Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 17:36

alienor d aquitaine 

 

 

Le 19 mars 1148 débute l’une des légendes –  et l’une des rumeurs ! –  les plus tenaces de l’Histoire des Croisades.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Les chroniqueurs suggèrent, sans véritablement l’affirmer, qu’Aliénor d’Aquitaine aurait eu des faiblesses pour son oncle Raymond de Poitiers, prince d’Antioche.

Entendons par « faiblesses » : des amours coupables.

 

Qui est Raymond de Poitiers ?

 

C’est le frère cadet de Guillaume, duc d’Aquitaine, père d’Aliénor.

Raymond et Aliénor, qui ont pratiquement le même âge, ont passé leur enfance et leur adolescence ensemble, tantôt en cour de Poitiers, tantôt au palais de l’Ombrière, à Bordeaux… entourés de troubadours.

A l’âge de quinze ans, Aliénor épouse Louis VII, et devient reine de France.

Raymond, lui, part à Antioche, au nord du royaume de Jérusalem.

 

C’est là que tout commence.


Aliénor et son époux débarquent à Antioche à la tête d’une armée de 70.OOO hommes.

C'est la Deuxième Croisade.

Ils ont traversé les Balkans, Constantinople, l’Asie Mineure…

Aliénor a 25 ans.

Raymond à peine la trentaine.

Ils ne se sont pas revus depuis dix ans.

 

Que s’est-il passé ?

Ont-ils vraiment... euh...

Pourquoi ne pas fermer les yeux et… tenter d'imaginer ?

 

*

 

Principauté d’Antioche, 19 mars 1148

 

- Ils sont là ! crient des bandes de gamins en se ruant vers le port.

Après dix mois de longue errance à travers les Balkans et l’Asie Mineure, l’armée franque arrive enfin en Terre Sainte.

Le petit port d’Antioche bruisse d’allégresse. Une multitude de barques, canots, galères à pont plat, tourne autour des vaisseaux de la flotte royale. Des marins, perchés à l’extrémité des vergues, s’affairent au ferlage des grand’voiles, des esclaves arriment plateformes et traverses aux bétaillères, des écuyers préparent les chevaux.

Sur les quais, la foule en liesse accueille avec d’exubérantes manifestations d’amitié, les chevaliers tout de fer vêtus, qui débarquent des dromons. Soudain, un cri jaillit de la foule, un nom immédiatement repris par des milliers de voix :

Aliénor !

Tous les regards se tournent vers la nef royale. La reine de France, délicieusement drapée de jonquille, majestueuse, éclatante de jeunesse, vient de paraître sur le gaillard avant. Il s’ensuit une incroyable explosion de joie. La foule se déchaîne. Ce ne sont plus que cris, pleurs, bras tendus vers la souveraine ; des femmes hurlent à se pâmer, des jeunes hommes tressautent comme des cabris.

Aliénor a connu des accueils chaleureux en ses terres d’Aquitaine, mais nul triomphe n’est comparable à celui que lui réserve le peuple d’Antioche. Tout en répondant aux acclamations, ses yeux scrutent la foule ; elle se languit de serrer dans ses bras son oncle Raymond. C’est pour lui, en grande partie, qu’elle a entrepris cet interminable voyage.

Elle l’aperçoit d’un coup, au premier rang des officiels, à côté du patriarche d’Antioche, avec sa haute taille, ses longs cheveux blonds, son élégante tunique en soie.

Elle lui fait un signe joyeux de la main. Il répond de sa dextre, essuie furtivement une larme.

Dès que le roi et la reine mettent pied-à-terre, toutes les cloches d’Antioche sonnent à la volée, le patriarche entonne le Te Deum. Faisant fi du protocole, Aliénor omet de chanter et se jette en pleurant dans les bras de son oncle.

Louis VII, qui est pieux et respecte la liturgie, a un regard de reproche. Il ne comprend pas que son épouse se comporte avec autant de légèreté!

Après le Te Deum, qui est un hymne d’action de grâces, le patriarche fait un discours de bienvenue. Pendant qu’il énumère, à grand renfort de qualificatifs, les vertus des souverains français, Aliénor couve son oncle du regard et Louis VII contemple, rêveur, les colonnes de fumée qui s’élèvent au loin, sur les hauteurs du Djebel-Akra : des fumeroles amies ! Il se tourne machinalement vers les eaux de l’Oronte, sur sa droite, fraîches et cristallines, grossies par la fonte des neiges. Antioche, dont il a tant entendu parler, est une cité amie, un havre de paix.

