Mercredi dernier, la police arrêtait un médecin urgentiste de l'hôpital de Bayonne accusé d'avoir provoqué la mort de quatre patientes en fin de vie.
Chef d’inculpation : « Empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables ».
Mis en examen, il a été remis en liberté ce matin sous contrôle judiciaire.
Mais il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
( Pour situer le niveau de sanction, il encourt la même peine que cet homme qui, en 2008, a tué puis découpé à la scie égoïne, une institutrice à la retraite de la région nantaise.)
Aux dernières nouvelles, le parquet n’est pas d’accord avec la remise en liberté provisoire du médecin et compte faire appel.
Les faits se seraient déroulés entre mars et août 2011.
Ce médecin urgentiste aurait injecté à ses quatre patientes des substances « ayant entraîné le décès immédiat ».
Il aurait reconnu les faits devant la police.
Ce cas douloureux nous interpelle tous, médecins et patients.
Car le problème de l’euthanasie a beau être considéré comme chasse gardée des députés, du Sénat, des synagogues, des Eglises, des mosquées, des théologiens… c'est avant tout celui, au quotidien, de malades en fin de vie et de familles dans le désarroi.
Je côtoie ce problème tous les jours.
En tant que « médecin de famille », j'ai à m'occuper de personnes en fin de vie qui souffrent, dont l’agonie se poursuit, "traîne"... des heures, parfois des jours.
J’exerce dans une région où l’amiante industriel a fait des ravages. J’ai suivi jusqu’à la fin un nombre considérable de patients atteints de mésothéliome, ce redoutable cancer du poumon dû à l’amiante.
Les personnes souffrent, étouffent… c’est horrible à voir.
Les familles me supplient :
- Docteur, faites quelque chose, ne le laissez pas comme cela !
Que répondre ?
Hausser les épaules et prescrire du Doliprane ?
Quoi qu’en pensent les juges, quoi que décident les procureurs de la République, les députés, les théologiens… le dilemme pour le médecin est très dur, parfois violent.
Que faire ?
Assister, impuissant, à l’agonie d’un patient dont on a suivi pas à pas le déclin, dont on sait qu’il va mourir, que c’est la fin… et qui supplie du regard ?
Répondre à la famille dans le désarroi :
- Désolé, c’est interdit ?
Ou alors, injecter une substance sédative à forte dose, avec le risque « qu’elle entraîne le décès immédiat » et partant la mise en examen pour « empoisonnement sur personne particulièrement vulnérable » ?
La loi de 2005 sur l'euthanasie dite "passive", permet dans certains cas l'arrêt des traitements et l'administration de médicaments anti-douleur à des doses pouvant être mortelles.
A condition « qu’elles ne tuent pas »!
Oui, à condition que le médicament administré à forte dose... ne tue pas.
C'est toujours ça.
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