Mardi 10 mai 2011 2 10 /05 /Mai /2011 21:43

 

 

 

 Nom de code : HPV - pour Human PapillomaVirus

 

On dénombre tous les ans, en France, environ 1000 décès par cancer du col de l’utérus.

Le responsable en est le virus HPV ,

présent dans la quasi totalité de ces cancers.

 

 

HPV existe sous deux formes :

 

1-    L’une infecte la peau et provoque des infections bénignes, sans danger :  verrues de la main et de la voûte plantaire.

2-    L’autre infecte les muqueuses génitales et se transmet par voie sexuelle. Elle se manifeste par les condylomes ou « crêtes-de-coq », des lésions à priori sans gravité, mais qui peuvent faire le lit du cancer du col de l’utérus.

 

HPV est un ennemi invisible qui mène bataille à bas bruit !

 


QUESTION 1

Quel est le risque, pour une jeune femme, d’être infectée ?

Le risque est réel.

On estime que, 6 jeunes femmes sexuellement actives sur dix, hébergent HPV ou l’ont hébergé.


QUESTION 2

 Pourquoi dire qu'elles "l’ont hébergé » ?

Parce que, le plus souvent, l’organisme élimine le virus dans les 6-13 mois suivant la contamination.

Lorsqu’il persiste, une épée de Damoclès suspend sa mauvaiseté  au mauvais endroit.

 


QUESTION 3

Peut-on prévenir l’infection par HPV ?

La réponse est oui.

Il existe deux vaccins

1-    GARDASIL ( qui protège contre quatre souches).

2-    CERVARIX ( qui protège contre deux souches).

Calendrier vaccinal : trois doses à 0-1-6 mois.

 

QUESTION 4

A partir de quel âge doit-on vacciner?

En France, à partir de 14 ans.

 


QUESTION 5

Faut-il l’administrer à toutes les jeunes filles ? 

L'âge moyen du premier rapport se situe autour de 17,5 ans.

À 14 ans, 3 % des filles ont déjà eu un rapport sexuel.

Cela veut dire que la prévention doit se faire tôt, sur le plus grand nombre possible.

 


DISCUSSION

 

Des associations anti-vaccins s’opposent farouchement à GARDASIL.

Ont-elles raison ? Ont-elles tort ?

Que répondre ?

J'apporte en toute humilité ma réponse de praticien.

Je conçois qu’il faille être prudent et se méfier comme de la peste de l’appétit abyssal des entreprises  du CAC 40…

Oui, je m'en méfie, c'est pour cela que j'ai écrit "Le Christ de Marie-Shan" et "L'Héritière de Shanghai".

Seulement… voilà : j’ai vu des jeunes femmes mourir de cancer de l’utérus.

J’en ai vu beaucoup.

Beaucoup trop.

J’ignore si le vaccin Anti-HPV a des effets secondaires inconnus, redoutables…

Oui, je l’ignore.

Je sais par contre qu'il protège.

Et je me pose deux questions:

... Si les jeunes femmes que j’ai vu mourir de cancer de l'utérus avaient pu bénéficier de ce vaccin,  seraient-elles encore en vie...?

... Si les parents de ces jeunes femmes pouvaient -  rétrospectivement -, choisir...  quel conseil me devrais-je de leur donner?

 

Prochain article:

QUE PENSER DU "SEXE ORAL" ?

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : MEDECINE - Communauté : Médecine
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 17:03

 

2485113

 

Jérusalem, palais de la reine Mélisende, septembre 1148.

 

Une chaude matinée d’été.

La fenêtre est grande ouverte, la chambre vaste et lumineuse. Malgré le soleil qui pénètre d’abondance jusqu’au pied du lit, le regard d’Aliénor est sombre : il ne quitte plus le visage blême de Cécile de Hautecour. Avigaïl, une Juive que les femmes de Jérusalem sollicitent dans les mauvaises gésines[1], applique des emplâtres frais sur le ventre brûlant de fièvre de la malade. De temps à autre elle hoche la tête. Cécile va mal : jambes enflées, teint pâle comme la cire et ventre déjà si gros, que l’accoucheuse ne voit pas comment elle pourra tirebouchonner sans provoquer d’affligeants dégâts.

