Les politiques s’étriquent depuis quelques jours sur fond d’interdiction de burqa. Les uns sont pour, les autres contre.
En fait, les uns sont contre parce que les autres sont pour, et ceux qui sont pour seraient
contre, s’ils pressentaient que les autres vont être
pour…
Le tintamarre habituel à l’approche des pré-échéances électorales.
Dans le fond, les uns comme les autres se fichent de la burqa
comme du premier string de Bernadette (pas Chirac, l’autre, Soubirou, celle qui a vu la Vierge).
La seule voix cohérente dans cette cacophonie printanière est celle de Fadhéla Amara.
Sa position n’a pas bougé d’un iota.
Dans une vie antérieure, lorsqu’elle était présidente de « Ni putes ni
soumises », elle s’était dressée haut et fort contre le port du voile et de la burqa. Aujourd’hui, sa position est inchangée. Elle l’affirme sans ambages :
« Le voile intégral, c’est la mort sociale des femmes…
Vous ne verrez jamais ces femmes devenir pilotes d’avion, ni institutrices, ni médecins…
Elles sont inscrites dans la mort sociale, elles n’existent
pas… »
(France Inter, 23.04.2010)
Exagère-t-elle ?
Il y a quelque vingt ans, j’ai vu naître une jolie petite brune aux yeux bleus. Je l’ai vaccinée, pesée, mesurée, j’ai rempli son
carnet de santé ; j’ai soigné ses petits et grands maux, ses rhinopharyngites, ses entorses lorsqu’elle jouait au hand, ses maux de ventre …
Je l’ai vue grandir.
Elle a passé son Bac, réussi des concours, empoché de prestigieux diplômes, des vrais, de ceux qui font pâlir d’envie les parents de
France et de
Navarre.
Et puis, elle s’est lancée dans la vie active.
Pas pour longtemps…
Un jour, sur les bords du Rhône, du côté des festivals, elle a rencontré un monsieur barbu. Oh ! pas Karl Marx, ni Raspoutine… non, un barbu aux cheveux
courts, treillis, rangers… Quelques semaines plus tard, elle « prenait la burqa ».
Je dis "prenait", car, après tout, on dit bien de Bernadette Soubirou qu’elle
« prit le voile » (pour les non initiés, c’était à Nevers, le 7 juillet 1866).
Le couple s’est installé en Avignon.
J’ai revu cette « petite » – ou plutôt je l’ai « entendue » – deux ans plus tard. Elle m’a emmené son bébé de 10 mois qui était malade. Elle est
venue couverte de pied en cap – non pas comme le permet généreusement le niqab, qui laisse perfidement une fente pour les yeux et de la place pour un brin d’eyeliner, mais « nantie » d’un voile intégral, un vrai!
Rien n’y manquait, même pas les gants !
Pour un médecin, soigner le bébé d’une maman que l’on a connue bébé, c’est un rayon de soleil.
Ce jour-là, le soleil était en R.T.T. : je n’ai vu que des nuages sombres.
J’ai quand même entendu sa voix… que je reconnus... derrière laquelle j’imaginais un visage.
Le barbu aux rangers était présent, mais il n’a pas ouvert la bouche. Il me toisait.
J’ai examiné le bébé, je l’ai pesé…
J’ai montré la balance à la maman : « Quand tu étais petite, c’est là, que j’ai calculé ta courbe de poids. » J’ai
deviné qu’elle souriait.
Ils sont partis : lui devant, elle derrière avec son bébé.
Je ne les ai plus revus.
Que penser ?
J’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je retombe sur la même case :
« Elle avait bien le droit de s’habiller comme elle voulait…
... et de ne montrer de son corps que ce qu’elle avait envie de montrer ! »
Dans le fond, un string, un drap sur la tête… où est le problème ?
A l’emplacement près, n'est-ce pas du pareil au même?
Dans le temps, les Sœurs de saint Vincent de Paul portaient bien une cornette sur la tête, ventre-Dieu! Je m’en souviens, elle
dépassait de la foule dans les gares et faisait la joie des photographes !
Mais ma patiente n’a rien à voir avec les Sœurs de saint Vincent de Paul.
Elle est retournée dans la citée des papes retrouver les voies impénétrables de Dieu.
Près d’un pont qui ne mène nulle part.
(Photo provence-tours-marseille.com)
Pour être sincère, la seule question qui m’est venue à l’esprit, lorsque le couple a quitté mon cabinet, était celle-ci :
« Si la petite veut reprendre son métier, est-ce que son mari sera d’accord ? »
Réponse ?
A ce jour, que je sache, elle ne travaille toujours pas.
Elle ne conduit pas non plus.
Bien que, au moins sur ce point, c'est peut-être mieux ainsi : par les temps qui courent la maréchaussée ne semble pas vouloir
plaisanter avec le PV!
Que dire ?
Rien.
Toute attitude critique entraînerait, de la part du monsieur au treillis et aux rangers cette réplique désormais imparable :
« Nous sommes au pays des droits de l’homme ! »
Personnellement, j’aime bien écrire homme avec un grand H.
Note :
Sainte Bernadette – pas celle de Corrèze, l’autre – a vécu au XIX° siècle. Il est à peu près certain
qu’à cette époque, et notamment dans son couvent de Nevers, le « string » ne faisait pas partie du trousseau des novices. Peut-être tolérait-on les culottes
Petit-Bateau ?
Avignon, printemps 2010 : une galiote remonte le Rhône, près d’un pont qui ne mène à nulle part…
à contre-courant.
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