Une page est tournée.

 

Les jours passent.

Le printemps arrive à pas de loup, puis explose, se déchaîne. Eglantiers, orangers, citronniers se parent de myriades de fleurs. Antioche n’est plus que lumière, couleurs, chant d’oiseaux.

Aliénor revit.

Finis les mois d’errance, les chevauchées interminables, les attaques des Sarrasins, le spectacle des morts et des blessés. Place au rêve, aux plaisirs, à la vie !

Elle se découvre fille de lumière et se jette dans la magie orientale sans retenue. Elle se laisse porter par les fastes de la principauté, s’abreuve de son luxe, de sa démesure, de ses mœurs délicieusement libres.

Le bonheur de son oncle est incommensurable. Il la comble  de cadeaux, s’emploie à lui faire oublier les incommodités passées, les mangeries sans goût, donne des fêtes, organise des banquets. Surtout, il invite des ménestrels, tente de recréer l’atmosphère de leur enfance en cour de Poitiers ou au palais de l’Ombrière, à Bordeaux: pendant que les adultes festoyaient, Aliénor écoutait, serrée contre lui, les troubadours raconter des histoires de princes et de princesses au pays des fées.

C’est à ces moments très doux de son enfance que pense Aliénor dès qu’elle retrouve Raymond.

A dire vrai, elle prend grand plaisir en sa compagnie.

Ils se promènent tous les deux dans les jardins, ressassent leurs souvenirs, s’enferment dans le palais pour d’interminables tête-à-tête, oublient même de se rendre aux fêtes qu’ils ont eux-mêmes organisées. L’oncle et la nièce ne se quittent plus.

Elle est belle.

Il est beau.

Grand, mieux fait de son corps qu’aucun de ses contemporains, Raymond les dépasse tous au métier des armes et en science de la chevalerie. C’est l’un des princes les plus séduisants de son temps.

Aliénor, de son côté, est coquette, accorte et de fort joli minois. Elle a de grandes lèvres, des yeux vifs, une chair lisse et ferme, une poitrine généreuse, si avenante et gaie qu’elle sert de point de mire aux moult chevaliers qui fréquentent la cour : « Depuis que je libère mon avant-cœur, confie-t-elle un jour à son amie Cécile, plus personne ne me vise dans les yeux ! »

Raymond a-t-il égaré les siens dans les tourelles de la reine ?

Nul ne sait.

En tout cas, ce qui devait arriver, arrive : l’empressement de l’oncle à satisfaire les vœux de la nièce, les nombreuses promenades qu’ils s’octroient seule à seul, leurs interminables tête-à-tête dans les alcôves du palais, font jaser. Il n’y a guère que son amie Cécile pour croire en l’innocence de ces rencontres : « C’est insouciance de jeunesse et douceur de retrouvailles ! » clame-t-elle à qui veut l’entendre.

Mais personne n’entend.

La rumeur se répand comme feu grégeois : le prince d’Antioche et la reine de France ont une liaison coupable. Et parce que la femme est toujours à l’origine du mal, des voix expliquent que « le diable s’est glissé dans le cœur d’Aliénor. »

 

Sur de telles entrefaites, la reine, qui n’a cure de la rumeur, demande à s’instruire dans les mystères d’Orient. Elle veut connaître par le dedans ce monde arabe qu’on lui a tant dit fascinant, si proche et si lointain à la fois. Son oncle, toujours prévenant, lui présente un jeune émir syrien de passage à Antioche : Salamah Ibn Al-Yanis, que tout le monde appelle Al-Yanis.

Ce prince n’a pas trente ans et parle couramment la langue franque. C’est un chevalier accompli, grand, mince, taillé comme les rocs de sa Syrie natale. Bref, de fort belle prestance. Il appartient à une tribu de redoutables guerriers originaires d’Arabie, les Banu-Kilâb.

La rencontre a lieu dans un salon privé, en présence de Cécile de Hautecour, la jeune confidente d’Aliénor. Dès les premiers mots, le prince Raymond, qui assiste à l’entretien, surprend une étincelle dans les yeux des deux jeunes femmes, une étincelle qu’il connaît bien.

