Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

LE MOUSTIQUE (Nouvelle)

LE MOUSTIQUE (Nouvelle)

 

(Nouvelle de Denise Huin-Basagana)

 

Je n'avais jamais touché de violon...

Un jour, passant devant un marchand de musique, je tombai en arrêt... Je tombai comme frappée par la foudre, frappée par un coup d'archet en plein cœur, je fus brutalement séduite par un beau violon couleur de miel....

J'entrai aussitôt...

C'était un violon d'occasion tout à fait correct ; il était vendu dans un étui au fond de feutrine verte et il dormait là, en attendant…

En m'attendant !

Le marchand de musique me demanda si je jouais du violon je lui dis que non, mais que j'étais décidée à emmener celui ci chez moi... Ce gentil monsieur ne voulant pas me décourager, me dit que ce qui comptait c'était l'oreille....

Je rentrai donc à la maison avec mon nouveau compagnon sous le bras, le cœur en fête !

Vos pensez !!! Un violon !!!

 

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J'allais bientôt déchanter....

Oui, après quelques manipulations d'usage : accordage, passage de l'archet à la colophane à plusieurs reprises, je me dis que j'allais commencer à jouer.

Le violon émit une plainte ou deux, mais surtout, surtout.. des affreux grincements qui me déchiraient l'âme et les oreilles.

Je jouais d'autres instruments avec bonheur, certes, mais je n'avais jamais touché à cette chose merveilleuse toute en volutes, en courbes couleur de miel liquide, cette chose magique que j'avais là, dans mes bras, qui était la grâce même....

Au bout de quelques jours, quelques semaines, des sons disgracieux commencèrent à sortir. Puis de nouveau quelques plaintes, des grincements… Bref, le violon avait l'air de souffrir et j'en étais profondément navrée.

Par un après midi d'orage…

         Je ne voulais pas renoncer et ressortis le violon de son lit vert.

Je faisais mille et une acrobaties avec mes doigts. Des sons sortaient, certes, mais ils étaient toujours grinçants et plaintifs. Découragée, je me mis à pleurer et glissai par terre, le violon entre mes bras.

Dehors, la pluie tombait, sur mes joues les larmes coulaient...

Le violon, lui, était silencieux, blotti contre moi, comme un chat... En pleurant toujours, je murmurais

 — Oh ! Mon vieux Paganini, c'est pas demain que je jouerai, ni même jamais, si tu savais…

Et je continuais à pleurer. Je fermai les yeux.

Dans un formidable fracas, en même temps que le tonnerre, je vis la pièce s'éclairer d'une lumière fulgurante. Et là… IL était là !

Oui, devant moi.

J’étais toujours assise parterre, suçant un bonbon au miel en guise de consolation et pleurant toujours. Devant moi se tenait un bonhomme brun, maigre, les yeux terriblement noirs et vifs.....

Il était maigre, je vous l'ai dit et le visage assez sévère, mais il y avait dans son regard tant de vivacité qu'on aurait cru y voir tous les éclairs de l'orage. Il se mit à parler et à me gronder avec un fort accent italien :

— Débout, ragazza ! Et arrêté dé manzer ta colophané c'est pas bon !! Tou crois qué zouer dou violon ça sé fait commé çà, d'un coup dé baguette ??? Ah ha ! persifla-t-il.

Je me relevais, tant bien que mal ! Il me tendit un mouchoir en dentelle ancienne et m'ordonna de m'essuyer le nez et les yeux. Il me plaça le violon dans les mains et me dit :

— "D'abord tou placé mal tes doigts , régardé !!!

D'autorité, il se posa derrière moi, attrapa ma main gauche, me fit tourner le poignet et m'expliqua ensuite comment tenir mon archet.

— Commé ouné oiseau, me dit il, si tou lé serré tou l'étouffé et si tou lé tiens lâché, il t'échappé !!!

— ?????

— Tou mé plais ragazza, tou aimes lé violon et tou as l'âme en toi ! J'ai connou ouné des tes ancêtrés qué ! Ma qué !!!

Et il claqua un baiser sonore dans l'air, en continuant :

— Ellé avait les yeux couleur dé violon commé les tiens, et en souvénir dou bon vieux temps jé vé bien t'expliquer là maintenant dé ou trois coses, mais attention, au prochain coup dé tonnerre, jé rémonté là haut !

Je restais interdite devant le Maître ! Le Maître de tous les temps ! PAGANINI en personne ! Je ne vous dis pas ma confusion et mon émoi. Et brusquement :

PATATRAS ! BOUM BADABOUM ! FIIIZZZZZZZ !

Tonnerres et éclairs arrivèrent en même temps, dans un tourbillon lumineux et poudreux, l'homme me cria :

— Arrivederci, ragazza bella ! Zé t'enverrai oun signé si tou places mal tes doigts.

Je m'éveillais en sursaut, complètement hébétée, mon violon à la main... Le morceau de colophane sorti de sa boîte, à côté de moi. Et j'étais toujours assise par terre...

J'avais froid, il pleuvait.....

 

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Quelques semaines, quelques mois passèrent, et quelques progrès arrivèrent... Il faut vous dire que par un beau soir de printemps, je commençais à jouer – ENFIN – une chanson pour enfants !

Et mes doigts, ce jour-là, étaient encore certainement mal placés.

Un moustique arriva et me piqua violemment l'épaule ! Je sursautai et de ce fait, je courbais mon poignet vers mon instrument, la main pendante comme une tulipe renversée.

Et les sons se firent plus justes !

Je ne sus jamais si j'avais rêvé ou si ce charmant fantôme italien, le plus grand musicien de tous les temps, était vraiment venu me rendre visite... Ce fut un de mes plus jolis rêves.

Depuis, je travaille mieux... Ce n'est certainement pas parfait bien sûr, mais les sons commencent à être justes, les mélodies arrivent et mon violon est mon ami....

 

Denise HUIN-BASAGANA le 15 mai 2017

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Simone 30/05/2017 09:20

AH ! J' ADORE !!!!
J' en veux d' autres histoires comme ça Madame Denise !

denise huin basagana 13/08/2017 21:39

Merci Simone, il y en aura encore !! Bonne soirée !

Ramon BASAGANA 30/05/2017 19:50

Merci pour Denise!!!