Mardi 11 janvier 2011 2 11 /01 /Jan /2011 16:25

 

 

Couvertoirade F 13

(Croix templière discoïde)

 

La colonne est en marche : une vingtaine de Templiers, précédée des écuyers et des muletiers en charge des bagages.

Elle est en route pour La Couvertoirade, un bourg tranquille aux portes du Larzac où des bandits sans foi ni loi – une centaine au dire des voyageurs –  sèment la terreur. Barricadés derrière des remparts de fortune, les paysans ne tiennent que par miracle.

 

Unknown

 

Remparts actuels de La Couvertoirade

(photo les-plus-beaux-villages-de-france.org)

Ces remparts datent du XV siècle (1439-1442)

Ils n'existaient donc pas à l'époque qui nous occupe.

 

L’unité est commandée par Frère Pons de Roquemaure, Visiteur des Templiers de Provence.

- Les habitants de ces contrées, commente-t-il, n’ont plus que les Templiers comme recours. Nous sommes leur salut !

- Les brigands sont une centaine, Frère Pons ! objecte Frère Gondisalve, alors que nous, nous alignons à peine une trentaine d’hommes armés. Jamais nous ne parviendrons à les déloger !

Frère Gondisalve le regarde suavement et bellement, comme il convient à un Visiteur du Temple :

- Ils ont le nombre. En cela tu as raison. Mais ils ont aussi la mauvaiseté, et leurs forces sont dispersées en cent individus avides de rapine. Or nous, qu’avons-nous à leur opposer ? La discipline et la foi ! De plus, nous avons l’habitude de manœuvrer comme un seul homme. Notre force sera dans la puissance de l’assaut!

 

Après Lodève, la colonne prend la route du col.

Il fait froid.

Il a encore neigé. Le vent pénètre les jointures, brûle les doigts, le nez…

La troupe bivouaque dans des grottes.

Après complies, les Templiers s’enroulent dans leurs carpettes, qui sont des couvertures de chevauchée, et confient leur sommeil à Dieu.

Et à la vigilance des Templiers de garde, car il y a toujours un tour de garde chez nos moines-soldats.

Il fait encore nuit noire lorsqu’ils se lèvent pour chanter matines.

Après quoi, et avant toute chose, ils vont, avec des bassines d’égale capacité, chercher leur mesure d’orge chez le grainetier.

En effet, qu'ils soient en campagne ou à la commanderie, les Templiers veillent avec grand soin sur leurs chevaux.

Dès que les bêtes ont mangé, le « crieur » annonce les « livraisons », c’est-à-dire la distribution de victuailles. Chacun met alors son manteau et se rend chez « le commandeur » de la viande. Celui-ci fait parts égales et les distribue mêmement.

Il faut se restaurer d’abondance, car l’assaut est prévu dans la matinée : des bergers racontent que les brigands ont fait main basse sur leurs bêtes à la lavogne, qui est un grand abreuvoir en cuvette. Ils sont, disent-ils, aussi nombreux qu’un vol d’étourneaux, et attendent les Templiers avec de mauvais desseins.

 

village7av70

 Lavogne de La Couvertoirade

(photo site officiel)

 

Les Frères mangent calmement et en silence avec leurs écuyers.

Lorsque tous ont rendu grâces à Dieu de cette nourriture qu’il leur a si généreusement offerte, Frère Pons « crie » l’ordre de monter en selle.

Le jour se lève.

Les Templiers ont passé leurs vêtements de combat : cotte de mailles enveloppant la tête et ne laissant à découvert que le visage, jambières, chapeau de fer - qui est un casque à bords rabattus, emboîtant la nuque -, souliers et cotte d’armes. Chacun a aiguisé son épée –  mais avec l’autorisation de Frère Roquemaure, car il est interdit d’affûter ses armes sans l’autorisation du commandeur. Chacun a vérifié aussi que l’arme glisse convenablement dans son fourreau.

Les écuyers tiennent prêtes les lances à hampe de frêne, prêts aussi les écus triangulaires en bois matelassé. Ils les remettront aux chevaliers avant l’assaut.

Car l’assaut ne saurait tarder.

La petite troupe prend la route de La Couvertoirade.