Au grand crève-cœur de la reine, aucun médecin n’a su trouver remède au mal qui ronge son amie. Sancho, un jeune savant en provenance de Cordoue et qui a appris la médecine chez les Arabes d’Al-Andalous, a fait comprendre qu’il fallait commencer à prier : Votre amie ira peut-être à terme, mais elle ne survivra pas. Elle a enflé trop vite.

Soudain, alors que la matrone palpe le ventre de Cécile, un tumulte arrive de la rue, une sorte de clameur. Aliénor tourne les yeux vers la fenêtre et soupire avec agacement. Ce que les Orientaux peuvent être bruyants !

- Qu’est-ce que c’est ? s’enquiert la malade d’une voix faible.

- Rien, une bousculade à cause du marché tout proche, répond Aliénor. N’est-ce pas, Avigaïl ?

- Oui, Majesté.

Aliénor esquisse un sourire, puis elle se tourne à nouveau vers la rue. Elle sait pourquoi ces gens courent. Un messager est arrivé tôt ce matin : il lui a appris que Nour-Ed-Dine a contraint les croisés à lever le siège de Damas.

- Les cavaliers turcomans se sont abattus sur nous comme des sauterelles, a-t-il raconté. Ils nous ont criblé de flèches et se sont dérobés aussi prestement qu’un vol d’étourneaux.

Aliénor a haussé un sourcil : Dérobés à vos coups ?

- La situation était à ce point désespérée, que le roi Louis, votre époux, a fait battre la retraite.

- Sans combattre !?

L’émissaire n’a pas su quoi répondre. Il a bredouillé des bouts de phrase :  « Divergences entre Templiers et croisés… échec d’un assaut… résistance des Damascènes… »

Aliénor n’a pas voulu en savoir davantage, elle était folle de rage. Tout cela parce que le roi et l’empereur d’Allemagne n’ont pas voulu m’écouter ! Quand les hommes vont-ils comprendre que l’intuition des femmes est leur plus sûr bouclier contre les égarements de leur sottise ?

La rumeur enfle dans la rue. L’avant-garde arrive ! crient des voix surexcitées. Vivement qu’Adhémar nos revienne! soupire Aliénor.

Alors que le tumulte s’éloigne vers les remparts, un héraut pousse le battant de porte puis, sans se préoccuper de la malade, se plante au milieu du seuil et annonce la reine Mélisende. La souveraine arrive presque aussitôt, entourée de sa suite. Au contraire d’Aliénor, qui se contente d’une escorte discrète, la reine de Jérusalem ne se déplace jamais sans une cour nombreuse et empressée. Elle regarde le lit, fait une grimace et cingle vers l’épouse du roi de France, qu’elle entraîne vers la fenêtre.

- Comment va notre amie ? A-t-elle déjà accouché ?

- Toujours pas ! répond Aliénor avec une pointe d’agacement, car elle déteste les questions stupides. Cette courge ne voit-elle pas que le ventre de Cécile est aussi gros que le dôme du Temple ? Sancho ne lui a-t-il pas expliqué qu’elle est enflée parce qu’elle est malade, qu’elle ne va pas accoucher de si tôt ?

La reine de Jérusalem baisse la voix : Est-ce que tu es au courant ?

- Au courant de quoi ?

- Pour Adhémar.

- Qu’est-ce qu’il a, Adhémar ?

- Disparu, peut-être mort !

Aliénor se fige. Le messager ne lui a absolument pas parlé du mari de Cécile !

Une tourterelle roucoule sur un rebord de fenêtre, sa femelle s’envole dans un grand bruit d’ailes. Aliénor se sent prise de vertige, mais n’en laisse rien paraître. Elle se tourne vers la reine de Jérusalem : Raconte !

Mélisende a les yeux qui pétillent. Depuis que l’étrier d’un cheval fou a occis le roi Foulques, son époux, elle raffole des émois qui mènent à malemort.