Il soupire. Que peut-il faire d’autre ?

Pour dire vrai, il ne sait quoi penser. Sa nièce n’est pas heureuse, il le sait. Cent fois elle lui a énuméré ses malheurs, raconté ses mauvaises nuits, ressassé qu’elle a l’impression d’avoir épousé un moine. Il lui a répondu qu’elle a droit au bonheur, mais qu’elle est mariée, qu’il y a peut-être des solutions…

Bien entendu, il est au fait des rumeurs ignobles qui courent à leur sujet. Il en a de l’amertume, car il aime Aliénor d’un amour tendre et flamboyant, mais chaste et fraternel, et ce depuis qu’ils sont enfants. Fort heureusement, il a le don, comme Guillaume le Troubadour son père – le grand-père d’Aliénor – , de transformer mésaventures et sombres récits en histoires lumineuses.

L’arrivée de ce prince arabe en est une.

L’entretien se poursuit jusqu’à none[1].

Aliénor et Cécile en ont oublié de manger. Raymond s’excuse de devoir partir, à cause des invités qui attendent la reine. Cécile est sur le point d’ajouter que personne n’attend la reine, mais celle-ci lui fait signe de se taire.

 

Lorsque le lendemain Cécile dit au prince Raymond que sa nièce désire rencontrer l’émir à nouveau, il soupire… pour la seconde fois… et cède. L’ami des troubadours sait que l’amour existe, qu’il a pour nom passion.

Il montre au jeune prince une porte dérobée par où il pourra entrer et sortir sans se faire remarquer.

- Nul ne doit savoir que tu as vu la reine ! prend-il soin de préciser.

- Nul ne le saura, je t’en donne ma parole.

Raymond, qui connaît l’Orient, sait que Al-Yanis ne faillira jamais à la parole donnée.

La deuxième rencontre entre la reine de France et le jeune émir arabe a lieu dans une alcôve privée du prince d’Antioche. En présence de Cécile, mais sans Raymond.

Al-Yanis raconte son château de Shadar, la source médicinale qui y jaillit, ses chevaux, ses faucons, ses autours… parle de la Syrie, des rives de l’Oronte, évoque la culture arabe, la rhétorique, la poésie, la calligraphie…

Cécile et Aliénor l’écoutent bouche bée. Ce guerrier arabe, dont la tribu est réputée redoutable, leur parle autant de grammaire et de rhétorique que du métier des armes ! Elles réalisent d’un coup que les chevaliers francs, s’ils savent manier l’épée, sont incapables d’aligner les trois premières lettres de leur nom ! Par une alchimie qui leur échappe, ce prince arabe fait naître dans leurs cœurs un frisson dont seul les troubadours semblaient connaître le secret.

Il est en train de raconter une légende liée à sa famille et connue de tout l’Orient – le « collier de la colombe », – lorsqu’un serviteur annonce, depuis la porte, que le roi mande venir la reine. Aliénor se lève, Cécile aussi.

- Non, reste, fait la reine. Il me tarde de connaître l’histoire de ce collier. Tu me la conteras ce soir.

Cécile reste.

Jusqu’au coucher du soleil.



[1] Au Moyen Age, neuvième heure du jour, environ 15h.

 

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 18:22

 

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Principauté d’Antioche, 13 mai 1186

 

La flotte dans laquelle s'est embarqué Frère Gondisalve, fait voile vers Saint-Jean-d'Acre. Mais une violente tempête sépare les navires à hauteur de Chypre. Lorsque le soleil se leve, après une nuit particulièrement tourmentée, le salandre dans lequel voyagent les Templiers n’escorte plus qu’une seule nef-huissière: celle transportant les chevaux rassemblés sur le plateau du Larzac.

 

Comble de malchance, la tempête a détourné les navires vers le nord de l’île et les capitaines sont contraints d'accoster non pas à Saint-Jean-d’Acre, mais à Antioche, qui se trouve à l’extrême nord du royaume de Jérusalem.

 

300px-Principality of Antioch locator.svg

 Principauté d'Antioche (source wikipedia)

En face, l'île de Chypre.

 

Les Templiers y débarquent par un beau matin de mai.

 

Après tant de fatigues, de rêves, ils arrivent enfin en Terre Sainte, qui est le but non de leur voyage, mais de leur vie entière.

