pharyngite virale
(photo extraite de l'article sur les Pharyngites dans Wikipedia)
Je suis très surpris par les résultats de l’enquête de UFC-Que choisir sur l’abus de prescription d’antibiotiques.
UFC-Que Choisir a mis en place le scénario suivant :
Une personne en bonne santé va consulter un médecin généraliste, prétend un mal à la gorge et dit craindre une angine…
Sur les 50 médecins testés, 26 auraient prescrit un antibiotique.
Quelle que soit ma sympathie pour UFC-Que Choisir (réelle !), ces conclusions m’intriguent.
En effet, elles ne correspondent pas au vécu des médecins (au moins dans mon secteur – Golfe de Fos – , mais nous avons tous fait les mêmes études, je ne vois donc pas pourquoi les médecins procèderaient autrement ailleurs).
J’essaie d’imaginer la situation :
Une personne en bonne santé, sans fièvre, joues bien roses, sourire avenant, vient dans mon cabinet et me dit avoir mal à la gorge. Elle me dit craindre une angine.
Même si je suis pressé, même s’il y a beaucoup de monde dans la salle d’attente, j’active une procédure simple comme bonjour et connue depuis Hippocrate :
a) Je demande à la personne d’ouvrir la bouche et de dire « Aaaah ».
b) Je regarde sa gorge.
c) S’il y a angine, que vois-je ? Au moins que la gorge est rouge. Dans les angines bactériennes, je remarque, en plus, des dépôts plus ou moins jaunâtres sur les amygdales qui ne laissent guère de place au doute.
d) Je palpe la région du cou, la région sous-maxillaire, à la recherche d’adénopathies (ganglions)
e) Je demande si la personne a de la fièvre, si elle est fatiguée, si elle a mal quand elle avale…
f) Enfin, petit détail connu des professionnels, car par délicatesse on insiste rarement sur ce point, dès que la personne ouvre la bouche et dit « Aaah ! » une odeur nauséabonde assez caractéristique des angines bactériennes (celles qui nécessitent un atb) frappe le médecin.
g) Je ne parle pas du prélèvement de gorge et de l’antibiogramme, c’est un autre propos.
Donc, 50 médecins :
a) ont demandé à la personne de dire « Aaah ! »
b) n’ont rien vu
c) n’ont pas trouvé de ganglions,
d) n’ont pas remarqué de fièvre
e) n’ont pas décelé de trouble de l’appétit…
Et malgré ce, sur les 50 médecins, 26 ont prescrit un atb !
Quelque chose ne tourne pas rond.
Des maux de gorge, nous en voyons tous les jours.
Il s’agit la plupart du temps de banales pharyngites virales, de rhino-pharyngites, d’irritation trachéale… et on prescrit un sirop, un peu de paracétamol, quand les collutoires étaient remboursés, on prescrivait un collutoire, perso je conseille l’eau citronné avec du miel (c’est ma grand-mère qui me l’a appris, et ça marche !), chacun a sa « potion magique ».
Les vraies angines sont rares.
Je ne vois pas comment une personne sur deux consultant en France pour mal de gorge, peut sortir du cabinet des médecins avec un antibiotique !
C’est impossible ! Il y aurait rupture de stock !
Or, c’est bien la conclusion induite par UFC-Que choisir… !!!
A mon avis, il y a un « truc », dans cette enquête.
La seule explication que je vois est la suivante :
Le patient (l’enquêteur) débarque dans le cabinet :
a) Primo avec une fausse plainte,
b) Secundo avec un diagnostic déjà tout « ficelé » : « J’ai une angine ».
Le problème, c’est que là, nous ne sommes pas dans la case « antibiotique prescrit pour mal de gorge », mais dans la case : « manipulation du médecin par le patient » !
C'est une autre paire de manches.
Car c’est une case redoutable, même les médecins les plus expérimentés peuvent tomber dans le panneau.
Pourquoi ?
a) Parce que le médecin part avec le postulat que si une personne vient le consulter, c’est parce qu’elle est malade !
b) Si la personne dit qu’elle a mal à la gorge et qu’elle a une angine, le médecin n’a aucune raison de croire que cette personne-là est en train de se payer sa tête. En toute bonne foi, il fera jouer le « doute diagnostique » en faveur du patient.
c) Car aucun médecin ne veut passer à côté d’une affection potentiellement grave (et une angine, ça peut être grave à cause de ses complications : rhumatisme articulaire aigue, valvulopathies, glomérulonéphrites…)
Je pense que cette enquête est biaisée dans la mesure où il s’agit d’un faux malade, avec de vraies-fausses plaintes et une vraie-fausse pression diagnostique.
Les conclusions seraient infiniment plus intéressantes si UFC-Que choisir avait sélectionné dans les salles d’attente un échantillon de vrais malades ayant mal à la gorge (si possible avec des critères statistiques) et vérifié à la sortie du cabinet si ces patients étaient porteurs ou non d’une ordonnance avec antibiotique.
Dans ce cas de figure, les médecins, la sécu, le ministère de la santé, auraient tout intérêt à tenir compte des conclusions!
Ceci dit, j’aime bien UFC-Que choisir. C’est une revue chouette.
Et il y a certainement une prescription abusive d’antibiotiques en France.
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires




Derniers Commentaires