- Adhémar est parti en éclaireur avec une unité de 12 chevaliers, une unité d’élite. Ils ne sont jamais revenus. Lorsque nos troupes sont arrivées au lieu-dit La Fontaine de l’Esclave, non loin du Puits de Jacob, elles ont trouvé douze corps nus et mutilés. Des corps sans tête. Cet ignoble forfait a été commis par les Banu-Kilâb. Ils ont emmené les douze têtes comme trophée, c’est une coutume de chez eux. Or, l’unité comportait treize chevaliers. On ignore si le corps manquant est celui d’Adhémar ou de l’un de ses hommes.

- Les Banu-Kilâb ? répète Aliénor, surprise.

Mélisende se tourne vers le dôme du Temple, inondé de soleil.

- Oui, la tribu de Salamah Ibn Al-Yanis, l’ami de Cécile.

- L’ami de Cécile !?

- Mais oui, tu n’es pas au courant ? Cécile a eu une aventure avec l’émir de Shadar !

Aliénor laisse pendre son menton. Mélisende a une mou en coin vers le lit, baisse la voix : On chuchote que Salamah Ibn Al-Yanis pourrait être le père de l’enfant.

Aliénor ne répond pas, mais sent la colère monter. Ainsi, la rumeur qui l’a d’abord accusée d’avoir fauté avec son oncle Raymond, charge à présent Cécile ! Elle n’ose imaginer ce que le roi et les barons feraient si, au lieu de nommer Cécile, la rumeur vilipendait la reine au sujet de l’émir ! Par quelle ignoble traverse les langues fourchues en sont-elles venues à salir son amie ?

- Cela ne nous dit pas ce qui est arrivé à Adhémar ! lance-t-elle de ce ton qu’elle affectionne et qui fera sa force tout au long de ses soixante ans de règne.

- Non, personne ne sait, sauf l’émir de Shadar, bien sûr.

Il y a un silence, interrompu par une quinte de toux. Une servante approche un bol de tisane des lèvres de Cécile. Aliénor compte machinalement les gorgées. Elle pense au jeune Al-Yanis avec un pincement au cœur. Il lui avait parlé des Banu-Kilâb, sa tribu : Des guerriers redoutables s’il en est, mais respectant les lois de la guerre. Il ne lui avait pas dit qu’ils tranchaient la tête de leurs ennemis et qu’ils s’en servaient comme des trophées ! D’ailleurs, il ne voit pas Salamah Ibn Al-Yanis en train de trancher la tête de qui que ce soit !

- Est-ce qu’ils ont demandé une rançon ? s’enquiert-elle.

- Non.

Tout a été dit. Aliénor sait qu’il ne servira à rien de palabrer, il faut agir !

- Je vais envoyer un émissaire aux Banu-Kilâb.

- A Salamah Ibn Al-Yanis, tu veux dire !

Aliénor soutient le regard de Mélisende : Aux Banu-Kilâb.

Puis, d’un ton qui ne laisse aucune place aux tergiversations : A qui puis-je me fier pour mener à bien ce dessein ?

Mélisende montre le dôme inondé de lumière :

- Les Templiers, bien sûr !

Aliénor se contente d’un battement de cils. Son plan est déjà prêt.

 

 

 



[1] Accouchement.

Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 20:47

La veille du départ à Damas, Aliénor a convoqué Adhémar de Gisor.

- Je tiens à te faire un présent, et ce avant que tu ne quittes Jérusalem.

Elle se fait apporter une épée et la lui tend :

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Epée trouvée dans armes-médiévales.com

C'est très exactement ce type d'arme que Aliénor aurait pu offrir à Adhémar de Gisors

 

- C’est en gratitude de ta vaillance lorsque le roi, mon mari, était en difficulté sur les monts Cadmos. Cette arme nous a été offerte par le roi de Castille et l’ont martelée, à notre intention, les meilleurs forgerons de Tolède. J’y ai fait graver la date de ton exploit : 6~Januarius~1148. (1) 

Puis, elle trace une croix sur le front du chevalier :

- Que le Dieu Tout-puissant, notre Seigneur et Roi, t’accompagne. 

C’est à cette croix tracée sur son front par la main royale, que songe Adhémar par-delà le Jourdain. Il pense aussi l’enfant à naître. Si c’est un garçon, il l’appellera Tristan. Si c’est une fille, il ne sait pas encore.