 

Ils constatent, surpris, que le petit port de Saint-Siméon est tout bruissant d’allégresse.

Il en est toujours ainsi, leur dit-on, car lorsque des vaisseaux  arrivent d’Occident, c’est le cœur de la principauté qui prend vie.

 

 

Comme la plupart des autres Templiers, Frère Gondisalve s’agenouille et embrasse le sol.

 

Antioche est une cité solidement assise sur une plateforme inclinée vers la mer, dominée par des terrasses, des jardins qui s’étagent sur les hauts quartiers.

En arrière-plan se dressent les hauteurs du Djebel Akra et, à un jet d'arbalète, le fleuve Oronte, qui apporte l’air des montagnes en même temps que l’eau de la fonte des neiges.

Des remparts impressionnants s’étendent sur douze kilomètres, scandés de tours de trois étages. Il y en a, raconte-t-on, trois cents soixante : une tous les trente mètres !

 

monuAntiocheMurailles

 Murailles d'Antioche au temps des croisades

 

Les Templiers, dont la discipline fait l'admiration des gens du monde, vont, en bon ordre, deux par deux, vers la commanderie.

 

Sans que leur discrétion ne soit mise en défaut, ils ouvrent des yeux émerveillés.

 

Tout les surprend.

Et d’abord les costumes.

Hommes et femmes ont adopté les vêtements locaux.

Ils ne voient que tuniques, turbans, gandouras…

Les femmes portent des robes faites de deux tuniques superposées. Chez les plus aisées, elles sont en étoffes précieuses brodées de fil d’or et d’argent.

Les hommes portent des turbans de brocart recouverts de mousseline en provenance de Mossoul, en Mésopotamie, ornés d’une agrafe d’or.

Les chaussures de tous ces gens ont de longues pointes recourbées…

Les chevaliers qu’ils croisent arborent de somptueux manteaux en morre de Tripoli, qui est une soie épaisse, analogue au satin ; certains se protègent du soleil en enveloppant leurs casques de couffiah.

Les marchés regorgent de fruits, de légumes, dont certains leur sont totalement inconnus.

Mais ce qui les frappe le plus, c'est les fragrances.

Ils apprendront très vite le nom de ces épices empruntées à la cuisine arabe et qui chatouillent si agréablement leurs narines : poivre blanc et noir, gingembre, cardamome, cumin, cannelle, nard, muscade, girofle…

 

Ils arrivent à la commanderie le cœur et l’esprit emplis de rêves.

Antioche, qui ne devrait être qu’un début, est déjà un aboutissement.

Les Templiers entrent dans une nouvelle vie.

Tout au bout pointe le combat si longtemps convoité, car l’ennemi est  à quelques lieues.

Un nom est sur toutes les lèvres : Saladin.

 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975, 144-147.

Régine PERNOUD, Aliénor d’Aquitaine, Livre de Poche, 1965, p.70-71

 

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  DEPART EN TERRE-SAINTE 

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 21:39

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Plateau du Larzac, mars 1186

 

Les Causses sont tapissés d’herbe fraîche, de fleurs multicolores, de garrigues où foisonnent les perdreaux.

Il fait beau.

C'est le printemps.

Frère Gondisalve est monté à la Couvertoirade accueillir une trentaine de Templiers en provenance de Paris.

Chevauchant deux par deux, ils font route vers le sud.

Chemin faisant, ils s’augmentent, dans chaque commanderie d’autres Frères – chevaliers ou sergents – , envoyés eux aussi en Terre Sainte.

Il sait que six autres Frères les attendent à la commanderie de Sainte-Eulalie-de-Cernon, une dizaine d’autres à Montpellier, autant à Arles, Saint-Gilles, Aix-en-Provence…

 

Ces moines-soldats ont fait un détour par le Larzac, car il vont escorter jusqu’à Marseille une centaine de chevaux de guerre, dont une douzaine d’étalons.

 

Gondisalve les conduit à la lavogne, qui est un grand abreuvoir.

Pendant que les chevaux se désaltèrent, le commandeur lui raconte que Saladin prépare une grande offensive et que le grand maître Gérard de Ridefort fait appel à toutes les forces disponibles en Occident pour  aller lui prêter main forte:

 

- Le temps presse, la Terre de Promission est en grand danger ! 

