Le blog de Ramon BASAGANA

Juillet 1947. Un vieux steamer des Grands-Lacs rebaptisé Exodus, vogue vers la Palestine avec 4500 rescapés des camps d’extermination. Arrivé au large de Haïfa, la marine de guerre britannique l’éperonne sauvagement. L'affrontement est sanglant, il y a des blessés, des morts... Débute alors une impitoyable bataille médiatique, la première du XX° siècle. C’est le thème de mon 5° roman : « Les amants de l’Exodus ».

La marquise de Sade, de Mireille Calmel

Qui ne connaît pas le marquis de Sade ?

Né le 2 juin 1740 à l’hôtel de Condé, à Paris, Donatien Alphonse François de Sade, défraya la chronique dès 1768. D’abord par son inconduite libertine, puis par ses écrits licencieux. Emprisonné sous tous les régimes : monarchie, Révolution, consulat, empire… il passa 27 ans de sa vie enfermé, soit en prison, soit en asile psychiatrique.

Ses ouvrages à l’érotisme effréné furent édités clandestinement et interdits dès leur parution. Ils le demeurèrent tout au long du XIX° siècle et pendant la première moitié du XX°. Ce n’est qu’en 1960 qu’ils reprirent vie. La consécration littéraire arriva en 1990, lorsque son œuvre entra dans la bibliothèque de la Pléiade. 

En 1791, en pleine Révolution française, il écrivit « Justine ou les malheurs de la vertu ». Ce livre donna lieu, d’après J.-J. Pauvert, à « la plus importante entreprise de librairie pornographique jamais vue dans le monde ».

La marquise de Sade, de Mireille Calmel

Justine scandalisa.

Tout le monde poussa les hauts cris, de la Montagne à la Gironde! Et il arracha des sueurs froides à Robespierre.

Car si le tohu-bohu de 1789 — puis de l’Empire —, tolérait les écrits licencieux, voire obscènes, Justine faisait peur. L’ouvrage fut donc rejeté en bloc, considéré comme subversif. Bonaparte aura ces mots impitoyables : « Le livre le plus abominable qu’ait enfanté l’imagination la plus dépravée » (Mémoires de Sainte-Hélène, t. II, Pléiade, p. 540).

En 1804, notre Donatien Alphonse François fut interné à l’asile d’aliénés de Charenton, où le médecin-chef dit de lui : « Sade n’est pas fou, mais rend fou ».

Il y mourut en en 1814, à l’âge de 74 ans.

 

Voilà pour le marquis.

Mais qu’en est-il de la marquise ?

Nous y venons.

Car, contre toute attente, il y avait bel et bien une madame Sade !

En 1763, en effet, le marquis épousa Renée-Pélagie, fille aînée de Cordier de Montreuil, dont la fortune dépassait largement la sienne.

C’était un couple curieux. Il semble acquis que le marquis et la marquise s’entendaient, s’aimaient… et ce alors même que le libertinage du mari, sa débauche, sa ripaille de chair tendre provoquaient l’ire récurrente des tribunaux.

Cela paraît irréel, mais cela arrive…

Qui était cette épouse aussi incroyablement tolérante ou… aveugle ?

Une assez jolie personne, prude, timide, pieuse, élevée dans la sainte évidence que l’acte de procréation ne pouvait être consommé qu’en priant.

Bref, qui diabolisait, comme le voulait l’époque, l’acte de chair.

Sauf que cette consomption ne dura que quatre mois.

Quatre mois au cours desquels Renée-Pélagie découvrit l’amour charnel.

C’est dans ce court laps de temps, que se glisse Mireille Calmel.

Avec un art consommé.

Elle met tout son talent de conteuse et d’écrivain au service de cette marquise qui tourna bride aux bonnes mœurs  à l’allure d’un pur sang, quittant les prie-Dieu pour les alcôves lubriques. Une métamorphose qui vit la nymphe gracile s’épanouir en amoureuse inconditionnelle et acharnée.

Tout commence par une lettre anonyme :

« Votre mari vous trompe… allez voir la petite camériste… »

Renée-Pélagie y va.

Pour le plus grand bonheur des lectrices et des lecteurs.

 

À partir de là, Mireille Calmel se livre à un exercice de style « absolument exquis, délicieusement libertin, totalement crédible » (Marianne Payot, Express, semaine du 12 mai).

Et ce, à travers une correspondance entre Renée-Pélagie et son étrange inconnu qui se révèle, au fil des pages,  aussi torride sous la plume de Mireille Calmel, que « Les prospérités du vice » le furent sous celle du marquis.

En fait, elle se met dans la peau d’un personnage auquel personne auparavant, n’avait pensé : l’épouse du plus abominable dépravé du  XVIII°. Elle quitte les scènes de combat pour des scènes d’érotisme dont, à vrai dire, elle nous avait livré un avant-goût dans Le lit d’Aliénor.

J’ajoute une mention spéciale pour le style et le vocabulaire de ces « Chroniques libertines », totalement en phase avec le XVIII° siècle.

Que dira la censure ?

Bonne question.

Bonaparte jettera-il Mireille Calmel au feu, comme il l’eut fait avec Justine ? 

Bonaparte jetant Justine au feu (Attribué à P. Cousturier)

Bonaparte jetant Justine au feu (Attribué à P. Cousturier)

La marquise de Sade, de Mireille Calmel
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