MEDECINE

Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /Mai /2009 22:09

 

Il y a six mois, je racontais :
 

  L'AUTRE HISTOIRE DE JOB


Une histoire triste. Celle d’un jeune Lorrain qui quitte l’école à 14 ans, travaille dans les hauts-fourneaux, est engagé dans la fabrication de rails de chemin de fer, puis dans la conduite des ponts roulants.

  

(Haut-fourneau de Joeuf Sarcilor - Conservatoire de la photo)


Et comme tous les autres métallurgistes, est exposé à l’amiante, la poussière, la graisse, la calamine, le souffre…


Job travaillait dans les aciéries WENDEL.


A 27 ans, il demande à être muté. La direction accepte.

C’est la joie, l’euphorie : il descend dans le Sud. Le «paradis », le soleil…

Fos-sur-Mer.

 

(Bateaux en attente dans le golfe de Fos)


Là, à trois pas de La Camargue, les pieds quasiment dans l'eau, il devient « lamineur-opérateur » au skin-pass.


Le skin-pass est un laminoir de surface qui répare les défauts des bobines. Il permet de rembobiner, de planer la surface des tôles.

 

Le site de Fos-sur-Mer est moderne, mais Job est quand même exposé à l'amiante, travaille  dans un bruit assourdissant, dans un « brouillard d’huiles minérales, de poussière de calamine ».

 

Bruit, amiante, huiles minérales, calamine: des bombes à retardement.

 

En 2005, après 40 ans de bons et loyaux services et 172 trimestres de cotation, c’est la retraite au soleil.

 

Sauf que le bouquet de départ contient de la ciguë :

 

Surdité, pleurésie, cancer des cordes vocales, cancer de vessie.

 

Fin 2008, son médecin traitant, avec l’appui logistique de notre association (A.P.C.M.E.= Association Pour la Prise en Charge des Maladies Eliminables), a fait une demande de Maladie Professionnelle pour les deux cancers: vessie et cordes vocales.

 
C'était au mois de novembre 2008. 

Nous sommes  le 29 mai 2009: Six mois ont passé. Qu'en est-il de notre ami Job et de la reconnaissance de ses saloperies de cancer en Maladie Professionnelle?

 

Eh bien, ils ont été « refusés », aujourd'hui. 

 

A cette nuance près qu’il ne s’agit pas d’un véritable refus, mais d’une… escroquerie !

 

La procédure, en effet, veut qu’après une déclaration de Maladie Professionnelle, la Sécurité Sociale (SS) demande l’avis du Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRMP). 

 

Le délai de réponse est de six mois. Passé ce délai, au vu des conclusions du CRMP, la SS dit « oui » ou « non ».

 

Or, pendant les six mois écoulés, le fameux comité CRMP, « n’a pas eu le temps de se réunir ».

 

Conséquence :

Etant donné que le délai des six mois est écoulé et que les décideurs n'ont pas la réponse des experts, ils
 rejettent la Maladie Professionnelle.

 

Logique, non ? Je ne suis pas en condition de répondre, donc je refuse !

 

Notre ami Job est donc rentré chez lui ce vendredi après-midi les cordes vocales en compote, vessie  en bout de course... porteur de cette ahurissante nouvelle à l'intention des siens :

 

Mon cancer du larynx et mon cancer de vessie ne sont pas reconnus en Maladie Professionnelle parce que le Comité de Reconnaissance n’a pas eu le temps de se réunir !

 

 

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : MEDECINE - Communauté : Médecine
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 20:38

L’amiante, en tant que tel, ne présente aucun danger.



(photo APLCA) 

C’est à partir du moment où il devient friable et qu’il est inhalé, que tout se complique.

 (photo APLCA)

Les fibres d'amiante sont constituées de faisceaux de fibrilles qui se séparent très facilement sous l'effet d'usinages, de chocs, de frottements...

 

 

Lors des réparations dans les constructions anciennes – y compris dans notre chez-nous douillet – ces fibres  forment un nuage de poussières très fines, souvent invisibles à l'œil nu.

 

-) Plus une particule est petite et plus elle peut pénétrer profondément dans l'appareil respiratoire ;

-) Plus les fibres sont longues et fines et plus notre organisme a du mal à les éliminer.