- Puisqu’ils sévissent à la lavogne, c’est à la lavogne qu’ils mordront la neige ! crie Frère Roquemaure lorsque le petit bourg est en vue.

lavogne neige v  

 Lavogne sous la neige (photo site officiel)

 

Prochain article sur les Templiers: L'assaut. 

 

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Samedi 8 janvier 2011 6 08 /01 /Jan /2011 17:09

 

Couvertoirade F 11

Croix templière discoïdale de La Couvertoirade

 

 

Commanderie de Saint-Gilles,  8 janvier 1186.

 

Ils sont prêts.

Chacun a déjà empaqueté les impedimenta : piquets de tente, flacons vides, haches et cordes de berrie (de campement) et un puisoir (filet de pêche) qui permet d'agrémenter le repas lorsque la colonne bivouaque près d’une rivière.

Ce qui ne manquera pas d’arriver, car le détachement templier se rend ce jourd'hui à Sainte-Eulalie-de-Cernon, dans le Larzac.

Frère Gondisalve rejoint les trois chevaliers et les neuf sergents du Temple dans la cour de la commanderie. Ils attendent en bon ordre, debout près de leur monture, car la Règle interdit aux Frères de mettre leur selle, de harnacher leur cheval, de monter et de quitter leur place avant que l’ordre n’ait été « crié » par le maréchal.

Ecuyers et serviteurs sont également à l'affût des ordres.


« Au nom de Notre-Dame Sainte Marie et de la Sainte Trinité, en selle ! » crie le maréchal lorsque tout le monde est prêt .

 

Calmement, les Templiers ensellent et harnachent.

Avant de monter à cheval, chacun inspecte les lieux et vérifie que rien ne traîne, que rien n’a été oublié, car le chapitre pourrait, en cas de perte, demander compte.

Frère Pons de Roquemaure, Visiteur des Templiers de Provence, a demandé à Frère Gondisalve de l’accompagner dans cette mission. Gondisalve voulait partir en Terre-Sainte, mais le Frère Visiteur a fermement dit non :

 

- Tu dois connaître les commanderies et coutumes d’Occident, avant de partir guerroyer en Terre de Promission.

 

Frère Gondisalve n’a pas protesté, car la l’obéissance et la discipline sont les vertus maîtresses du Templier.


Frère Pons a expliqué que le grand maître du Temple, Gérard de Ridefort a instamment requis des chevaux :

 

- Le tout-puissant Saladin nous menace du côté de Tibériade, et les montures manquent cruellement. Nous avons mission d’en choisir dans les commanderies du Larzac. Les Frères de Sainte-Eulalie-du-Cernon ont déjà préparé deux bonnes douzaines de chevaux de trait. Nous irons ensuite à La Couvertoirade et à La Cavalerie, où notre Ordre a de grands projets.

 

Sainte Eulalie 6

Sainte-Eulalie-de-Cernon

 

Il annonce aussi que dans un second temps, ils feront route vers l’Aumont d’Aubrac, aux portes de l’Auvergne:

 

- Il y a là un monastère qui pourrait intéresser notre Ordre et nous avons mission de faire des propositions à la communauté.

 

Les douze Frères, suivis des écuyers, de trois archers et des serviteurs en charge des montures de rechange, quittent Saint-Gilles à l’aube.

En tête le gonfanonier.

Il arbore, au bout de sa lance, le gonfanon Baucent, qui est le point de ralliement des Templiers dans les combats.

Cette imposante escorte n’est pas de trop pour faire échec aux bandes de brigands qui sévissent sur le plateau du Larzac. Quelques semaines plus tôt, une bande armée a pris de force mille moutons à La Couvertoirade et les a emmenés à vendre !

Le risque d’affrontement est réel.

C’est pour cela que Frère Pons a pris avec lui trois archers et demandé aux écuyers de tenir prêts en permanence, lances et écus.

La colonne passe par Aigues-Mortes, Maguelone, fait étape à la commanderie de Montpellier, puis prend la route de Lodève et pénètre dans le Larzac.

A la tombée du jour.

 

Prochain article : L’affrontement

 

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Mardi 4 janvier 2011 2 04 /01 /Jan /2011 10:14

 

6

 

 

 

 

Frère Gondisalve dort profondément.

En paix.

C’est sa première nuit chez les Templiers.

