Dimanche 6 juin 2010
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Alain CROCQ est un peintre de talent.
Il expose, en ce mois de juin 2010, à la galerie Crid’Art de
Metz, qui écume la fine crème de la peinture contemporaine.
C'est aussi un médecin.
C'est à ce titre que j'écris cet article: nous travaillons dans la même
équipe, un Centre Mutualiste pluridisciplinaire des Bouches du Rhône.
Vingt-cinq ans de gardes, de consultations, d'urgences, de réunions...
vingt-cinq années au cours desquelles j’ai appris à connaître l’homme – que j’admire – , le médecin – dont la compétence n’est plus à démontrer –, le peintre – dont j'ai découvert le génie à
chaque tour de spire.
Comment
Alain CROCQ conçoit-il la
peinture?
Rien de tel qu'un tableau pour le savoir:
Et ses propres mots pour le dire :
" Fasciné par les arts appelés « premiers », ainsi que par
l’aisance et la spontanéité avec lesquelles dessinent et peignent les enfants, je m’exprime dans le cadre d’une figuration libre et spontanée dans laquelle les matériaux, les accidents et le
hasard gardent une place très importante. Vivant en Provence, dans la région marseillaise, zone portuaire, zone d’échanges et de rencontres ouverte sur le monde, je m’intéresse à tout ce qui
concerne l’être humain. Je suis attiré par ce qu’il y a d’universel chez l’homme et m’efforce d’échapper à l’anecdotique."
Qui
est-il ?
Né en 1952 à Paris il est élevé par sa mère après la séparation de ses
parents. Il vit quelque temps en Normandie avant de venir s’installer à Marseille dans les années soixante.
Dès 15 ans, il ressent le besoin de peindre mais sa condition modeste
l’oblige à privilégier en premier lieu ses études. Il passe sa thèse, se marie, fonde une famille et ne retournera à la peinture que 18 ans plus tard.
Ces années ne seront pas perdues pour son art: c’est dans la pratique de la
dimension humaine de son métier qu’il trouvera la plupart des ressorts de sa peinture.
Alain Crocq peint le plus souvent à l’acrylique sur du papier journal
marouflé sur toile. Sa première approche consiste à salir son support d’une multitude de tâches. Il imprime ainsi une image latente qu’il tentera de révéler par la suite. Il ne s’agit cependant
pas d’une approche similaire à l’écriture automatique des surréalistes car Alain Crocq « dirige » son inconscient.
C’est généralement après un choc émotionnel occasionné par un fait de l’actualité, une émission de
télévision, une commémoration, ou par sa pratique médicale, que se révèle à lui une image sur le support qu’il avait auparavant préparé.
Il ne lui reste plus qu’à créer.
D’abord onirique , peuplée de musiciens , d’acrobates , de chevaux et
d’écuyères , de Don Quichottes , sa peinture s’est progressivement éloignée du monde de l’enfance…
Pour intégrer celui, plus concret et brutal , des
adultes.
En tant que médecin, Alain Crocq sait trop bien que derrière la productivité
, le consumérisme , la magnificence affichée de la société industrielle se déploient souvent, en corollaire, la souffrance , la maladie , l’ostracisme , la ségrégation .
J’emprunte volontiers à Yves GNAEGY (Galerie Anna-TSCHOPP) ce commentaire :
« La peinture d’Alain CROCQ trace un état des lieux de nos modes de vie
et en explore la face sombre. En clinicien, il constate mais ne porte pas d’anathèmes. Il se range du côté des déshérités et des exclus et leur prête son art pour
s’exprimer ».
Cette face sombre, cet univers des exclus, nous est formidablement montré
dans le thème de son exposition actuelle, qu'il a intitulée :
Les
gueules-cassées
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