 

Il parle d’une voix calme, sereine.

Frère Gondisalve est frappé, une fois de plus, par le contraste entre la rigueur militaire des Templiers et la suavité de leur attitude, de leurs paroles, la grande impression de fraternité qui transpire dans le moindre de leurs gestes. Pendant qu’ils parlent, il observe qu’un jeune Templier resserre le harnachement du cheval d’un Frère déjà âgé. Il demande au commandeur comment se fait-il qu’un Frère à ce point usé par l’âge, entreprenne un aussi long voyage.

-       Tu sais, ce Frère qui a déjà guerroyé vingt ans en Terre Absolue, n’a d’autre désir que celui d’y mourir.

-       Nos supérieurs y ont-ils consenti ?

-       Absolument. Nonobstant sa vieillesse, nos supérieurs ont autorisé son départ, car la mort, beau frère, est au bout de nos peines notre récompense et notre salut.

 

Le commandeur resserre l’un des étriers de son cheval. Avant de monter en selle, il se tourne vers Frère Gondisalve :

-       Souviens-toi de ceci, beau frère : le martyre est la seule gloire que nous, les Templiers, puissions acquérir en tant qu’humaines créatures !

 

 

La chevauchée se fait sans encombre jusqu’à Marseille.

Malgré l’appât des chevaux, aucun bandit ou seigneur en mal de rapine n’est assez fou pour s’attaquer à une troupe de Templiers.

 

Les rêves de Gondisalve, chemin faisant, vont vers les collines d’Orient. Il voit des villes blanches au milieu des palmiers, des châteaux inondés de soleil, des déserts, le Jourdain, le mont Thabor… Jérusalem !

 

Mais lorsqu’il arrive à Marseille, les palmiers cèdent la place à une armada de vaisseaux de guerre.

 

Il y a là des galères  énormes, d’une quarantaine de mètres de longueur, des galiotes, qui sont des galères plus petites naviguant à la rame et à la voile, des barbotes au faible tirant d’eau, aux pavois renforcés de plaques de fer, utilisés pour la défense des rades…

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Galère. Photo sevicom.free.fr

 

Les Templiers, au nombre de deux cents cinquante,  s’embarquent dans deux nefs appelées salandres, qui mesurent cent pieds de longueur (environ 31 mètres), vingt-cinq pieds  de large (huit mètres), portent deux mâts et six voiles.

 

Gondisalve lève la tête, stupéfait, vers le mât de proue (avant) : il ne mesure pas moins de 90 pieds de haut ! Puis, observe les écuyers en train d’embarquer les chevaux : ils les font monter dans des nefs-huissières (de huis=porte). Dans le flanc de ces navires s’ouvre une porte à charnière, qui se rabat sur le quai à la manière d’un pont-levis et permet l’embarquement des bêtes.

C’est un navire-écurie.

 

Toutes ces nefs battent pavillon de l’ordre !

 

La flotte lève l’ancre le lundi de Pâques et fait route vers Saint-Jean-d’Acre. Si les vents ne sont pas favorables, elle accostera à Jaffa, mais c’est la commanderie d’Acre qui attend la présente fournée de Templiers.

 

Frère Gondisalve ferme les yeux et prie.

La nef s’éloigne de la côte.

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 (Photo mandragore2.net/dico/lexique2/navires2)

A la grâce de Dieu.

 

 

Source :

 

Georges BORDONOVE, La Vie Quotidienne des Templiers, Paris 1975, p. 55-56 ; 144-145.

 

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COMMANDERIES TEMPLIERES : LA COUVERTOIRADE - 3

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Vendredi 28 janvier 2011 5 28 /01 /Jan /2011 21:48

 

LES MURAILLES DE LA COUVERTOIRADE


 Couvertoirade- Entrée château

(Je dois cette photo à Sittelle.

Merci! )

 

 

Le 11 mars 1314,

 Jacques de Molay, grand maître des Templiers,

monte sur le bûcher.

 

La torche du bourreau met fin à l’épopée templière.

L’ordre est supprimé.

 

Philippe le Bel, petit-fils de Saint Louis,

peut enfin s’approprier ces biens qu’il lorgne depuis tant d’années !

 

Il confisque donc tout ce qu’il peut, mais sans aller trop loin, car en trop sortant les griffes, il risque d’incommoder l’Eglise !