 

Conséquence :

 

Plus les particules d’amiante sont petites, plus les fibres sont longues et fines, et plus elles sont dangereuses.

 

Les fibres qui pénètrent dans les poumons peuvent migrer vers la plèvre (ou vers d’autres organes : larynx, colon…) et provoquer des réactions locales. 

 

A un stade précoce, elles sont indétectables

 

Si la quantité de fibres retenues dans le poumon est importante, le poumon « morfle » irrémédiablement, un peu comme une éponge qui se dessèche.

 

Apparaît alors une « fibrose » : l’asbestose.

 

Mais il y a deux autres processus, redoutables :

 

-)  Les cellules des bronches, altérées par les fibres d’amiante, n’arrivent pas à se diviser correctement. Conséquence : elles dégénèrent. C’est le cancer broncho-pulmonaire.

 

-) Certaines fibres vont migrer vers l’enveloppe qui entoure le poumon : la plèvre. Une fois dans la plèvre, l’amiante peut donner naissance aux fameuses plaques pleurales. Parfois, mais pas obligatoirement, les lésions se compliquent de mésothéliome, un cancer de la plèvre.
 

 

 Mésothéliome vu au scanner
(regardez bien les images sur votre gauche)
Photo APLCA 


2- Apparition d’une zone indurée, de fibrose : les fameuses plaques pleurales.

 

NOTE :

 

la transformation en cancer est d’autant plus fréquente et redoutable que le poumon est exposé à d’autres saloperies (fumée de cigarette par exemple).

 

 
(photo Internet) 

J’ai vu très peu de cancers du poumon chez mes patients fumeurs (Désolé pour les associations anti-tabac, mais c’est la stricte vérité).

 

Par contre, chez mes patients fumeurs + exposés à l’amiante, ç’a été l’hécatombe.


(Vue de la cavité pleurale siège d'un mésothéliome)
 
 Photos extraites du site de l'Association des Pneumologues Libéraux de la Côte d'Azur:
Par Ramon BASAGANA - Publié dans : MEDECINE - Communauté : Médecine
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Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /Nov /2008 14:52


C’est l’histoire de Job.

Une histoire sombre.

 

Job est Lorrain. Il a 14 ans quand il quitte volontairement l’école pour les hauts-fourneaux.

 

Son père est soudeur chez WENDEL   comme  le grand-père. Très bien vu, une force de la nature.  

"La force de la nature" meurt à 50 ans d’un cancer du poumon.

A l’époque, le véritable responsable du cancer du poumon est le tabac. Soudure,  émanations toxiques, facteurs professionnels ? ça c’est bon pour les médecins « rouges ».  Les vrais médecins, les autres, les non subversifs, savent que pour lutter contre le cancers du poumon, il suffisait d’augmenter le prix du paquet de cigarettes


 

"La force de la nature" meurt donc d’un cancer du poumon.

 

Et Job est embauché dans les aciéries WENDEL.

Mais comme il est trop jeune – pensez donc, 14 ans ! –  on lui confie le poste de commissionnaire. Il porte le courrier à l’aciérie, au laminoir, aux hauts-fourneaux.

 

 « Je ne vous dis pas comme j’avais peur quand je traversais la petite passerelle au-dessus de la fonte qui coulait à 1100° ! »

 

 

(Haut-fourneau de Joeuf Sarcilor, Conservatoire de la photo) 
C'est là que des générations de JOB ont  travaillé.


A 16 ans, on l’engage au laminoir, à la fabrication de rails de chemin de fer.

Le bloom – c’est-à-dire la barre d’acier – mesure 20 m de long et arrive sur le train à rails à une température de 950°. Pour fabriquer les rails, il faut passer le bloom dans trois cannelures différentes. Job ripe (glisse) le rail tout rouge dans les trois cannelures à l’aide d’une barre à mines de 1m50 de long. Elle pèse 35 kg.  Une rampe d’arrosage permet de refroidir le métal.

 

« C’était tellement chaud, que j’étais obligé de tremper la barre à mines dans l’eau toutes les demi-heures pour la refroidir ! »

 

Les pieds sont exposés à une température qui avoisine les 100°. Job les trempe dans l’eau pour les refroidir. Il porte un pantalon, une veste, des gants en amiante.

