Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

EFFETS SECONDAIRES DU NOUVEAU LEVOTHYROX : QU'EN PENSER?

En France, 3 millions de personnes prennent du Lévothyrox.

C’est un médicament qui permet de corriger une hypothyroïdie, c’est-à-dire un manque d’hormones thyroïdiennes. Sa marge thérapeutique est très étroite. C’est pour cela que les personnes sous Lévothyrox font des contrôles sanguins à intervalles réguliers (TSH + T3-T4), afin de vérifier si le dosage prescrit correspond bien aux besoins de l’organisme en hormone thyroïdienne.

Le bon dosage est parfois difficile à obtenir.

C’est si difficile, que le Lévothyrox échappe à la substitution obligatoire par un générique : on s’est aperçu en effet que la substance princeps – et non les excipients – y subirait, dans les génériques, des fluctuations d’une boîte à l’autre.

 

Que s’est-il passé pour le Lévothyrox « nouvelle formule » ?

C’est l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) qui a demandé aux laboratoires MERCK de procéder à des modifications pour assurer une plus grande stabilité du produit.

Notamment en supprimant un excipient aux effets nocifs chez certains patients : le lactose.

A la demande des autorités sanitaires, MERCK a donc remplacé le lactose par le mannitol et l’acide citrique,  celui-ci étant couramment utilisé dans l’alimentation.

La substance princeps (Lévothyroxine) est rigoureusement la même dans la nouvelle et dans l’ancienne formule.

 

Malheureusement, le laboratoire a accompagné la nouvelle formule « sans lactose » par un changement de couleur des boîtes, ce qui est devenu source de confusion et parfois d’angoisse pour un grand nombre de patients. Suis-je vraiment en train de prendre le même médicament ?

L’équilibre thyroïdien étant très difficile à obtenir, il est certain que le stress généré par ces faits nouveaux n’apporte rien de positif.

 

Toujours est-il que des patients rapportent :

  • Une dégradation de leur état
  • Perte de cheveux,
  • fatigue,
  • vertiges,
  • crampes nocturnes
  • Emphysème ayant nécessité hospitalisation
  • etc

Des symptômes colportés dans l’état par d’autres patients au fil des partages.

 

 

Une patiente réclame le retour à l’ancienne formule. Sa pétition, dont Facebook s’est fait largement l’écho, a recueilli plus de 70.000 signatures.

 

L’argumentation de l’instigatrice de la pétition comporte cette phrase :

« Je me suis sentie prise au piège. On aurait dû être consulté, c’est scandaleux ».

C’est un argument récurrent, beaucoup de patients déplorent ne pas avoir été informés.

 

Pour l’Agence Nationale du Médicament :

« Il n’y aura pas de retour à l’ancienne formule, qui était de qualité inférieure à la nouvelle formule ».

Et de conclure :

«  Il n’est pas question de nier ou de minimiser le mal être des patients, mais les études de pharmacovigilance ne permettent pas, en l’état actuel des choses, de remettre en cause la nouvelle formule du Lévothyrox, à bien des égards meilleure que l’ancienne. »

Afin de répondre à l’angoisse des patients, l’ANSM a mis en place un numéro vert :

0 0800 97 16 53

du lundi au vendredi (9h-19h)

 

Les médecins ou les agents de l’ANSM ont mission de :

  1. Déterminer si «  l’interlocuteur fait partie des patients pour lesquels un dosage de la TSH est recommandé pour surveiller l’impact du changement de formulation ».
  2. Répondre aux questions  sur le changement de couleur des blisters, sur ce qui a pu créer la confusion,  sur les modalités d’administration etc
  3. Recueillir les témoignages sur les effets secondaires, sans jamais les nier ou les minimiser.
  4. Rassurer.

 

Ce numéro vert, va-t-il suffire ?

 

L’ANSM a insisté sur le fait que :

« Les nouveaux excipients ne modifient ni la quantité de substance active qui passe dans le sang, ni la vitesse à laquelle elle atteint l’organe cible ».

 

Pour les autorités sanitaires, la principale cause des effets secondaires serait liée à l’un des symptômes majeurs rencontrés chez les patients présentant des troubles thyroïdiens : l’anxiété.

 

Le professeur Jean-Christophe Lifante, spécialiste de la thyroïde (Lyon-Sud), interrogé par Le Parisien, dit : « Les maladies de la thyroïde rendent plus sensible aux changements et exacerbent l’anxiété. »

 

Sylvie Chabac, directrice des affaires médicales chez Merck rappelle que lorsque le format des plaquettes était passé de 28 à 30 comprimés, sans changement de formulation, on avait constaté un « pic de perturbation ».

 

Qu’en pensent les patients ?