 

Les commanderies de moindre importance, ou trop éloignées de Paris, il les fait remettre aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem,

encore appelés Hospitaliers ou Chevaliers de Malte.

 

La Couvertoirade  fait partie du lot.

 

 

Aux territoires des Hospitaliers dans le Sud du Rouergue,  

vint donc s’ajouter l’héritage Templier local.

 

Et les habitants de La Couvertoirade furent rattachés à l'ordre militaire le plus puissant de la Chrétienté.

 

L’Ordre de Malte.

 

Entre temps, la situation politique locale était devenue catastrophique.

Profitant des désordres provoqués par la guerre contre les Anglais, des bandes de pillards s'étaient mises à déferler sur le Larzac,

Elles pillaient, violentaient les femmes,

faisaient main basse sur les greniers fortifiés.

Pour mettre un terme à l’insécurité, les Hospitaliers décidèrent de fortifier leurs possessions,

dont La Couvertoirade.

 

Couvertoirade F 5

 Remparts des Hospitaliers,

porte Nord

Le 2 novembre 1439 les représentants de la communauté de La Couvertoirade, assemblés dans la nouvelle église, demandèrent au commandeur de Sainte-Eulalie de faire dresser autour du village une enceinte de remparts.

 

Couvertoirade Vue

 

Et c’est un maître-maçon de Saint-Beauzély-de-Lévézou, nommé Déodat d'Alaus, qui exécuta le travail,  à la satisfaction générale.

Couvertoirade F 4

 Les murailles

(Photo Joel Berthonneau)

 

Environ un siècle plus tard, le 22 novembre 1562, le rempart des Hospitaliers fut le théâtre d'une brève bataille qui opposa une troupe protestante aux soldats de l'évêque de Lodève :

 

«  Quatre capitaines de la Religion, venus de Millau, s’en allèrent à La Couvertoirade pour l'assiéger. Comme l'enceinte n'était défendue que par trois ou quatre arquebusiers, les assaillants étaient sur le point de forcer la place, quand survint un groupe de Papistes - alerté par les habitants -, qui mit en déroute les Protestants. »

 

Le texte conclut, avec des fautes dues à la patine du temps :

« Ils tuarent quelques 25 de la Religion et nul des Papistes  morts ni blessés, o bien peus. »

 

SOURCES :

 

http://www.templiers.net/commanderies/index.php?page=commanderies_C#474

 Photo des remparts:  Joel Berthonneau, extraite de l'article ci-dessus.

Photos anciennes d’Aveyron rassemblées par MERIGOT Jean Marc

 http://merigot.chez-alice.fr/CPA/page_07.htm: link

 

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 22:16

 

 

 

250px-Pharyngitis

pharyngite virale

(photo extraite de l'article sur les Pharyngites dans Wikipedia)

 

Je suis très surpris par les résultats de l’enquête de UFC-Que choisir sur l’abus de prescription d’antibiotiques.

 

UFC-Que Choisir a mis en place le scénario suivant :

Une personne en bonne santé va consulter un médecin généraliste, prétend un mal à la gorge et dit craindre une angine…

 

Sur les 50 médecins testés, 26 auraient prescrit un antibiotique.

 

 

Quelle que soit ma sympathie pour UFC-Que Choisir (réelle !), ces conclusions m’intriguent.

 

En effet, elles ne correspondent pas au vécu des médecins (au moins dans mon secteur – Golfe de Fos – , mais nous avons tous fait les mêmes études, je ne vois donc pas pourquoi les médecins procèderaient autrement ailleurs).

 

J’essaie d’imaginer la situation :

 

Une personne en bonne santé, sans fièvre, joues bien roses,  sourire avenant, vient dans mon cabinet et me dit avoir mal à la gorge. Elle me dit craindre une angine.