De sa dextre, il tient sa lance ; sa main gauche est posée sur l’épée de Tolède. Cette arme sobre, robuste et d’une grande finition, réveille chez lui une délicieuse sensation d’invincibilité. Il pense à Cécile : c’est couvert de gloire, qu’il va lui revenir de Damas ! Et son fils – car Cécile ne peut lui donner qu’un fils – transmettra ses exploits aux générations à venir.

Derrière lui chevauchent, lance au poing, ses douze cavaliers, tous aguerris, comparables en vaillance aux cavaliers de l’Apocalypse. La contrée est déserte, calme.

Trop calme.

Soudain, il aperçoit des palmiers au pied d’un rocher. Il se tourne vers ses hommes :

- Nous allons pousser jusqu’à la verdure ci-devant. Là où il y a des palmiers, il y a de l’eau ! 

Ils éperonnent leur monture.

Rien, hormis le soleil, l’air et le silence, n’escorte leur galopade.

Ils ne sont plus qu’à un jet d’arbalète du premier palmier lorsqu’un hennissement leur fait tendre l’oreille. Adhémar fait mettre les montures au pas. Il doit s’agir de bédouins, songe-t-il. Comme on n’entend plus aucun bruit, ils reprennent le trot. Soudain, une nuée de cavaliers surgit de derrière les rochers. Ils portent les couleurs rouge et noir des Banu-Kilab.

Adhémar baisse sa lance, assure son bouclier, et part au galop de charge. Ses hommes sont tous de preux chevaliers qui ne craignent pas le nombre et qui savent mourir en héros. Ils se jettent derrière lui à l’assaut. Les armes scintillent, tranchent, frappent, percent les mailles…

Les Banu-Kilab sont aussi aguerris que les Francs. Et plus nombreux. Ils ont la réputation de ne jamais abandonner de blessés derrière eux.

Le champ de bataille n’est bientôt plus que silence.

 

(1) Le 6 janvier 1148, l'armée franque est attaquée par les Turcs sur le mont Cadmos, en Asie Mineure. A un moment de la bataille, le roi Louis VII s'est trouvé seul face à plusieurs adversaires. Les chroniqueurs disent qu'il a eu la vie sauve grâce à son courage. La fiction permet d'imaginer l'arrivée opportune d'Adhémar de Gisors.

 

Article précédent:  Aliénor d'Aquitaine à Jérusalem

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Mercredi 23 février 2011 3 23 /02 /Fév /2011 17:27

 

alienor-1

Aliénor d'Aquitaine et Louis VII prient pour avoir un enfant

Miniature du XIVè siècle.

 

 

 

 Route de Damas.

 

 L’armée franque vient d’installer son bivouac près du Gué de Jacob, au nord du lac de Tibériade. Soudain, les guetteurs postés sur la butte des Gentils signalent un mouvement de chameaux vers l’Est. Méfiant, Louis VII se tourne vers Adhémar de Gisors et lui demande de partir en éclaireur.

 - Vérifie aussi si les points d’eau indiqués par les bédouins sont bien dans le secteur.

Adhémar réunit une douzaine de cavaliers et part à fond d’étrier. Une fois le Jourdain franchi, il reprend le galop dans la direction annoncée par les guetteurs.


 

Nous sommes le 2 juillet 1148.

 

Cela fait bientôt trois mois que l’armée franque est arrivée à Jérusalem. Le 24 du mois de juin, Mélisende, reine de Jérusalem, a tenu conseil. Au cours de cette auguste réunion, Louis VII et l’empereur d’Allemagne ont décidé, contre l’avis des barons de Jérusalem, d’attaquer Damas.

Les seigneurs de Terre Sainte ont expliqué que Damas est gouvernée par le vizir Unur, un allié des chrétiens, que l’ennemi, le vrai, se trouve plus au nord, à EdesseAlep

 Louis VII rétorque que le chemin de Damas a vu la conversion de l’Apôtre Paul, que cette ville est un symbole, que c’est là qu’il faut aller.

 L’empereur Conrad, agacé par toutes ces palabreries, déclare qu’il n’est pas venu en Terre Sainte pour jacasser, mais pour se battre.

