(Croix templière discoïde)
La colonne est en marche : une vingtaine de Templiers, précédée des écuyers et des muletiers en charge des bagages.
Elle est en route pour La Couvertoirade, un bourg tranquille aux portes du Larzac où des bandits sans foi ni loi – une centaine au dire des voyageurs – sèment la terreur. Barricadés derrière des remparts de fortune, les paysans ne tiennent que par miracle.
Remparts actuels de La Couvertoirade
(photo les-plus-beaux-villages-de-france.org)
Ces remparts datent du XV siècle (1439-1442)
Ils n'existaient donc pas à l'époque qui nous occupe.
L’unité est commandée par Frère Pons de Roquemaure, Visiteur des Templiers de Provence.
- Les habitants de ces contrées, commente-t-il, n’ont plus que les Templiers comme recours. Nous sommes leur salut !
- Les brigands sont une centaine, Frère Pons ! objecte Frère Gondisalve, alors que nous, nous alignons à peine une trentaine d’hommes armés. Jamais nous ne parviendrons à les déloger !
Frère Gondisalve le regarde suavement et bellement, comme il convient à un Visiteur du Temple :
- Ils ont le nombre. En cela tu as raison. Mais ils ont aussi la mauvaiseté, et leurs forces sont dispersées en cent individus avides de rapine. Or nous, qu’avons-nous à leur opposer ? La discipline et la foi ! De plus, nous avons l’habitude de manœuvrer comme un seul homme. Notre force sera dans la puissance de l’assaut!
Après Lodève, la colonne prend la route du col.
Il fait froid.
Il a encore neigé. Le vent pénètre les jointures, brûle les doigts, le nez…
La troupe bivouaque dans des grottes.
Après complies, les Templiers s’enroulent dans leurs carpettes, qui sont des couvertures de chevauchée, et confient leur sommeil à Dieu.
Et à la vigilance des Templiers de garde, car il y a toujours un tour de garde chez nos moines-soldats.
Il fait encore nuit noire lorsqu’ils se lèvent pour chanter matines.
Après quoi, et avant toute chose, ils vont, avec des bassines d’égale capacité, chercher leur mesure d’orge chez le grainetier.
En effet, qu'ils soient en campagne ou à la commanderie, les Templiers veillent avec grand soin sur leurs chevaux.
Dès que les bêtes ont mangé, le « crieur » annonce les « livraisons », c’est-à-dire la distribution de victuailles. Chacun met alors son manteau et se rend chez « le commandeur » de la viande. Celui-ci fait parts égales et les distribue mêmement.
Il faut se restaurer d’abondance, car l’assaut est prévu dans la matinée : des bergers racontent que les brigands ont fait main basse sur leurs bêtes à la lavogne, qui est un grand abreuvoir en cuvette. Ils sont, disent-ils, aussi nombreux qu’un vol d’étourneaux, et attendent les Templiers avec de mauvais desseins.
Lavogne de La Couvertoirade
(photo site officiel)
Les Frères mangent calmement et en silence avec leurs écuyers.
Lorsque tous ont rendu grâces à Dieu de cette nourriture qu’il leur a si généreusement offerte, Frère Pons « crie » l’ordre de monter en selle.
Le jour se lève.
Les Templiers ont passé leurs vêtements de combat : cotte de mailles enveloppant la tête et ne laissant à découvert que le visage, jambières, chapeau de fer - qui est un casque à bords rabattus, emboîtant la nuque -, souliers et cotte d’armes. Chacun a aiguisé son épée – mais avec l’autorisation de Frère Roquemaure, car il est interdit d’affûter ses armes sans l’autorisation du commandeur. Chacun a vérifié aussi que l’arme glisse convenablement dans son fourreau.
Les écuyers tiennent prêtes les lances à hampe de frêne, prêts aussi les écus triangulaires en bois matelassé. Ils les remettront aux chevaliers avant l’assaut.
Car l’assaut ne saurait tarder.
La petite troupe prend la route de La Couvertoirade.
- Puisqu’ils sévissent à la lavogne, c’est à la lavogne qu’ils mordront la neige ! crie Frère Roquemaure lorsque le petit bourg est en vue.
Lavogne sous la neige (photo site officiel)
Prochain article sur les Templiers: L'assaut.
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires



Derniers Commentaires