 

Même si je suis pressé, même s’il y a beaucoup de monde dans la salle d’attente, j’active une procédure  simple comme bonjour et connue depuis Hippocrate :

 

a)    Je demande à la personne d’ouvrir la bouche et de dire « Aaaah ».

b)    Je regarde sa gorge.

c)    S’il y a angine, que vois-je ?  Au moins que la gorge est rouge. Dans les angines bactériennes, je remarque, en plus, des dépôts plus ou moins jaunâtres sur les amygdales qui ne laissent guère de place au doute.

d)    Je palpe la région du cou, la région sous-maxillaire, à la recherche d’adénopathies (ganglions)

e)    Je demande si la personne a de la fièvre, si elle est fatiguée, si elle a mal quand elle avale…

f)     Enfin, petit détail connu des professionnels, car par délicatesse on insiste rarement sur ce point,  dès que la personne ouvre la bouche et dit « Aaah ! » une odeur nauséabonde assez caractéristique des angines bactériennes (celles qui nécessitent un atb) frappe le médecin.

g)    Je ne parle pas du prélèvement de gorge et de l’antibiogramme, c’est un autre propos.

 

 

Donc,  50 médecins :

 

a)    ont demandé à la personne de dire « Aaah ! »

b)    n’ont rien vu

c)    n’ont pas trouvé de ganglions,

d)    n’ont pas remarqué de fièvre

e)    n’ont pas décelé de trouble de l’appétit…

 

Et malgré ce, sur les 50 médecins, 26 ont prescrit un atb !

 

Quelque chose ne tourne pas rond.

 

Des maux de gorge, nous en voyons tous les jours. 

Il s’agit la plupart du temps de banales pharyngites virales, de rhino-pharyngites, d’irritation trachéale… et on prescrit un sirop, un peu de paracétamol, quand les collutoires étaient remboursés, on prescrivait un collutoire, perso je conseille l’eau citronné avec du miel (c’est ma grand-mère qui me l’a appris, et ça marche !), chacun a sa « potion magique ».

Les vraies angines sont rares.

 

Je ne vois pas comment une personne sur deux consultant en France pour mal de gorge, peut sortir du cabinet des médecins avec un antibiotique !

C’est impossible ! Il y aurait rupture de stock !

 

Or, c’est bien la conclusion induite par UFC-Que choisir… !!!

 

A mon avis, il y a un « truc », dans cette enquête.

 

La seule explication que je vois est la suivante :

Le patient (l’enquêteur) débarque dans le cabinet :

a)    Primo avec une fausse plainte,

b)    Secundo avec un diagnostic déjà tout « ficelé » : « J’ai une angine ».

 

Le problème, c’est que là, nous ne sommes pas dans la case « antibiotique prescrit pour mal de gorge », mais dans la case :  « manipulation du médecin par le patient » !

 

C'est une autre paire de manches.

 

Car c’est une case redoutable, même les médecins les plus expérimentés peuvent tomber dans le panneau.

 

Pourquoi ?

 

a) Parce que le médecin  part avec le postulat que si une personne vient le consulter, c’est parce qu’elle est malade !

b) Si la personne dit qu’elle a mal à la gorge et qu’elle a une angine, le médecin n’a aucune raison de croire que cette personne-là est en train de se payer sa tête. En toute bonne foi, il fera jouer le « doute diagnostique » en faveur du patient.

c) Car aucun médecin ne veut passer à côté d’une affection potentiellement grave (et une angine, ça peut être grave à cause de ses complications : rhumatisme articulaire aigue, valvulopathies, glomérulonéphrites…)

 

 

Je pense que cette enquête est biaisée dans la mesure où il s’agit d’un faux malade, avec de vraies-fausses plaintes et une vraie-fausse pression diagnostique.

 

Les conclusions seraient infiniment plus intéressantes si UFC-Que choisir avait sélectionné dans les salles d’attente un échantillon de vrais malades ayant mal à la gorge (si possible avec des critères statistiques) et vérifié à la sortie du cabinet si ces patients étaient porteurs ou non d’une ordonnance avec antibiotique.

 

Dans ce cas de figure, les médecins, la sécu, le ministère de la santé,  auraient tout intérêt à tenir compte des conclusions!

 

 

 

Ceci dit, j’aime bien UFC-Que choisir. C’est une revue chouette.

Et il y a certainement une prescription abusive d’antibiotiques en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : Société - Communauté : santé-medecine
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  • Ramon BASAGANA
  • Le blog de Ramon BASAGANA
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  • 15/01/1944
  • sud de la France
  • littérature Chine Espagne médecine Catalogne
  • Je suis médecin, marié. Passionné par la médecine. A l'affût des détresses évitables. J'aime écrire, lire dans "la mémoire des pierres", sonder le présent, décrypter l'avenir. ... Et livrer mes trouvailles!

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