 Le vizir Unur était l’ami de feu le roi Foulques, insiste un prélat, et il est toujours notre allié ! La véritable menace pour le royaume de Jérusalem vient du Nord, de Nour-Ed-Dine.

Conrad ne répond pas.

Louis VII non plus. On ne discute pas les ordres d’un roi, encore moins ceux d’un empereur !

 

De tous les croisés, Aliénor est bien la seule à considérer que l’ennemi se trouve au Nord, chez Nour-Ed-Dine, qu’il faut reconquérir Edesse!

 Mais elle n’a plus envie de se battre. L’énergie dépensée pendant le voyage, son enthousiasme, son dévouement, son courage sous les flèches turques, font partie du passé.

Le présent, c’est la plaie ouverte à Antioche, irrémédiablement béante. Jamais elle ne pardonnera l’affront infligé par le roi. Elle a plié, mais elle n’a pas cédé. Aliénor, duchesse d’Aquitaine et reine de France ne cède jamais.

Le présent, c’est aussi Jérusalem.

Elle a cherché joie et chaleur dans la cour de la reine Mélisende, mais il a bien fallu qu’elle se rende à l’évidence : Jérusalem n’est pas Antioche. Antioche était la ville selon ses rêves, un havre de verdure, de tentations, de subtilités, de plaisirs inattendus. Jérusalem n’est qu’austérité, intrigues, collines pelées… Sans compter que les clercs et la bonne société dégoisent à longueur de veillées sur ce qu’ils nomment « les grivoiseries d’Antioche ». Il n’y a guère que les petites gens pour faire fi des accusations portées contre "leur" reine! 

Ils la vénèrent.

Chacun de ses déplacements donne lieu à des scènes de liesse. La foule, qui guette son passage dans les rues de Jérusalem, se bouscule pour effleurer son manteau.

Mais l’enthousiasme populaire ne suffit pas à la reine de France. Elle a besoin d’espace, de mouvement ; il lui faut pouvoir décider,  faire ce pour quoi elle née :

Régner ! 

Cécile, qui la connaît mieux que quiconque, s’efforce de la distraire. Elle a même obtenu de la reine Mélisende qu’elle invite Salamah Ibn Al-Yanis à la cour. Et le jeune émir est venu ! Mais il a été impossible à Cécile d’organiser la moindre rencontre : le palais fourmille d’espions. Elle a donc rencontré seule le jeune prince arabe.

Al-Yanis vient à peine de quitter la Ville Sainte, lorsque Cécile annonce à son amie qu’elle est grosse à nouveau :

- J’ai vu l’accoucheuse, elle m’a dit que je suis pleine depuis le mois de mars. 

- Depuis Antioche ?

- Euh… oui.

Aliénor la fixe en fronçant les sourcils. Puis, sans transition, elle la félicite et lui promet d’être la marraine de l’enfant.

 

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LES AMOURS COUPABLES D'ALIENOR D'AQUITAINE (suite)

 


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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 16:19

 

Alienor

Photo: www.lejournalinutile.com/..../rôoo-la-fille

Je voudrais bien citer l'auteur de ce portrait,

Malheureusement, je n'ai trouvé son nom nulle part...

 

*

La Deuxième Croisade est en cours.

L’armée franque, conduite par le roi Louis VII et la reine Aliénor d’Aquitaine est arrivée à Antioche.

Sa mission :

reconquérir la ville Edesse,

Le Turc Zenghi, atabeg d’Alep, a pris cette ville aux chrétiens deux ans plus tôt.

Zenghi est un chef de guerre redoutable. 

C'est aussi aussi un général sanguinaire,

exécré par les chrétiens autant que par les musulmans.

 


(suite)

 

Tous ces va-et-vient, le secret qui entoure ces rencontres, l’air radieux d’Aliénor lorsqu’elle quitte le palais de son oncle… font jaser.

La rumeur enfle.

Un raz-de-marée. Des embruns frappent les fenêtres du roi.