Ils ne sont pas convaincus.

 

Mon avis de praticien :

 

  • Il est hors de question de nier ou de minimiser les effets secondaires décrits par les patients.
  • Ceci étant:
  • La substitution du lactose dans les excipients a été demandée par les experts.
  • A titre d’information : le SOLUMEDEDROL (Méthylprednisolone), que l’on utilise dans le traitement des réactions allergiques graves, contient aussi du lactose. Or, l’Agence européenne du médicament vient de mettre en garde contre son utilisation chez les personnes présentant une allergie connue ou suspectée au lait de vache.
  • La médiatisation de l’affaire crée un vent de panique défavorable aux personnes souffrant de troubles thyroïdiens.
  • La plupart des effets secondaires rapportés dans les interviews à sensation (TV, Quotidiens, Internet), semblent relever de l’hypothyroïdie.
  • J’en déduis que l’important, si déséquilibre il y a, est de rétablir l’équilibre thyroïdien.
  • Il faut donc consulter votre médecin pour qu’il prenne les décisions qui s’imposent dans votre cas. En principe, il va demander un dosage de la TSH et ajuster votre traitement en conséquence.
  • En aucun cas vous ne devez interrompre votre traitement.

 

 

Source :

UNIVADIS, 17 août 2017, JIM actualités métier.

Lévothyrox : la fronde prend de l’ampleur, l’ANSM tente de réagir (UNIVADIS, JIM Actualités métier du 23 août 2017)

 

 

 

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aln03 20/08/2017 12:35

Merci Ramon .Merci au rassemblement de Docs .Le lévothyrox , j'en prends depuis plus de 10 ans .
Et comme j'en avais parlé sur FB en voyant cet article , je m'étais posée des questions .
Ton article est super clair pour nous le grand public à qui on peut raconter des " c...."
Les boîtes de Lévothyrox sont moches .Comme on le disait avec Denise, en d'autres lieux, on les décore si on veut.
Les associations de patients vont vous rendre "chèvres " vous les Docs .
Merci beaucoup.Bon dimanche.Amitiés

Ramon BASAGANA 20/08/2017 20:11

Merci Nicole. Tiens, pourquoi ne pas décorer les boîtes de Lévothyrox? :-) Bonne semaine.

Y.Pendeliau 20/08/2017 10:40

Mon fils Thomas âgé de 28 ans est atteint de ce handicap permanent depuis des années. Apparemment la fréquentation d'un médecin généraliste associé au nouveau levotirox ont porté son taux a 10.6. Résultat, dépression et léthargie..

Ramon BASAGANA 20/08/2017 20:09

Bonjour Yves, si ce taux 10,6 concerne la TSH, ton petit est en hypothyroïdie. Les signes que tu décrits correspondent. L'hypothyroïdie entraîne une indifférence générale, un manque d'énergie qui peuvent aller jusqu'au syndrome dépressif. Il risque de présenter aussi d'autres signes: audition diminuée, fatigue, peut-être prise de poids, crampes... Dans son cas, la substitution du lactose par de l'acide citrique dans les excipients du Lévothyrox n'y est pour rien. Il y a un problème de dosage. Il faut trouver la juste posologie du Lévothyrox pour rétablir son équilibre hormonal thyroïdien. A-t-il été exploré par un endocrinologue? Amitiés.

Simone 20/08/2017 09:56

Notre métier est plein de pièges multiples, venant des labos, venant des patients. L'être humain lui aussi est multiple et il parait difficile de faire des médicaments sur mesure pour chacun. Mais il est vrai que le solumédrol contient aussi du lactose et il est toujours là, (et heureusement dans certains cas). Je n'aimais pas le Lévothyrox devenu le roi de l'hypothyroïdie par une campagne très bien faite. Je préférais prescrire de l' Euthyral que je trouvais plus physiologique (T3-T4).
En tout cas, comme dit Denise, c'est bien d'éclairer les patients, car à part Univadis, qui a parlé du problème ?
Bon dimanche Amigo

aln03 22/08/2017 22:05

Le solumédrol c'est ce qu'a pris mon père pendant des dizaines d'années .C'est le nom que je cherchais

Ramon BASAGANA 20/08/2017 10:04

Je n'ai jamais prescrit Euthyral, mais ton argument est bon. Quant au Solumédrol, c'est vrai, heureusement qu'il est là! Ce qui me dérange un peu, c'est le comportement de certaines associations de patients qui s'érigent en expertes des problèmes médicaux... Bon dimanche!

Denise Huin Basagana 19/08/2017 22:11

Merci mon homme d'éclairer les patients (tes) sur ce médicament ! C'est clair et bien fait !

Ramon BASAGANA 20/08/2017 10:00

Merci! :-)