 

Le souvenir d’Isabelle s’est glissé dans son premier sommeil, mais il l'a écarté d'un pater, car son cœur, désormais, est à Dieu.

 

 Il ne se rementevoit[1] la jolie cousine que par fatigue excusable, non par atermoiement: ses vœux sont définitifs, il ne se desdira point !

 

Il replonge dans le sommeil, quitte troubadours et donzelles pour rêver de batailles en Palestine, de chevauchées dans le désert, de trompettes sonnant l’assaut…

 

Il est aux prises avec une nuée de Sarrasins lorsque sonne la campane de matines.

Il est 4h du matin.

Son premier lever de Templier.

Les autres seront mêmement réguliers : la campane sonnera à 4h du matin en hiver, 2h en été.

Tous les jours de sa vie.

Jamais, il ne sera dispensé de matines. Sauf occupation majeure – par exemple s’il monte la garde pendant le bivouac –,  ou en cas de maladie. Mais avec l’autorisation du commandeur !

 

Il saute de sa couche, se chausse, endosse son manteau blanc, et se rend à la chapelle.

On l’a déjà prévenu qu’il peut rester en costume de nuit : chemise, braies, petite ceinture (la fameuse cordelette que les Inquisiteurs de Philippe le Bel donneront pour diabolique, car ayant touché l’idole Baphomet !)

Frère Gondisalve a gardé la ceinture de lin. Il trouve cette cordelette bien pratique pour nouer ses braies.

Baphomet ? Il  n’en a jamais entendu parler.

 

Quand il arrive à la chapelle, les Frères ont déjà commencé à chanter. Il écoute « bellement et en paix ».

Le chant terminé, il récite treize pater pour Notre-Dame et treize pour le saint du jour.

 

Quand il sort de la chapelle, ce 7 janvier 1186, il fait nuit noire.

Il neige toujours.

Mais il ne va pas se recoucher. La règle autorise les Frères, avant de remonter au dortoir, d’aller aux écuries voir les chevaux et donner les ordres aux écuyers s’il y a lieu. Comme ses chevaux vont bien, il remonte se coucher.

 

220px-Frisian Horse

 Cheval Frisian dont les ancêtres ont fait les croisades.

Frère Gondisalve aurait pu soigner l'un d'eux.

(Photo Wikipedia)


La cloche de prime sonne à 6h.

Notre Templier se lève en hâte, s’habille, se chausse, et se dirige vers la chapelle.

Où il entend la messe.

Il ne mangera qu’après. Et encore, après avoir récité soixante pater, qui sont d’obligation.

Son premier repas de la journée sera fait de soupe chaude avec une tranche de pain à l’huile d’olive.


Ainsi commence la journée des Templiers.

 

SOURCE :

 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.

Alain DEMURGER, Les Templiers, Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, janvier 2005.

 

Prochain article: Première mission de Frère Gondisalve.



[1] Se rappelle.

 

 

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 21:16

 

neige rue aramonais arbre 2

 

 

2010 s’achève.

 

Je vous souhaite une année heureuse.

 

Que chaque jour de 2011

fasse éclore de nouveaux bourgeons

sur votre arbre à bonheurs.

 

 

neige porche arabe

Porche arabe sous la neige.

Reproduction artisanale d'une vieille porte de la mosquée de Cordoue

(X° siècle)

Une façon d'introduire les nouveaux articles sur les Templiers.

 

Par Ramon BASAGANA
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Mardi 28 décembre 2010 2 28 /12 /Déc /2010 20:24

3

 

 

La neige continue de tomber, des flocons épars.

Il fait nuit.

 

neige photo nuit 4


Frère Pons de Roquemaure vient d’annoncer à Gondisalve que le comte d’Arles a fait don à la communauté d’un superbe alezan, et que ce cheval de guerre, aussi leste que vaillant, lui est attribué par le chapitre en gage de bienvenue. Frère Gondisalve est donc en grande joie car il aime les chevaux. Bien campé sur son destrier, il peut chevaucher de longues heures, bon train et sans fatigue, et une fois au bivouac, être dispos pour panser, étriller, ôter la selle, le frein, donner de l’avoine et du foin…

Les Templiers ont la passion de leurs chevaux.

Et sur ce point, Frère Gondisalve est en parfaite harmonie avec eux.