Nul ne sait qui a parlé. Peut-être Thierry Galeran, cet eunuque de malheur devenu Templier, qu’Aliénor considère comme son mauvais ange ? Ou peut-être un ennemi du prince Raymond ? Toujours est-il que des phrases assassines arrivent jusqu’aux oreilles du roi :

 

Les gens d’église…………………………. :  La cour d’Antioche  vit dans le péché !

Les barons du royaume..:  La reine a une liaison coupable avec son oncle !

Les servantes………………..…………….…: Aliénor couche avec le beau Raymond !


 

Louis VII est pieux, mais sa piété a des limites. D’autant que, le soir venu, les fragrances de printemps et la chair lisse d’Aliénor le poussent à répandre sève. Or, la reine se dit fatiguée, argue des maux de tête…

  Il devient jaloux.

  Et comme toujours, chez Louis VII, la décision tarde à venir. Elle chauffe à petit feu, lentement. Mais une fois que la marmite bout, plus personne n’en peut contrôler le couvercle. Certains nomment cela la force de volonté des faibles.

  Piété et jalousie expliquent-elles ce qui va suivre ?

 

  Nous sommes le 29 mars 1148.

  Des voyageurs en provenance d'Alep rapportent l’incroyable nouvelle : Zenghi le sanguinaire a été assassiné par ses soldats ! Ils prennent soin d’ajouter que son fils Nour-Ed-Dine a pris le pouvoir et qu’il est plus fin tacticien, meilleur soldat que son père.

  Les Croisés n’en ont cure. Ils fêtent la mort de Zenghi et déclarent à qui veut l’entendre que c’est un signe du ciel, que la victoire est au bout de leurs peines. Il ne fait de doute pour personne que l'armée franque est invincible : sa cavalerie lourde est incomparablement plus efficace que celle des Turcs, ses chevaliers sont prêts pour le combat et la piétaille, qui a depuis longtemps pansé plaies et engelures, est sur le pied de guerre : 40.000 hommes en état de se battre !

  Une réunion a lieu pour décider du plan de bataille.

Sont présents le roi, les barons d’Occident, ceux d’Antioche, le patriarche, le prince Raymond… Ce dernier, qui connaît par le dedans la situation en son pays, va droit au but. Il se lève et tonne, d’une voix puissante :

  - Il faut reconquérir Edesse !

  Le patriarche et les barons de Terre Sainte approuvent.

- Nous devons mettre à profit la présence de la chevalerie franque[1] dans la région pour anéantir les Turcs. Jamais Nour-Ed-Dine ne sera en mesure d’arrêter la puissance de charge de nos chevaliers vêtus de fer!

  Les Croisés applaudissent.

  Contre toute attente, Louis VII se déclare ennemi du projet :

- Je compte d’abord faire mon pèlerinage à Jérusalem. Les Turcs, je m’en occuperai après. Pas question d’attaquer Edesse dans l’immédiat.

Un silence gênant s’en suit. On ne contre pas le roi.

Comprenant d’un coup que la partie n’est pas gagnée, qu’il en va de leur survie, Raymond de Poitiers et les seigneurs de Terre Sainte procèdent à l’orientale : empruntent des détours, évitent d’attaquer de front. Mais à tous leurs arguments, le roi oppose un visage fermé.

- Nous partons à Jérusalem ! conclut-il.

Il a prononcé ces quatre mots sans hausser la voix. Les barons de Terre Sainte sont abasourdis. Ils se regardent : personne n’ose intervenir.

- Jérusalem est à trois cents lieues d’ici[2] ! finit par objecter le patriarche.

- Alors qu’Edesse est à un jet de pierre ! renchérit Raymond. Grâce à ta cavalerie, nous pouvons reconquérir la place en quelques jours !

Louis VII ne daigne même pas regarder l’oncle de sa femme. Il se lève et annonce, d’un ton sans réplique :

- Tenez pour acquis que nous quittons Antioche ! 

La séance est levée.

 

 

Conscient de l’enjeu, Raymond court demander à sa nièce d’intervenir.

Ce qu’elle fait dans l’instant.

