaux), trois paires de besaces, dont deux seront portées par son écuyer.
Tout ceci n’est point donné à Frère Gondisalve, mais seulement prêté. Il en est comptable envers la maison. Il n’en peut disposer à sa guise, ni rien perdre, sous peine d’encourir un châtiment.
Telle est la vie du Templier.
Frère Gondisalve est à présent vêtu et armé.
Que va-t-il devenir ?
Quel sera son destin ?
SOURCE :
Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.
ARTICLE SUIVANT:
LE REPAS DES TEMPLIERS: PREMIERE
PARTIE
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PREMIÈRE PARTIE
Le trousseau « de paix »
Les Templiers recevaient deux sortes de trousseaux :
a) Le trousseau de paix.
b) Le trousseau de guerre.
D'après les nombreux témoignages d'époque, les Templiers arboraient une tenue impeccable, en paix comme en guerre, avec des étoffes solides, mais sans nulle superfluité.
Nous verrons aujourd'hui le trousseau de paix.
Dans une seconde partie, nous décririons le trousseau de guerre.
*
Gondisalve de Torrijo est donc devenu Frère Gondisalve, chevalier du Templier.
La cérémonie de réception terminée, le Frère drapier lui remet les habits qui dorénavant vont être les siens.
Il a fait prendre les mesures voici déjà plusieurs semaines et veillé scrupuleusement à ce que les tenues ne soient ni trop longues ni trop courtes, mais à la juste mesure de ce grand gaillard qu’est Frère Gondisalve.
La vie intérieure du Temple est ainsi faite : il n’y a ni petites choses, ni petit détail, ni petit emploi qui n’intéresse Dieu. Et les Frères tailleurs participent au grand œuvre du Temple en confectionnant des tenues à l’exacte mesure de chaque Frère.
Avant de rejoindre le réfectoire pour fêter dignement son admission dans la communauté, Frère Gondisalve se rend dans la draperie accoompagné de deux autres Frères.
C’est là qu’il reçoit son fourniment complet.
Ce trousseau – dont il est dorénavant responsable envers l’ordre, et dont il ne peut rien donner – comporte :
1- Deux chemises,
2- Deux paires de chausses,
3- Deux braies (caleçons),
4- Un justaucorps, ou jupel à girons, c’est-à-dire à pans, formant une pointe devant et une pointe derrière.
5- Une pelisse,
6- Une chape, ou cape, qui était un grand manteau droit enveloppant le corps, attaché au cou par un lacet ou une agraffe.
7- Deux manteaux : un d’hiver doublé de mouton ou d’agneau – qui sont des fourrures solides et peu coûteuses – et un d’été, d’étoffe plus légère.
8- Une tunique à manches étroites, qui se porte sur la chemise.
10- Une large ceinture de cuir ou courroie,
11- Un chapeau de bonnet (coton)
12- Un chapeau de feutre
A ces pièces de vêtements il faut ajouter :
1- Deux serviettes : l’une pour la table, l’autre pour la toilette,
2- La literie, qui comprend : une paillasse, deux draps, une couverture légère (étamine), une grosse couverture pour les temps de froid (carpette)
3- Cette carpette mérite qu’on s’y attarde : elle est blanche, ou noire, ou rayée de blanc et noir, qui sont les couleurs du Temple et du gonfanon bausant. La règle impose que les Templiers portent ces couleurs sur leur carpette car ils peuvent s’en couvrir en chevauchant.
Est-il besoin de signaler que la croix du Temple était cousue sur les manteaux, tuniques et cottes d'armes (devant et derrière) et qu'on devait la broder sur toutes les pièces de lingerie en signe de reconnaissance?
Que la couleur blanche était le privilège des chevaliers?
Que les Frères sergents avaient des tuniques, des cottes et des manteaux noirs avec une croix rouge.

Miniature du XIII siècle représentant l'élection de Godefroy de Bouillon.
Elle montre comment s'habillaient les nobles en "temps de paix"
à l'époque des Templiers.
Prochain article : Le trousseau de guerre:
Le "trousseau de guerre" du chevalier
Sources :
Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.
Alain DEMURGER, Les Templiers, Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, janvier 2005.
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