 

Le bruit est infernal.

 

A 18 ans, on lui propose de conduire les ponts roulants. Il accepte.

 

« C’était moins fatiguant que le laminoir, mais au-dessus du blooming il y avait de la poussière, de la vapeur, de la graisse, de la calamine, du souffre… »

 

La cabine est recouverte de plaques d’amiante. Job passe en permanence la tête hors de la cabine, au-dessus de la cage de laminage.

 

Le bruit est encore plus infernal qu’au laminage.

 

 

« Pour « faire glisser le lingot », on utilisait des graisses minérales à 1000°. Lorsque  je prenais ma douche, l’eau coulait toute noire et quand je toussait, je crachais également noir »

 

A 27 ans, il demande sa mutation à Fos sur Mer.

Le paradis !

Oui, pour Job, comme pour la plupart de sidérurgistes lorrains, descendre dans le Sud, c’est le paradis !

 

 

 (vue aérienne Arcelor-Mittal, photo du site)


 

 

( Le même site par temps de pluie. C'était en 2008. La radio venait d'annoncer la fermeture d'Arcelor-Mittal pendant deux mois. J'avais le coeur gros, sombre, comme le ciel.)



Il devient « lamineur-opérateur » au skin-pass.

 

Le Skin-pass est un laminoir de surface qui répare les défauts des bobines. Il permet de rebobiner, de planer la surface des tôles.

 

« On utilisait une huileuse pour graisser les bobines : une machine de 2 m qui pulvérisait des huiles minérales, si bien que pendant le graissage, on travaillait dans un véritablbrouillard d’huile. Quand disparaissait le brouillard d’huile, venait la poussière de calamine. »   

 
 

 

(Bobineuse, photo du site Arcelor-Mittal)


Et au milieu de ces vapeurs, le bruit.

Des pointes à 150 décibels.

 

« On ne pouvait pas porter de casques sur les oreilles, car il fallait parler entre opérateurs, par exemple :

-       ATTENTION ! Bobine trop longue !

-       ATTENTION ! Il faut couper ! »

 

Parfois, il faut découper la tôle au chalumeau.

 

«  J’étais un bon soudeur. Quand il y avait du découpage ou du soudage à faire, j’étais toujours volontaire. »

 

En 2005, après 40 ans de bons et loyaux services, Job demande sa retraite et l’obtient (Loi Fillon). 172 trimestres de cotisation. Il mérite un peu de repos, notre Lorrain, sous le beau soleil de Provence !

 

Sauf que la machine est grippée, et comme il est à la retraite, il ne peut plus graisser les engrenages dans les brouillards d’huile :

 

-       En 2006 on diagnostique un cancer des cordes vocales.

-       En 2007 un cancer du rein.

-       Toujours en 2007 une surdité majeure.

-       En 2008 une pleurésie du poumon droit dans un contexte d’exposition à l’amiante.

-       Toujours en 2008 un cancer de vessie.

 

Chacun de ces cancers a une origine professionnelle avérée, notre équipe (APCM) l’a démontré.

 

J'ai écrit cet article en 2008. Il m'a paru bon de le ressortir.


Savez-vous que des « JOB » il y en a légion en France?

 

-       Que leurs cancers des cordes vocales et leurs cancers du poumon sont attribués 9 fois sur 10 à la cigarette ?

-       Que leurs cancers du rein et leurs cancers de vessie sont attribués « au hasard » ?

-       Que leur surdité est considérée le plus souvent comme un malheureux handicap lié à l’âge ?

-       Que même en multipliant par dix le prix du paquet de cigarettes nos amis « Job » feront un jour ou l’autre un cancer de gorge ou de poumon ?

 

 

Note : je ne fume pas et je déconseille la cigarette.

 

 

 (Chevaux de Camargue. Au fond, les hauts-fourneaux. )
Interprétation au choix
Par Ramon BASAGANA - Publié dans : MEDECINE - Communauté : Médecine
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  • Je suis médecin, marié. Passionné par la médecine. A l'affût des détresses évitables. J'aime écrire, lire dans "la mémoire des pierres", sonder le présent, décrypter l'avenir. ... Et livrer mes trouvailles!

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