L’entrevue a lieu en présence de Thierry Galéran, le mauvais ange d’Aliénor. Celle-ci prend d’emblée la défense de son oncle. Elle explique que, d’un point de vue tactique, il convient de marcher sur Edesse, qu’une telle occasion ne se représentera jamais plus, qu’il en va de l’avenir de la chrétienté en Orient, que la Croisade n’aura de sens que si le comté d’Edesse est reconquis aux Turcs.

Le roi l’écoute en tapotant sur les accotoirs. Quand elle a fini, il se tourne vers la fenêtre et répond, sans même la regarder :

- Nous partons à Jérusalem ! 

- Si notre armée quitte Antioche sans libérer Edesse, nous aurons fait tout ce chemin pur rien, s’énerve la reine.

- Si je suis en Terre Sainte, c’est pour y faire mes dévotions.

- Non, si tu es là, c’est pour libérer les Lieux Saints ! Les dévotions viennent après.

Le ton monte, la marmite bout.

Louis VII s’obstine, rien ni personne ne peut le faire changer d'avis. Il veut d’abord faire son pèlerinage. Aliénor menace de rester à Antioche avec ses propres vassaux.

- Parlons-en, de tes Aquitains ! persifle le roi, que l’évocation de ces méridionaux indisciplinés rend subitement hilare.

Et il énumère les pertes subies sur les monts Cadmos[3], s’en prend à Geoffroy de Rancon. C’en est trop ! Aliénor ne supporte pas que l’on touche à ses vassaux. Elle se lève, s’emporte. Louis, dont les colères sont intérieures et n’a pas un sens des reparties aussi aiguisé que celui de la reine, devient maladroit :

- Conformément à mes droits d’époux, tu me suivras où que j’aille. Et il s’avère que je veux aller à Jérusalem. Tu quitteras donc Antioche, de gré ou de force.

Une phrase bien malheureuse. Le seul argument qu’il convenait d’éviter ! Aliénor le dévisage sans ciller, elle se tait d’un coup, ne fulmine plus. Et Louis VII de s’attirer cette réplique inattendue :

- Tes droits d’époux ? Lesquels ? Tu ferais bien de les vérifier, tes droits d’époux, car notre mariage est frappé de nullité. 

Le roi en demeure muet de stupeur. Mais l’hébétude ne dure chez lui que le temps de se rappeler qu’il est roi. Il se lève et, sans un mot, coupe court à l’entretien. Il quitte la pièce et se dirige vers une terrasse, suivi de Thierry Galéran.

Ils sont seuls. La ville d’Antioche s’étale à leurs pieds. Tout au loin s’élèvent, majestueuses, les hauteurs du Djebel-Akra. Le roi se tourne vers son conseiller :

- Qu’est-ce qu’on fait ? 

L’eunuque devenu Templier ferme les yeux, se concentre. Dans son cœur gronde toute la haine accumulée contre celle qui l’a traîné dans la boue. L’heure de la revanche sonnerait-elle enfin ? Il parle d’un ton neutre, sans passion :

- La seule voie qui s’impose à votre majesté est la fermeté. 

 

Aliénor, qui connaît l’obstination butée de son époux, est folle de rage. Il ne changera pas sa position d’un iota ! Elle donne congé à ses servantes et s’enferme dans ses appartements avec son amie Cécile.

- Est-ce vrai, ce que l’on raconte ? s’enquiert celle-ci. On m’a dit que nous partons à Jérusalem !

- Tous ces dires sont vrais : l’armée quitte Antioche. Mais ce sera sans moi. Il veut que je le suive, de gré ou de force, comme si j’étais sa servante. J’ai dit non, comme il sied à mon rang. Dis-toi bien que jamais je ne cèderai ! De toute façon, je vais le quitter, c’est décidé.

- Quitter Louis ? Tu ne peux pas, grand Dieu, ce serait péché !

- Non, le péché serait de rester avec lui. J'en parlé  à mon oncle, qui en a référé à l’envoyé du pape ; en grand secret, bien sûr. Eh bien, il nous a confirmé que le droit canonique interdit le mariage entre cousins jusqu’au huitième degré, ce qui est notre cas. Cela veut dire que Louis et moi, au regard du Droit Canon, ne sommes pas mariés, car mon arrière-grand-mère était cousine au second degré avec son arrière-grand-mère à lui. Notre mariage est donc nul.