 

Pour l’heure, il traverse la cour de la commanderie, car la cloche sonne le dîner.

Tous les Frères se rendent au réfectoire pour une petite collation, laissée à la discrétion du commandeur : de la soupe bien chaude et du vin trempé, mais en petite quantité, car :

 

 Quia vinum facit apostare sapientes 

( Le vin fait tourner en bêtes les sages )

 

La collation terminée, les Templiers se rendent à la chapelle, où ils récitent « complies ».

Après quoi, ils s’en vont au dortoir, sans parler, sauf nécessité.

Ceux qui le souhaitent, peuvent néanmoins aller voir leurs chevaux et donner des ordres à leurs écuyers.

C’est ce que fait Frère Gondisalve.

Il a déjà compris que la surveillance des chevaux tient une grande place chez les Templiers. D’ailleurs, il retrouve plusieurs Frères dans les écuries. Tous viennent admirer son alezan, mais ils ne manifestent leur émerveillement que par un hochement de tête, car le silence est de règle, y compris aux écuries.

Les prudhommes de la maison et les vieux chevaliers profitent de ces moments de calme pour régler avec le commandeur des questions de service, mais uniquement lorsque l’intérêt de la maison l’exige, et ne disent que l’indispensable.

 

Ses chevaux pansés et étrillés, Frère Gondisalve monte au dortoir.

Et avec lui tous les Frères qui se trouvaient dans les écuries.

Le jour n’est plus.

Vient la nuit.

Sa première nuit de Templier.

Il retraverse la cour, sous la neige.

 

neige photo nuit 1

 

Le dortoir est une grande salle sans cheminée, mais bien isolée des vents du nord.

Chaque Templier dispose d’un lit, d’un coffre où ranger ses effets, de plusieurs patères ou crochets contre le mur.

Frère Gondisalve se dévêt en silence et suspend son manteau, dont il embrasse respectueusement la croix. Les Templiers, en effet, se doivent de respecter et honorer ce vêtement, en raison de la croix vermeille qui y est cousue.

Le manteau suspendu au crochet, il s’habille pour la nuit : il garde sa chemise, ses braies,  ses chausses et, autour de sa taille, une ceinture de lin.

 

C’est cette cordelette, qui a fait couler tant d’encre : on a prétendu, lors du procès, qu’on la nouait autour d’une idole païenne (Baphomet) avant de la donner aux Templiers.

Frère Gondisalve, en tout cas, n’a jamais vu d’idole païenne et n’a pas la moindre idée de ce que le mot Baphomet signifie.

 

Il noue donc la cordelette à sa ceinture et se couche dans un pauvre lit, composé d’une paillasse, de deux linceuls et d’une carpette rayée de blanc et de noir.

Les couleurs des Templiers.

Avant de s’endormir, il récite un dernier pater noster et tente de s’endormir.

Mais son esprit s’envole vers ce lointain pays d’Aragon où il a laissé ses parents, ses frères, ses sœurs, ses amis…

Et sa cousine Isabel.

Un jour, il y a déjà bien longtemps, il a entrevu son avant-cœur et cette image le poursuit, le tourmente, soir après soir…

Au point qu’il doit enfoncer ses ongles dans la peau de son ventre pour éteindre le feu qui brûle.

Il songe alors aux batailles qui l’attendent, dans le froid, la neige, le vent, la pluie… aux assauts en première ligne, aux coups d’estoc et de taille...

Aux prairies sous la neige.

 

DSCN5248

 Prairie sous la neige, d'après Mima:

mimaboutdebois.over-blog.com: link

 

Jusqu’à ce que le sommeil le prenne.

Le sommeil des Templiers.

 

 

SOURCES:

Photo prairiemimaboutdebois.over-blog.com link 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975.

Alain DEMURGER, Les Templiers, Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Seuil, janvier 2005.

 

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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  • Ramon BASAGANA
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  • Homme
  • 15/01/1944
  • sud de la France
  • littérature Chine Espagne médecine Catalogne
  • Je suis médecin, marié. Passionné par la médecine. A l'affût des détresses évitables. J'aime écrire, lire dans "la mémoire des pierres", sonder le présent, décrypter l'avenir. ... Et livrer mes trouvailles!

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