Cécile laisse pendre son menton, car à ce compte-là…  plus personne ne peut se marier ! Mais bon, Aliénor a ses raisons. Une chose est sûre : son amie a besoin d’elle, pas question de la laisser tomber !

Ce soir-là, elle fait dire à Adhémar, son époux, qu’elle ne partagera pas son lit, qu’elle reste avec la reine. Ce dont Aliénor lui sait gré, car elle a besoin de parler.

Elles s’endorment tard, dans le même lit, après avoir tourné en tous sens les conséquences de la séparation royale.

Le lendemain matin, bien avant le déjuc[4], elles sont réveillées par un grand bruit de pas et de bouterolles[5]. Une servante se précipite chez la reine :

- Les soldats lèvent le camp, nous partons à Jérusalem ! 

Aliénor et Cécile sautent du lit.

- Qu’est-ce qu’on fait ? s’affole Cécile.

Aliénor regarde le ventre de son amie :

- Rien de nouveau ? 

- Moi ? Non, rien, c’est de toi, qu’il s’agit, pas de mon ventre ! Qu’est-ce que tu as décidé ?

- Je reste.

- Dans ce cas, je reste aussi.

- Et Adhémar ?

- Adhémar ? Qui te dit qu'il n'est pas cousin au 7ème degré ? A y regarder de près, son arrière-grand-mère et mon arrière-grand-père étaient frères de lait !

- Elles s’esclaffent.

 

Soudain, Louis VII entre en trombe dans la chambre.

- On part ! lance-t-il.

Aliénor soutient son regard.

- Toi, peut-être. Moi, je reste à Antioche.

Il y a un court silence. Adhémar et une demi-douzaine de chevaliers attendent sur le seuil.

- On part ! répète le roi.

- Je reste !

Nouveau silence. Puis, calmement, Louis VII se tourne vers Adhémar :

- Puisqu’elle persiste dans son refus, tu vas me l’empoigner de force ! 

Adhémar hésite, puis fait un pas en avant.

Alors que nul ne s’y attend, Cécile s’interpose entre son mari et la reine :

- Je te préviens, Adhémar, si tu touches à mon amie, moi, tu ne me touches plus d’un an ! 

Le roi fronce les sourcils, puis lève un index sentencieux :

- Cécile, mesure tes paroles ! Il n’est bonne épouse que si elle se donne à son homme ! Tiens-toi pour dit que si Adhémar ne touche pas ton ventre, il en touchera d’autres. Ce ne sont pas les pucelles qui manquent en ce pays ! 

Cécile se fige. Elle voudrait sortir ses griffes, mais on ne répond pas au roi!

- Laisse Cécile tranquille ! bondit Aliénor. Et dis-toi bien que jamais un homme ne mettra la main sur moi. Je te suivrai, puisque je me vois contrainte d’obtempérer, mais sache que je n’oublie jamais. J’aviserai en temps voulu des suites que je donnerai à cet affront.

 

Les Français quittent Antioche dans la matinée, sans que le roi autorise quiconque, y compris son épouse, à prendre congé du prince Raymond.[6]

 



[1] A l’époque, on ne disait pas les « croisés », mais les « Francs ».

[2] Une lieue, à cette époque, vaut approximativement quatre kilomètres.

[3] Bataille au cours de laquelle les Turcs frappent sévèrement l’armée franque (6 janvier 1148). On devait en rendre responsable Geoffroy de Rancon, vassal d’Aliénor, qui commandait l’avant-garde.

[4] Heure à laquelle les poules quittent leur perchoir.

[5] Garniture métallique fixée au bout d’un fourreau d’épée pour empêcher la pointe de le percer.

[6] Authentique.

 

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Par Ramon BASAGANA - Publié dans : LA VIE DES TEMPLIERS
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  • 15/01/1944
  • sud de la France
  • littérature Chine Espagne médecine Catalogne
  • Je suis médecin, marié. Passionné par la médecine. A l'affût des détresses évitables. J'aime écrire, lire dans "la mémoire des pierres", sonder le présent, décrypter l'avenir. ... Et livrer mes trouvailles!

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